
Ce n’est pas la première fois qu’Hayao Miyazaki annonce sa retraite cinématographique ; c’est même devenu un sujet de plaisanterie comme furent, en leur temps, les adieux des mythiques Compagnons de la chanson…
Non seulement Le Vent se lève donne un crédit évident à ce départ longtemps reporté, mais il explique aussi en creux les tergiversations du maître. Le parcours de son protagoniste, Jiro, évoque ainsi métaphoriquement celui de Miyazaki lui-même : celui d’un homme mû par une passion si exclusive qu’elle lui fait passer à côté du monde et de la vie.
Ainsi, dès son plus jeune âge, Jiro s’obsède pour l’aviation, ayant trouvé un mentor imaginaire en la personne de Giovanni Caproni, pionnier italien de la construction. Devenu ingénieur, il va tout faire pour donner au Japon des modèles dignes de ceux fabriqués en Europe, et notamment dans l’Allemagne hitlérienne. Car Le Vent se lève se déroule dans une période tumultueuse de l’Histoire japonaise que Miyazaki circonscrit à deux événements : le séisme qui dévaste la région de Kanto et la participation de son pays à la Deuxième Guerre mondiale.
L’émerveillement, la destruction, la mélancolie
Du premier, spectaculairement recréé à l’écran, le cinéaste fait la source romanesque de son récit : Jiro réussit à sauver une jeune fille lors du déraillement d’un train et, lorsqu’il la retrouvera des années après dans un sanatorium où elle soigne sa tuberculose, une histoire d’amour va naître entre eux, sans cesse contrariée par les activités professionnelles du héros. Quant au second, il permet à la fois de pointer la réussite du projet de Jiro et son versant amer, sa récupération par un pouvoir belliqueux et destructeur.
Dans la romance comme dans la fable historique, Miyazaki pousse son art jusqu’à des hauteurs encore jamais atteintes : ainsi de la splendide scène du balcon, qui tient la comparaison avec celles, mythiques, écrites par Shakespeare et Rostand ; ou lorsqu’il s’agit de faire voler ses images comme si son héros se perdait entre le rêve et la réalité, dans l’oscillation terrible entre l’émerveillement face au monde et la brutale découverte de sa cruauté. Surtout, Le Vent se lève porte en lui toute la mélancolie d’une vie dévouée au travail, au point d’en devenir aveugle à la souffrance alentour. La conclusion du film est en cela sublime : avec ce point final, c’est comme si Miyazaki disait qu’enfin quelque chose pouvait commencer, malgré tout ce qui a été irrémédiablement perdu…
Par Christophe Chabert sur petit-bulletin.fr.
Le Vent se lève
D’Hayao Miyazaki (Jap, 2h06) animation

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