C’est un effet collatéral des attentats de Paris et de l’état d’urgence. Lundi soir, il y avait conseil municipal à Lyon. Ce jour-là, le collectif Jamais sans toit, qui s’est fait connaître par ses occupations d’écoles l’année dernière, avait choisi de lancer une nouvelle campagne d’occupations afin d’obtenir des hébergements pour plusieurs dizaines d’enfants SDF.
A Lyon, les enseignants et parents d’élèves voulaient mettre à l’abri huit familles dans deux écoles. Sept familles devaient dormir à l’école Michel Servet (1er arrondissement) et une à l’école Gilbert Dru (7ème arrondissement), deux établissements parmi les plus mobilisés sur la question.
A l’école Michel Servet, en fin d’après-midi, les familles et le comité de soutien ont voulu s’installer pour dormir. Mais ils sont tombés sur la police municipale. Accompagnés d’un vigile, les policiers municipaux devaient les empêcher d’occuper l’école.
Émoi des parents d’élèves et des enseignants présents sur place.
Dans le 7ème arrondissement, la police municipale est également intervenue. Mais l’occupation avait déjà commencé.
En plein conseil municipal, la maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert a été prévenue. Laquelle a interpellé la mairie centrale qui a finalement fait machine arrière et a retiré les policiers.
« A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle »
L’adjointe aux affaires sociale, Zorah Aït-Maten, s’est emparée de l’affaire, avec le feu vert du cabinet du maire. Le soir même, les 14 enfants et les 10 parents ont pu dormir dans le gymnase. Trois jours après, elle s’explique :
« Gérard Collomb a commencé le conseil municipal avec des mots pleins de générosité suite aux attentats de Paris. On est tous sous le choc. On ne pouvait pas terminer en mettant la police dans les écoles. »
Le lendemain, l’adjointe a fait débloquer par le Centre communal d’action social (CCAS) des fonds pour payer des nuits d’hôtel aux sept familles de l’école Michel Servet et à la famille de l’école Gilbert Dru.
Elles dormiront donc à l’hôtel en attendant la mise en place d’une solution « plus pérenne ». Trois familles devraient notamment être hébergées au fort Saint-Laurent qui ouvrira fin novembre, dans le cadre du plan froid.
D’autres familles seront relogées dans des foyers pour personnes âgées sur « le quota des places destinées aux réfugiés syriens ». Ce sont trois familles dont un des membres a actuellement un emploi et peut payer un complément de loyer.
Une première à Lyon qui ne voulait pas « devenir Calais »
L’année dernière, les mêmes occupations d’école avaient eu beaucoup moins d’effet sur la mairie de Lyon. Certaines familles avaient finalement été hébergées, dans le cadre du fameux plan froid piloté par la préfecture du Rhône. La Ville de Lyon n’avait payé quant à elle aucune nuit d’hôtel.

Le maire PS de Lyon, Gérard Collomb, avait refusé toute demande de rendez-vous aux représentants du collectif Jamais sans toit.
S’agit-il d’un tournant dans la politique municipale ? Allan Maria, instituteur à l’école Gilbert Dru et membre de Jamais sans toit ne se fait guère d’illusion :
« En janvier 2015, lors des voeux à la mairie du 4e arrondissement, Gérard Collomb nous a dit que « Lyon ne doit pas devenir Calais ». Ce lundi, la mairie centrale a certainement pensé nous intimider en envoyant la police municipale mais ils n’ont pas anticipé l’impact que cela pouvait avoir sur les parents d’élèves ».
De son côté, l’adjointe aux affaires sociales annonce que toutes les situations qu’on lui présentera seront examinées « au cas par cas » et ré-insiste pour dire que l’hébergement d’urgence n’est pas la compétence de la municipalité mais de l’Etat :
« On doit prioriser les plus fragiles. C’est la Maison de la veille sociale qui le fait. Car financièrement l’Etat comme la Ville de Lyon ne peut pas mettre tout le monde à l’abri ».
L’élue souligne donc qu’une sélection doit s’opérer malgré le droit à l’hébergement (qui prévoit un hébergement inconditionnel).
Quant au collectif Jamais sans toit, il défend « une solution globale pour tous les enfants qui vivent à la rue ».
Une trentaine d’enfants ont été recensés dans des situations de mal logement à Lyon, certains vivant dans la rue ou dans des situations d’une extrême précarité. Ce sont des familles qui ne trouvent pas de place en appelant le 115. Une soixantaine d’enfants seraient comptés au niveau de l’agglomération.
Depuis ce lundi, une occupation est en cours à l’école Grandclément de Vaulx-en-Velin pour mettre à l’abri deux familles qui dorment tous les soirs dans les locaux. La mairie socialiste de cette commune de l’Est lyonnais n’a pas, pour sa part, débloqué de budget pour des nuits d’hôtel.

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