La transition énergétique concerne tout le monde. Une partie conséquente de nos concitoyens est plus visée car plus exposée au prix des énergies, et moins armée car elle ne dispose pas des moyens de se loger dans des logements sobres et performants.
Par ailleurs, c’est dans la population des ménages précaires que l’on trouve ceux qui occupent les logements énergivores : les passoires thermiques. Ces ménages sont captifs du poids de leur « dépense contrainte » (logement+énergie+eau principalement) qui représente la moitié du budget des ménages pauvres et modestes, et 40% de celui des ménages au revenu médian.
Agir prioritairement sur ce segment de la transition énergétique amènera un bénéfice social, mais aussi environnemental et économique au regard notamment des dépenses de santé publique induites par la privation de chauffage : 1 € investi pour rendre un logement chauffable, c’est 0,42 € d’économie sur les dépenses de santé (selon l’OMS, 2009).
Au regard de ces enjeux, la lutte contre la précarité énergétique ne doit pas constituer un « à-côté », un saupoudrage solidaire, mais bien être intégrée au cœur de la transition énergétique.

Comment agir efficacement ? L’ampleur du phénomène implique des moyens conséquents et un système d’actions cohérent, porté par une gouvernance nationale interministérielle et s’appuyant localement sur les collectivités.
Agir sur les causes par la rénovation des passoires thermiques à occupation sociale est une priorité. Le logement social HLM est en moyenne plus performant que le reste du parc, une dynamique est déjà engagée dans ce domaine. L’action publique doit se développer sur le parc privé.
Elle se renforce avec l’évolution du programme Habiter mieux en 2013, mais l’annonce gouvernementale de la rénovation de 50 000 logements par an à partir de 2015 est insuffisante : à ce rythme on aura développé des réponses à la hauteur des besoins à l’horizon 2080. Un rythme de 200 000 logements privés à occupation sociale rénovés par an est nécessaire pour ramener cet horizon à 2030-2035.
En parallèle de ces aides l’obligation doit évoluer pour équilibrer incitation et contrainte sur le parc locatif : intégration de critères thermiques dans les textes décence/insalubrité, intégration de la performance dans la taxe foncière, pour un message clair aux bailleurs et investisseurs privés : d’ici peu vous ne pourrez plus louer des logements classe G, puis plus tard des classes F, etc.
Comment mettre fin aux passoires et épaves thermiques ?
Traiter les effets en parallèle de l’action sur le bâti : les tarifs sociaux ne limitent pas les pratiques de privation et excluent une grosse partie de la population. La Fondation Abbé Pierre propose de les remplacer par un bouclier énergétique, reposant sur une meilleure prise en compte du coût réel de l’énergie, par les allocations logement.
Il s’agit donc bien de faire de la lutte contre la précarité énergétique une des priorités de la transition et en tout cas de prendre le contre-pied de la théorie du ruissellement : une stratégie visant à stimuler les rénovations énergétiques chez ceux qui peuvent facilement les financer en imaginant que cela entraînera l’ensemble est vouée à l’échec.
Cette stratégie nous engagerait dans une spirale du pire, reléguant les moins fortunés dans les logements les moins performants avec des incidences sociales, sanitaires et économiques plus complexes et onéreuses à traiter à terme…. Et toujours la suppression des passoires et épaves thermiques repoussée à plus tard.
Par Bertrand Lapostolet – Responsable de programme Fondation Abbé Pierre, dans le cadre de Prospective logement, deux jours d’assises sur le logement et l’habitat à la Villa Gillet (3 et 4 juillet), un événement dont Rue89Lyon est partenaire.
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