Le 2 octobre, ce Tunisien de 22 ans, sous le coup d’une mesure d’expulsion, s’était aspergé d’essence et s’était mis le feu lors d’une audience au palais de justice de Lyon. Le procureur de la République avait décidé de le poursuivre « pour mise en danger de la vie d’autrui », ce qui avait suscité une vive émotion au sein du palais de justice de Lyon. Un juge d’instruction avait été nommé mais il s’était opposé au parquet en décidant de le placer sous le statut de témoin assisté.
Après un rapide passage par l’hôpital, le sans-papiers a été reconduit au centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry où il est toujours enfermé en attente de son expulsion.
Compte tenu des faits, le juge d’instruction a demandé une expertise psychiatrique. Mais le psychiatre désigné n’a pu se rendre au centre de rétention que ce mercredi soir.
Parallèlement, le parquet veut toujours le mettre en examen pour mise en danger de la vie d’autrui et a donc fait appel de la décision du juge d’instruction.
Son avocat, Thomas Fourrey, dénonce l’« acharnement du parquet et de la préfecture » :
« Le procureur de la République reste sur la même ligne. Et la préfecture du Rhône, en maintenant l’expulsion, ignore l’instruction qui est en cours et qui doit déterminer les circonstances de cette immolation. Le bateau est prévu ce jeudi à la première heure pour la Tunisie. Par conséquent, je crains que le psychiatre qui l’a examiné ce mercredi soir à 18 heures rende sa décision trop tard. Mon client risque d’être déjà expulsé ».
Finalement, l’expulsion a été repoussée. Le psychiatre aura le temps de rendre son avis.
Un Tunisien d’Hammamet
Nous avons réussi à joindre brièvement par téléphone ce mercredi soir Hatem Bastani, puisqu’il se nomme ainsi. Il nous a dit qu’il s’opposerait encore à une expulsion.
Dans un français parfois difficilement compréhensible, il a répété qu’il était tellement « dégoûté » par ce qui lui arrive (trois mois de prison pour une première opposition à une expulsion) qu’il voulait « se supprimer ».
Hatem Baftani vient d’Hammamet. Il n’a plus ni mère, ni père. Il redoute de croiser ses créanciers, « des amis », à qui il aurait emprunté « 10 000 euros » pour traverser en bateau la Méditerranée jusqu’à la Sicile.
Il est arrivé en France « en 2011 ». Carreleur de profession, il a rapidement trouvé des chantiers au noir dans la région lyonnaise avant de « se blesser » et de devoir s’arrêter. Ce qui, selon lui, expliquerait qu’il n’a pas pu rembourser sa dette de passage.
Il est également « choqué » par son passage à la maison d’arrêt de Villefranche : « pour une cigarette, ils te frappent » :
« On m’a mis en prison alors que je n’ai pas volé. Je ne comprends pas. Depuis, je fais des cauchemars ».
Il clôt la conversation en disant qu’il préfère encore la prison à un retour en Tunisie :
« En Tunisie, il n’y a pas de sécurité. On peut tuer n’importe qui ».
> Article actualisé le 17 octobre à 10h30, suite à l’ajournement de l’expulsion d’Hatem Baftani
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