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Impossible d’obtenir un logement social : « faisons un seloger.com des HLM ! »

actualisé le 17/12/2013 à 07h37

Seuls 4 français sur 10 connaissent les modalités d’attribution des logements sociaux. Les six autres participent bien involontairement mais vigoureusement à la construction du mythe de la triche organisée et des passe droits généralisés. A leur décharge, la grande majorité des bailleurs sociaux, dont je suis, ne communiquent que trop rarement et timidement sur leurs pratiques et règles du jeu.

En période de crise du logement, cette incompréhension ajoutée à la rareté des logements sociaux disponibles devient insupportable et génère beaucoup de tensions et d’incompréhension. Cécile Duflot ministre du logement et de l’égalité des territoires a lancé en janvier dernier une vaste concertation visant à proposer des axes d’amélioration en la matière…

Cinq mois après, 30 propositions et quelques 220 pages plus tard, quatre axes se dessinent : simplifier les démarches, améliorer l’information dispensée aux demandeurs, gérer les attributions au niveau intercommunal et mettre en place des outils d’objectivation de la demande.

Les avancées sont notables, voire salutaires. Mais les obstacles restent nombreux, trop certainement !

Pour ce T2, il faut une femme seule avec enfant en bas âge mais sans RSA…

De nombreuses propositions n’ont été reprises que timidement par un comité des sages… parfois trop sages. L’une d’entre elles proposait notamment de s’inspirer du « choice based lettings », pratique mise en œuvre depuis de nombreuses années en Angleterre qui vise à renverser la situation et à mettre le demandeur au cœur du dispositif d’attribution en lui permettant de se positionner sur tout ou partie des logements sociaux disponibles. En quelque sorte, un « se loger.com » du logement social, mais avec d’autres règles que celle du marché de l’immobilier !

Face à la pénurie de logements, les acteurs du logement social, passent aujourd’hui une grande partie de leur temps à tenter de faire le bonheur des demandeurs malgré eux. Nos règles d’attribution et notamment celle de la réservation des logements par les co-financeurs nous ont conduit à saucissonner l’offre de logement sociaux mais aussi son mode d’attribution. Cela se traduit par la multiplication des guichets d’enregistrement mais aussi celle des filières de traitement.

Ainsi les professionnels aussi motivés et compétents soient-ils passent d’avantage de temps à rapprocher administrativement une offre de logement avec une demande valable selon des critères d’une complexité matricielle parfois insoluble :

« Alors pour ce T2, il me faudrait une femme seule mais avec enfant en bas âge et si possible reconnue prioritaire sur le contingent préfectorale mais pas bénéficiaire des minima sociaux car cela va déséquilibrer le peuplement de la résidence».

Ne plus construire de ghettos 

Force est de constater que nous sommes certainement au bout d’une logique et d’un système. De premières avancées ont eu lieu, des agglomérations, dont celle de Lyon, ont mis en place un fichier commun de la demande qui évite au demandeur le marathon des guichets, d’autres comme celle de Rennes ont généralisé le système de cotation afin d’objectiver la priorité des demandes.

Mais ces évolutions ne suffisent plus, il convient de réfléchir collectivement à une nouvelle manière de faire qui positionnerait le demandeur en tant qu’acteur et non « sujet administré », au prétexte de sa fragilité économique. Bien sûr nous devrons collectivement être garants que cela ne favorise pas la reconstitution de ghetto. Rappelons cependant que ceux qui se constituent le plus rapidement aujourd’hui sont ceux des classes aisées.

Il faut donc à la fois jouer sur les modalités d’attribution mais aussi garantir la production d’un logement social abordable dans toute la Ville. Sans cette production renforcée, nous seront confrontés à la même limite que nos amis d’outre-Manche qui, face à la pénurie de logements abordables, s’inquiètent de ce que finalement leur système de « choice based lettings », aussi apprécié soit-il des usagers, bute sur le syndrome « to rearrange the deck chairs on the Titanic ».

Produire d’avantage de logements abordables et dans tous les secteurs de la ville, rendre le demandeur de logement social acteur de ses choix résidentiels : deux défis pour le logement social de demain.

Par Cédric Van Styvendael, directeur Général de « Villeurbanne Est Habitat », dans le cadre de Prospective logement, deux jours d’assises sur le logement et l’habitat à la Villa Gillet (3 et 4 juillet), un événement dont Rue89Lyon est partenaire.

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