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Jean-Luc Fugit, unique député « anti glyphosate » dans le Rhône, en mode super-héros ?
Environnement  Politique 

Jean-Luc Fugit, unique député « anti glyphosate » dans le Rhône, en mode super-héros ?

actualisé le 01/06/2018 à 16h57

« Oui, il a bien maintenu son vote. »

Sa collaboratrice n’est pas peu fière de nous le confirmer. Député élu dans le Rhône avec l’étiquette La République en marche (sur la 11e circonscription), Jean-Luc Fugit a été l’un des rares députés de la majorité à voter en faveur de l’amendement entérinant la sortie du glyphosate en trois ans. Le seul du département du Rhône. Pendant ce temps, ses collègues LREM se sont tout simplement absentés de l’hémicycle. Soudaine et envie de faire pipi pour l’ensemble des rhodaniens.

L’amendement n’a pas été adopté et l’interdiction d’ici trois ans du glyphosate, herbicide au caractère cancérigène probable et dangereux pour les écosystèmes, n’a donc pas été sécurisée par la loi agriculture et alimentation juste votée.

Aveugle qui ne voit que le glyphosate

Questionné par Rue89Lyon, Jean-Luc Fugit a fait bonne figure, préférant voir le verre à moitié plein :

« Ne parler que du glyphosate, comme vous le faîtes, c’est très réducteur par rapport à l’ensemble de la loi qui propose de grandes avancées, pour améliorer l’alimentation en général, pour le bien-être animal, pour les producteurs… »

Comme on est têtu, on est quand même revenu au glyphosate, pour parler à Jean-Luc Fugit de sa position totalement isolée dans le Rhône, territoire macronien s’il en est car dominé par Gérard Collomb.

« Concernant le vote de mes collègues, je leur laisse le soin de vous l’expliquer », a répondu le député de la 11e, lapidaire.

En élu du Rhône qui ne serait pas, en tout cas sur ce coup, doigt sur la couture, Jean-Luc Fugit doit-il trembler ? Quand même pas. Il reste bon élève, convaincu d’être à la place idoine pour agir. Il peut être au moins au local la caution écolo, en plus d’assurer la fonction de celui qui bosse sévère.

Son story telling s’écrit peu à peu ; Jean-Luc Fugit rappelle que la presse locale l’a baptisé « le chimiste vert ». Il évoque aussi sa signature au bas de la tribune publiée sur lafranceagricole.fr, demandant l’interdiction du glyphosate.

« J’ai voté pour cet amendement, dont j’ai été l’un des co-signataires, ça me semble cohérent. »

L’amendement n’est pas passé. Pour le député, cela n’empêche pas que le but soit poursuivi : réussir à sortir de l’utilisation de cet herbicide en trois ans. Les lobbyistes ont-ils mis à mal son voeu ?

« Je ne nie pas l’existence des lobbyistes. J’en ai rencontrés moi-même, ça me semblait normal d’écouter tout le monde. Que voulez-vous, pour écrire un texte de loi, il faut trouver des points d’équilibre et de convergence. On crante les choses, on y va pas à pas. »

Jean-Luc Fugit a demandé à faire partie du comité de suivi du plan de réduction de produits phytosanitaires.

« Si la recherche est financée, ce sera très intéressant. Je vous assure que je vais suivre ça de près. »

Un premier de la classe : des drônes et des réunions avec Caroline

Celui qui a été vice-président de l’université de Saint-Etienne présente ses propres textes. Il a obtenu, « après avoir beaucoup discuté », le vote d’un amendement rédigé de sa main : l’expérimentation de l’usage de drones par les agriculteurs, pour le traitement des terrains très pentus, mais uniquement pour la projection de produits bios.

« J’y vois au moins deux intérêts : réduire la pénibilité du travail et utiliser des produits compatibles avec l’agriculture biologique. Pour certains agriculteurs qui ne les utilisent pas déjà, ça permettra peut-être de les convaincre à convertir leurs méthodes. »

Le voilà donc qui intervient à l’assemblée nationale, le revoilà qui sillonne sa circo -il y fait des « immersions » (plusieurs heures chez Emmaüs, 12 heures chez les pompiers, on le retrouvera bientôt en Ephad, puis chez un maraîcher, etc.). On lui suggère que dans la nouvelle vague de députés non familiers de l’exercice politique et que LREM a envoyés à l’assemblée, certains sont plus proches de porter le bonnet d’âne, tel un Bruno Bonnell pour ne pas le citer.

« Aujourd’hui je ne ressens pas de surbooking, pas plus que je me sens bridé, balaie Jean-Luc Fugit. Pour moi être député consiste dans le fait d’être accessible, avec beaucoup d’humilité. Rester humble, j’y tiens beaucoup, ça me vient de mon métier de chercheur, de mon Aveyron natal et de ma pratique du rugby, je crois. »

Pas de jugement des copains. Jean-Luc Fugit fait bloc comme il fait le boulot de cuisine pour le parti, assurant des réunions politiques avec Caroline Collomb, sur sa circo.

Ce qu’il continue à aimer chez Emmanuel Macron, et ce, depuis 2016, c’est d’ « aller au-delà des clivages ». Sûr de son propos, Jean-Luc Fugit fait le pari de pouvoir défendre son point de vue, sur le modèle d’un certain Nicolas Hulot au sein de gouvernement -dont les victoires sonnent pourtant de moins en moins fort.


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