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La Ville de Lyon expulse des mineurs étrangers… que la Métropole veut réintégrer dans leur squat
Société 

La Ville de Lyon expulse des mineurs étrangers… que la Métropole veut réintégrer dans leur squat

actualisé le 30/05/2018 à 17h20

Premier gros cafouillage entre le maire de Lyon et le président de la Métropole, tous LREM. Le premier, Georges Képénékian a fait expulser un squat de mineurs étrangers ce mardi matin. Le jour où le second, David Kimelfeld, réunissait tous les acteurs associatifs pour une première grande réunion de concertation sur la brûlante question des migrants mineurs.

La situation peut paraître ubuesque. Depuis le mois de décembre, les associations et les collectifs de soutien aux mineurs isolés étrangers attendaient ce moment : une réunion avec le président de la Métropole de Lyon en charge, au titre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), de l’accueil de ces migrants, aujourd’hui appelés mineurs non accompagnés (MNA).

Ce mardi matin, quelques minutes avant l’ouverture de la réunion qui se tenait dans les locaux de l’Idef (Institut départemental de l’enfance et de la famille) à Bron, les associations ont appris qu’un squat dans le 7e arrondissement de Lyon était en train de se faire évacuer.

Dès l’ouverture des discussions, le collectif d’aide aux mineurs isolés étrangers (AMIE) a interrogé David Kimelfeld pour savoir s’il s’agissait d’une « provocation ».

Et pour cause. Ce squat du 1 impasse des Chalets, qui jouxte l’avenue Berthelot, est un ancien bâtiment de la fourrière. C’est le 28 avril dernier que les membres du collectif d’étudiants « copains des mineurs » ont réaménagé ces locaux appartenant à la Ville de Lyon, en un lieu qu’ils appellent « la Cabane ». Il accueillait une cinquantaine de migrants qui se disent mineurs non accompagnés et qui sont en attente d’évaluation par la Métropole de Lyon, laquelle doit les héberger dans ce temps.
Estelle, membre du collectif, raconte :

« Nous y avions ouvert huit chambres, dans lesquelles dormait la cinquantaine de mineurs isolés. Il y avait aussi un grand salon… Ce lieu nous a permis de créer des liens avec les jeunes, et de les aider dans leurs démarches. »

Jusqu’à ce mardi matin, date à laquelle les policiers ont forcé la porte ainsi qu’une fenêtre du squat. Ibrahim, qui logeait à la Cabane, témoigne :

« Nous sommes des mineurs isolés et non accompagnés. Nous avions peur, on ne savait pas ce qui se passait. Ils nous ont demandé de sortir, en faisant attention à ce que personne ne passe par la fenêtre. Ils nous ont demandé nos extraits de naissance. »

Après leur évacuation, militants et occupants se sont rendus à l’Idef pour faire pression sur le président de la Métropole.

Quelques étudiantes sont arrivées alors que la réunion sur les MNA touchait à sa fin. Clélie Mercier, membre du collectif, raconte que le président de la Métropole a passé plusieurs coups de téléphone, puis leur aurait déclaré « c’est bon, vous pouvez y retourner, j’enlèverai la police ».

Une participante à la réunion ajoute que David Kimelfeld a précisé que cette réintégration ne concernait que les occupants qualifiés MNA (mineurs non accompagnés) et pas les autres.

Les occupants et la dizaine de soutiens ont sauté dans un bus pour retourner au squat. Mais la police était toujours en place, et les a fait attendre de l’autre côté de l’avenue Berthelot.

Vers 13h, en voyant des panneaux d’acier être soudés aux fenêtres du squat, les occupants ont compris que leur retour était compromis.

Pour "sécuriser" le squat "la Cabane", la Ville de Lyon a fait posé des panneaux en acier aux fenêtres. ©Pierre Petitcolin

Pour « sécuriser » le squat, la Ville de Lyon a fait posé des panneaux en acier aux fenêtres. ©PT/Rue89Lyon

Les mineurs pris en charge en urgence par la Métropole

Vers 14 heures, un membre du cabinet du président de la Métropole, est arrivé pour informer les occupants. Il a confirmé que la fermeture du squat était définitive :

« La Métropole est en train de se réorganiser pour faire face à l’arrivée de plus en plus fréquente de mineurs isolés. Notre solution d’hébergement est pour l’instant le centre d’accueil de la Sarra, tenu par des membres de l’association Notre Dames des sans-abris ».

