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Finale de l’Europa League à Lyon : l’affiche un peu flippante côté tribunes
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Finale de l’Europa League à Lyon : l’affiche un peu flippante côté tribunes

actualisé le 15/05/2018 à 10h34

Ce mercredi 16 mai, l’Olympique de Marseille affronte l’Atletico Madrid en finale de l’Europa League dans le stade de l’Olympique Lyonnais. Un joli casting sportif. Mais côté tribunes, l’affiche du match est explosive et le dispositif sécuritaire à sa hauteur. Des précédents, parfois très violents, ont émaillé les relations entre les supporters des deux clubs français. Mais aussi avec ceux du club espagnol. 

Sur le papier, c’est explosif. Les récentes petites polémiques volubiles entre les président de l’OM et de l’OL ont parfois laissé la place au pire. Les ultras marseillais et lyonnais se sont déjà affrontés violemment par le passé. Se rajoute à cette mésentente quasi idéologique, une frange ultra du club madrilène proche de l’extrême droite avec qui les supporters marseillais ont un passif. Si tous ne seront pas présents au stade, où ils seront très encadrés, l’enjeu sera d’éviter qu’ils ne se croisent ailleurs dans la ville dans la journée.

1) « Aulas on va tout casser chez toi », dernier épisode des Feux de l’amour olympique

On pourrait de nouveau écrire un roman dessus. La rivalité sportive entre le club marseillais et l’OL est depuis plusieurs années attisée en coulisses. Par Jean-Michel Aulas, l’emblématique président lyonnais et ses homologues de l’OM, qu’il voit défiler bien assis dans son trône.

Entre eux vient toujours l’instant théâtral.

En règle générale, l’OM se plaint d’un pouvoir occulte du président lyonnais sur le football français. Il se traduirait par des décisions arbitrales en faveur de Lyon, durant les matchs ou a posteriori en commission de discipline.

L’actuel président de l’OM, Jacques-Henri Eyraud, en poste depuis un peu plus d’un an était resté très discret jusqu’à présent. Il est sorti de son silence très récemment. Le 18 mars dernier, l’OM recevait l’OL. À la fin de la rencontre, remportée 3-2 par l’OL, petite bagarre entre joueurs et membres des deux clubs. Jugeant trop clémentes les sanctions envers les Lyonnais, le président de l’OM est alors entré dans la danse.

Dans une interview au journal l’Equipe, il a déclaré avoir enfin « compris » l’influence de Jean-Michel Aulas à laquelle il entendait désormais répondre. Traduction : Aulas est le parrain du foot français, je ne tendrai plus la joue pour me faire gronder par papi Corleone. Un message qui vaut davantage pour ses supporters que pour la quête de la vérité.

Avec cette sortie, il a en tout cas remis dix balles dans la machine à rivalité.

Bingo.

L’OM parvenant à se qualifier pour la finale de l’Europa League qui se jouera dans le stade de l’OL, les supporters marseillais annoncent à leur façon leur arrivée au propriétaire des lieux. Comment ? Avec un chant qu’ils entonnent depuis lors à chaque match : « Jean-Michel Aulas, oh grosse pétasse, on va tout casser chez toi ».

L’OL a déclaré dans un communiqué avoir déposé plainte pour ces appels à la violence. Le club est donc davantage prompt à le faire au sujet de son président brocardé plutôt que de ses ultras impliqués dans des violences graves. En effet, dans les récentes affaires impliquant des hooligans lyonnais, contrairement à ses annonces officielles, le club ne s’est jamais porté partie civile.

Depuis, les deux clubs et les joueurs appellent au calme. Et à « faire de ce match une fête du football » selon l’expression consacrée.

2) Le passif entre les ultras marseillais et lyonnais

Les relations tendues entre les deux clubs et leurs supporters n’avaient pas vraiment besoin de ça. Les précédents et les différends sont nombreux. Les supporters ultras des deux clubs ne s’aiment pas. Et pas seulement parce que leurs clubs rivaux se disputent les premières places du championnat.

Ils sont pour certains idéologiquement opposés.

