
1. La musique
Lourde, grasse, parfois fine quand Wagner arrête de charger au pas de la grosse caisse. Rarement éprouvé cette sensation d’une mise en scène aussi réussie avec une partition épaisse et bruyante.
Détester Wagner repose sur une allergie épidermique qui se niche sous la peau comme un corps étranger. Le musicien a connu le déshonneur des Français lors d’un séjour à Paris en 1841. On l’a jeté avec sa partition, l’artiste s’est consolé de l’autre coté du Rhin. Histoire d’une sensibilité et d’une culture.
2. La mise en scène
Flamboyante, généreuse, scintillante. Dix premières minutes étourdissantes au lever du rideau. On se fait rincer les mirettes et le ciboulot. Les effets de l’image vidéo et la technicité des décorateurs font merveille.
On navigue dans l’océan, tantôt tempête tantôt repos. La direction des dizaines de chanteurs sur la plage n’échappe pas à une impression de joies collectives sur la scène. Cadrage, enthousiasme, flux majestueux des familles de pécheur nous régalent
Alex Ollé , metteur en scène, prince catalan, hisse haut son exigence créatrice rare avec cette croisière alléchante.
3. Les musiciens et chanteurs
Kazushi Ono déroule et fait le boulot avec l’immense navire rouillé au dessus des musiciens. L’homme passe de Parsifal au Vaisseau fantôme avec calme et gravité. La surprise sucrée vient du baryton : l’allemand Simon Neal endosse l’habit blanchâtre de l’homme blessé à vie et irrécupérable. Son talent se niche dans sa posture fragile remplie de combats désabusés même quand il ne chante pas.
Son timbre vient frapper à notre cœur pour qu’on lui laisse une place dans nos entrailles. La soprane Magdalena Anna Hofmann reste dans un flacon sobre et enivrant.
4. Les costumes et décors

On pense aux hommes politiques de ce pays. Ils faudrait les transporter à Lyon. Ces guignols de la parole sans acte découvriraient le flamboyant, le simple, l’harmonie, le bonheur, mais jamais l’outrage. On aimerait faire un coup d’état : gravir la scène et tendre une main à ces acteurs- chanteurs si heureux et bien réglés.
Les rondes sur la plage ressemblent à une farandole étincelante. Les décors mêlent effets vidéo et matières disparates. L’effet des vagues est étourdissant avec un éclairage d’une rare finesse. Costumes et maquillages recherchés complètent ce sentiment d’excellence.
On envie ceux qui ont travaillé sur ce spectacle.
5. Le message
Crédible, en 2015, cette histoire d’un père qui vend sa fille à un inconnu ? Alex Ollé a pensé au port décadent de Chittagong au Bangladesh cimetière marin ou des grands navires marchands sont démolis. Ce vaisseau fantôme et rouillé s’échoue devant nous, spectateur médusé assistant à un naufrage humain de l’autre coté du miroir de l’Occident.
Mais aussi, « les exclus et les heureux » de l’Opéra de Lyon
Le Vaisseau fantôme de Richard Wagner. Direction musicale : Kazushi Ono. Mise en scène : Alex Ollé. A l’Opéra de Lyon jusqu’au 26 octobre (de 13 € à 94 €).
> Billet mis à jour avec le reportage vidéo au pied de l’Opéra, lundi 13 octobre.

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