Société 

Près de 200 enfants SDF à Lyon : un jeudi de protestation dans les écoles

actualisé le 20/11/2014 à 15h43

En avril, un premier recensement avait été réalisé par des enseignants et des parents d’élèves. Ils avaient déjà relevé 110 enfants scolarisés et SDF dans l’agglomération lyonnaise, vivant dans la rue ou dans des situations d’une extrême précarité. Six mois plus tard, la liste s’est allongée jusque 194 enfants ; elle concerne 31 écoles ou collèges.

« Et encore on ne parle que d’enfants scolarisés ».

Il faudrait, disent-ils, ajouter une centaine d’enfants qui vivent dans des bidonvilles ou des squats et qui ne sont pas scolarisés.

 

Saturation du dispositif d’hébergement d’urgence

En avril, les parents et enseignants s’étaient arrêtés à ce constat. Il faisait beau et ceux-ci avaient encore de la ressource pour héberger eux-mêmes les familles ou faire une quête pour payer quelques nuits d’hôtel.

Mais les énergies s’émoussent, les solutions se raréfient et les températures chutent.

Et ce n’est pas l’ouverture du plan froid, qui permettra d’augmenter un dispositif d’hébergement d’urgence déjà saturé, qui va représenter une bouffée de chaleur pour ces familles.

A Lyon, 841 places supplémentaires seront ouvertes dans l’agglomération lyonnaise contre 800 au cours de l’hiver 2013/2014. Mais ces places seront progressivement « activées ».

Aujourd’hui, il n’y a que 81 places supplémentaires dans l’agglomération lyonnaise. Mais ça ne suffit pas. On estime que, depuis octobre, il y a entre 2000 et 2200 personnes ont appelé le 115 sans trouver de solution.

 

Occupation d’écoles à une date particulière

Il y a donc urgence, au sens de l’hébergement d’urgence. Les parents et enseignants qui avaient déjà occupé leurs établissements en décembre, comme l’école Gilbert Dru, à la Guillotière (Lyon 7e), ou l’école Gagarine à Vaulx-en-Velin, ont lancé avec d’autres un collectif baptisé « Jamais sans toit ». Et d’autres écoles, moins habituées aux actions militantes, ont suivi.
Pétition, manifestation le 15 novembre et occupation de plusieurs écoles le jeudi 20 novembre.

Ce collectif n’a pas choisi comme point d’orgue le 20 novembre au hasard. C’est le jour où la France avec d’autres pays célébrera le 25ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Le ministère de l’Education nationale encourage ce jour là les enseignants à « mener des actions visant à faciliter la compréhension par les élèves de la Convention ».

Les enseignants ont pris au mot le courrier de l’inspecteur d’académie. Comme le raconte François Bachelet, instituteur à l’école Gagarine de Vaulx-en-Velin :

« L’inspection académique nous bombarde de courriers pour nous encourager à faire des choses autour de la Convention des droits de l’enfant. Mais dans le même temps, quand on les alerte sur la situation d’une famille, ils disent qu’ils ne peuvent rien faire ».

Les enseignants ou parents d’élèves, démunis, se tournent vers les mairies qui répondent sensiblement la même chose. On leur suggère de faire pression sur la préfecture qui représente l’Etat, compétent en matière d’hébergement d’urgence.

L'école Gilbert Dru, à la Guillotière (Lyon 7e) fera partie des écoles occupées ce jeudi 20 novembre. © LB/Rue89Lyon

L’école Gilbert Dru, à la Guillotière (Lyon 7e), fera partie des écoles occupées ce jeudi 20 novembre. © LB/Rue89Lyon

« On ne peut pas laisser ces personnes dehors »

Certains parents d’élèves et profs, comme à l’école Gagarine, occuperont symboliquement leur école car des solutions de fortune tiennent pour l’instant. Il s’agit de squat sans eau ni électricité ou d’un hébergement dans des familles.

D’autres occuperont leur école pour mettre directement à l’abri plusieurs familles avec leurs enfants. Comme à l’école Jean Vilar de Vaulx-en-Velin. Après quelques nuits d’hôtel payées par des quêtes régulières, quatre enfants et leur deux parents dorment à la gare Perrache.

Alors quand on demande à l’instituteur François Bachelet pourquoi il fait cela, il répond, solennel :

« Quand il fait noir, froid et qu’il pleut, on ne peut pas laisser ces personnes dehors. J’ai grandi en France et j’ai appris, dans ma famille mais aussi à  l’école de la république, que les mots liberté, égalité et fraternité avait un sens mais qu’il était essentiel de les traduire en actes. Je pense que c’est ce que j’essaie de faire en aidant ces familles. »

Au moins huit écoles et un collège seront occupés jeudi soir dans l’agglomération.

Voici la liste qui devrait connaître une occupation. Une liste qui pourrait s’allonger.

  • A Vaulx en Velin : les écoles Youri Gagarine et Jean Vilar; le collège Henri Barbusse
  • A Oullins : l’école Ampère
  • Dans le 1er arrondissement de Lyon : les écoles Michel Servet et Victor Hugo
  • Dans le 3e arr. de Lyon : l’école Painlevé
  • Dans le 7e arr. de Lyon : l’école Gilbert Dru
  • Dans le 8e arr. de Lyon : l’école Jean Giono

Une centaine de parents d’élèves et profs se sont rassemblés mercredi soir devant la préfecture du Rhône où une délégation a été reçue. C’était un premier rendez-vous avec les services préfectoraux. Selon un des membres du collectif « Jamais sans toit », aucune solution d’hébergement n’a été avancée par le directeur de cabinet de préfet.

> Article mis à jour à 12h30 après le rassemblement de mercredi soir devant la préfecture.

> Mis à jour à 14h20 avec la liste des écoles qui devraient être occupées.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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