Dans le virage sud de Gerland et du Groupama Stadium, prennent place des hooligans d’extrême droite qui gravitent autour de groupes officiels. Ils se sont fait remarquer par le passé en taguant des croix gammées sur le local d’un groupe de supporters stéphanois ou en brandissant une banderole « Refugees Not Welcome » à Gerland. En 2017, lors d’importants débordements c’est ce virage qui a précisément été visé par les ultras du club stambouliote du Besikstas, les Carsi, farouchement antifascistes.

Dans le virage nord, le principal groupe de supporters les Bad Gones a fait le ménage dans ses rangs. Ils ont toutefois eu leur grande époque nationaliste et des amitiés néonazies dans le milieu. Notamment, et c’est à noter, avec les Ultras Sur, frange dure des ultras du Real Madrid. Le club ennemi de… l’Atletico Madrid. De qui ils restent proches.

Côté marseillais, un des principaux groupes de supporters, les South Winners sont de gauche et clairement antifascistes. Ils doivent leur couleur orange au revers des bombers qu’ils avaient retourné en signe de contestation contre les skinheads du Kop Boulogne, groupe de supporters ultras du PSG en 1989.

Ces deux groupes de supporters sont à l’origine d’une des dernières batailles rangées en date. C’était il y a cinq ans, en mai 2013, à la gare de péage de Bollène dans le Vaucluse. Les Lyonnais en route pour Nice avaient fait demi-tour à l’annonce du report du match de l’OL. Ils avaient alors croisé les Marseillais qui se rendaient à Saint-Étienne.

Les Marseillais avaient crié aux guet-apens lyonnais pour ce fight. Au final, il semble avoir été plutôt fortuit. Il avait toutefois fait 17 blessés dont un supporter lyonnais renversé par un bus des Marseillais. Les deux groupes avaient frisé la suspension.

3) Le passif entre des ultras marseillais et madrilènes

Le 1er octobre 2008, l’Atletico Madrid reçoit l’OM en phase de groupes de la Ligue des Champions. Le club madrilène l’emporte 2-1. Dans les tribunes, en fin de rencontre, l’ambiance est tendue. Des incidents éclatent. Des policiers espagnols chargent dans la tribune réservée aux supporters marseillais qui les repoussent. Un policier est blessé après avoir reçu une chaise au visage.

Santos Mirassiera, leader des Ultras 84 un des principaux clubs de supporters de l’OM, avait été interpellé. Reconnu coupable des blessures du policier espagnol, il avait finalement écopé de 3 ans et demi de prison. Cet épisode violent a laissé des traces. Côté espagnol, la violence envers les forces de police a surpris. Côté marseillais, ces incidents restent également en travers de la gorge.

Le club et les supporters avaient fait part de comportements et propos racistes de la part de supporters madrilènes à l’encontre de certains joueurs et supporters marseillais. Et d’une tentative de vol de bâche par des supporters madrilènes réputés d’extrême droite.

En mars dernier, lors du déplacement de l’OM à Bilbao en Espagne, un policier a encore été blessé par des supporters marseillais. L’OM et l’Espagne ne passeront pas leur vacances ensemble.

4) « Frente Atletico », les ultras madrilènes issus de l’extrême droite

Le club madrilène a aussi sa frange d’ultras tendance extreme droite. Ils sont regroupés au sein du « Frente Atletico ». Il compte lui-même différentes composantes. Depuis sa création, il a été toléré et même encouragé par la précédente direction du club, jusqu’à compter près de 5000 membres.

Dans le milieu, leurs rivaux sont logiquement les groupes ultras d’extrême gauche. Les Biris du FC Séville, les Bukaneros du Rayo Vallecano (un autre club de Madrid) ou les Riazor Blues du Deportivo La Corogne. Le 30 novembre 2014, Francisco Javier Romero Taboada, dit Jimmy, est mort aux abords du stade de l’Atletico Madrid qui recevait le club de La Corogne. Il appartenait au Riazor Blues. Frappé à la tête avec une barre de fer par des ultras du Frente Atletico, il est mort noyé dans la rivière en bordure du stade.