Interpellé par des membres du collectif à propos de ceux à qui le statut de mineur a été refusé, celui-ci n’a pas donné de réponse.

Ce mardi soir, selon la Métropole de Lyon, sur les 44 personnes dénombrées par la préfecture, cinq ne sont pas mineurs. Trente cinq MNA sont arrivés à la résidence de la Sarra, un centre d’hébergement ouvert pour le plan froid et dont une partie des résidents a été remise à la rue la semaine dernière. Dès demain, mercredi, ils doivent être pris en charge en priorité par Forum réfugiés pour la réalisation de leur évaluation.

Clélie Mercier, militante du collectif "copain des migrants", invitant les mineurs isolés à se rendre au centre d'accueil de la Sarra.

Clélie Mercier, militante du collectif « copain des migrants », invitant les mineurs isolés à se rendre au centre d’hébergement de la Sarra. ©PT/Rue89Lyon

« Un mauvais concours de circonstances »

Toute cette matinée de mardi, il y a eu comme un flottement entre les services de la Métropole et la Ville de Lyon. Tout partirait d’un manque d’information de la part de la préfecture.

Contactée par Rue89Lyon, la porte-parole de la préfecture affirme que la demande d’expulsion a été faite par la Ville de Lyon alors que ni ses services, ni ceux de la police ne savaient que les occupants étaient désormais des MNA.

« Comme habituellement, la police a procédé à l’évacuation après une décision de justice qui date du 14 décembre 2014. Pour nous, les occupants étaient des jeunes anarchistes. »

Les occupants ont changé mais les services de police ne l’ont pas vu ou ne l’ont pas « fait remonter ». La police nationale, la Ville et la Métropole auraient découvert ce mardi matin, au moment de l’expulsion, qu’il s’agissait de mineurs étrangers.

Ensuite, David Kimelfeld serait allé un peu vite en besogne en promettant aux associations qu’il réunissait la réintégration des occupants dans le squat. Propriétaire des lieux, la Ville de Lyon a refusé, obligeant la Métropole a trouvé une solution en urgence.

Au service presse de la Ville, on déclare :

« L’évacuation et la sécurisation devaient avoir lieu. Pour ce qui est de la situation des MNA, cela ne relève pas de la compétence de la Ville, c’est géré par la Métropole et les associations, pour trouver des solutions ».

Malgré ce refus de la Ville de Lyon, la conseillère presse du président de la Métropole affirme qu’il n’y a pas de difficulté entre les deux successeurs de Gérard Collomb aux fonctions de maire et de président, David Kimelfeld et Georges Képénékian :

« Il s’agit d’un mauvais concours de circonstance. L’essentiel est que les mineurs non accompagnés soient, ce soir, pris en charge par la Métropole. »

Deuxième expulsion mais premier relogement

Depuis près d’un an, Lyon connaît comme d’autres villes françaises davantage d’arrivées de MNA. Selon la Métropole, il y aurait plus d’un millier de MNA arrivés en 2017 contre 600 en 2016.
Le service de la Métropole (la Méomie) et l’association missionnée depuis avril (Forum réfugiés), qui doivent les héberger en urgence et faire une première évaluation de leur âge, sont saturés.

En attendant, ces migrants sont à la rue (lire notamment l’enquête de Médiacités). Certains trouvent des squats, d’autres sont hébergés chez des habitants.

En novembre dernier, la Métropole de Lyon avait procédé à l’expulsion d’une soixantaine de jeunes migrants africains qui dormaient près de la gare Part-Dieu. Mais, cette fois, il n’y avait pas eu de relogement. Il faut dire que ce vendredi soir-là, le président de la Métropole n’était pas en réunion avec les associations sur cette question.

L'AUTEUR
Pierre Petitcolin et Laurent Burlet

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