Remises à la rue suite à la fermeture des gymnases ce lundi, des familles sans-abri se sont réinstallées au parc Jugan, le soir même.
Ce petit parc de la Ville de Lyon, à la Part-Dieu, avait déjà connu quelques tentes depuis le début du mois de septembre.
Des familles, majoritairement albanaises, avaient tout d’abord dormi sous l’avancée de l’immeuble de bureaux « Danicaé puis installé quelques tentes. Le campement avait ensuite grossi avec l’arrivée des vagues de froid de décembre et janvier.
Le 13 janvier, on comptait une vingtaine de tentes « deux secondes », juste avant la mise à l’abri des familles SDF avec l’ouverture d’un deuxième gymnase dans le cadre du plan grand froid. Le campement avait été démantelé dès le lendemain par les services de la Ville de Lyon.

Avec la fermeture des gymnases et la remises à la rue des SDF qui ne rentrent pas dans les « critères de priorité » de la préfecture, il fallait s’attendre à revoir un campement.
Faute d’hébergement demandé auprès du 115 et de la Maison de la Veille sociale (MVS), plusieurs familles sont donc retournées au square.
Cette semaine, certaines personnes dormaient de nouveau sous l’avancée de l’immeuble de bureaux. Et une dizaine de tentes ont été installées sous les pins. On comptait au moins une dizaine de familles avec une dizaine d’enfants, selon plusieurs témoins.
La police était envoyée sur les lieux lundi et mardi pour signifier aux sans-abri de quitter le parc.
Finalement, vendredi, une vingtaine d’agents des polices nationale et municipale sont revenus pour évacuer les familles.
Vincent, un père de famille du quartier, membre du collectif Jamais sans toit, a assisté à la scène :
« Les policiers nous ont expliqué qu’ils n’avaient pas pour mission de proposer une alternative à ces familles, mais seulement de les faire partir. Je leur ai expliqué que la continuité de l’hébergement d’urgence n’avait pas été assurée. Mais ils n’ont rien voulu savoir ».
En une heure, l’affaire était pliée.
« Des travaux concernant la réfection des pelouses »

Les services de la Ville de Lyon sont alors intervenus pour mettre en place des clôtures mobiles de type Heras. Une première rangée empêche l’accès à la zone où il y avait des tentes, sous les pins. Une deuxième rangée a été disposée le long de l’immeuble de bureaux « Danica ».
Les portails d’accès au square ont été fermés et des affiches apposées sur les grilles : « travaux en cours – réfection des gazons – entrée interdite ».
Moralité : depuis vendredi, l’ensemble du parc n’est plus accessible. Même l’aire de jeu pour les enfants (qui n’est pas engazonnée).
Contacté par Rue89Lyon ce vendredi soir, un porte-parole de la Ville de Lyon explique que « le parc Jugan a été fermé ce jour pour des travaux concernant la réfection des pelouses endommagées, dans le cadre de travaux d’hiver menés habituellement par la Direction des Espaces verts de la Ville » :
« Afin de permettre la reprise du gazon dans de bonnes conditions, des clôtures protègent le site pendant la durée des travaux, d’une durée prévisionnelle de 4 mois ».
Des familles évacuées, il n’en est pas question.
« C’est un prétexte doublement bidon, réagit Vincent qui traverse tous les jours le parc pour aller travailler. Les tentes étaient dressées sous les pins où il y a plus d’aiguilles que de gazon. Et en plus, des grilles ont été posées pour empêcher l’accès à l’avancée de l’immeuble ».

Les familles sans-abri du square Jugan sont dans le viseur de la Ville de Lyon depuis plusieurs mois. Le 16 janvier dernier, en conseil municipal, le maire de Lyon avait annoncé que le parc allait être « gardienné » pour interrompre « les filières de passeurs albanais » qui font du square, selon le maire, une « première arrivée dans l’agglomération lyonnaise ». Gérard Collomb avait alors longuement développé sa vision de la prise en charge des sans-abri à Lyon.
Voir la vidéo du conseil municipal à 2h54’38 »
Ce vendredi soir, les familles chassées du parc Jugan tentaient de poser leurs tentes dans un autre parc du quartier, à 500 mètres du premier.

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