En 1998, un autre membre du Frente Atletico, Ricardo Guerra, avait poignardé mortellement un supporter du club basque de la Real Sociedad. Condamné à 17 ans de prison, il a été récemment aperçu dans le nouveau stade de l’Atletico Madrid.

Suite au décès du supporter de La Corogne en 2014, le Frente Atletico a été officiellement interdit de stade par le club. Mais dans les faits, même si son effectif a réduit, ses membres sont toujours là et se font entendre. Ils seront au Groupama Stadium le 16 mai.

Sa frange la plus radicale est membre de l’organisation néonazie Blood and Honour. Une organisation autour de laquelle gravitait un hooligan lyonnais condamné récemment à 18 mois de prison pour avoir frappé un policier.

Ces liens font des ultras du club madrilène et certains supporters radicaux lyonnais des alliés idéologiques. D’autres amitiés et relations les séparent toutefois. Le principal groupe de supporters lyonnais, les Bad Gones, reste proche des Ultra Sur, groupe ultras du Real Madrid. Ces ultras d’extrême droite espagnols à tendance skinhead sont toutefois les rivaux du Frente Atletico. Ils ont ainsi exclu les Suburbios Firm, une de leurs composantes néonazies, pour cause de relation trop étroite avec les Ultras Sur du Real Madrid.

5) Les hooligans lyonnais sont dans le viseur de la police

Résumons : les ultras lyonnais et marseillais se détestent. Les ultras de l’Atletico Madrid et marseillais se détestent. Et les récentes polémiques présidentielles entre l’OL et l’OM soufflent sur les braises. En somme, mercredi 16 mai on sort les pop corn devant le film d’horreur ?

Heureusement, tout n’est pas aussi mathématique. Une des raisons d’espérer réside dans le fait que les hooligans lyonnais les plus violents se sont fait tristement remarquer il y a peu. Ils sont dans le viseur de la police qui en a interpellés 8 ces dernières semaines. Ils avaient été impliqués dans les affrontements contre la police en marge du match d’Europa League entre l’OL et le CSKA Moscou. Une centaine d’entre eux s’en était pris à la police aux abords du stade. Une vingtaine avait par la suite tabassé au sol un policier.

Trois avaient été interpellés le soir du match. L’un d’eux a été condamné à de la prison ferme. Les deux autres seront justement jugés à Lyon, à partir de mercredi 16 mai.

Par la suite, cinq autres interpellations ont suivi. Ce petit coup de filet devrait les inciter à ne pas trop se faire remarquer.

6) Des supporters largement encadrés lors du déplacement à Lyon

Autre raison d’espérer, les déplacements des groupes de supporters marseillais seront très encadrés. Ils seront a priori autour de 11 500 et seront directement escortés vers le stade. Pas de supporters de groupes marseillais officiels dans le centre ville de Lyon normalement.

Affiche de la finale de l'Europa League le 16 mai 2018 à Lyon dans les rues de la ville. Photo BE/Rue89Lyon

Affiche de la finale de l’Europa League le 16 mai 2018 à Lyon dans les rues de la ville. Photo BE/Rue89Lyon

Malgré tout, les appels au « fight » se sont multipliés ces derniers temps de l’aveu même du responsable de la sécurité de l’OM. Sur les réseaux sociaux, des rumeurs font même état d’une possible venue d’ultras de l’autre club madrilène, le Real Madrid, et du club belge d’Anderlecht. Gravitant dans la même mouvance d’hooligans d’extreme droite, ils viendraient prêter mains fortes à leurs homologues lyonnais.

En toute logique, les supporters lyonnais ne seront pas au stade pour cette rencontre qui ne concerne pas leur équipe. Ce qu’il faut alors craindre en marge de cette finale : des affrontements en marge de la rencontre au cours de la journée,  peut-être loin du stade.

Le préfet du Rhône présente ce lundi le dispositif de sécurité qui sera mis en place. Il devrait être conséquent. Avec des déjà des premières conséquences. On sait déjà que les examens prévus à l’université Lumière Lyon 2 prévus mercredi 16 mai, jour de la finale, sont annulés.


L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon

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