Société 

Quelle tête a la plantation artistique que la police a détruite, croyant découvrir un champ de cannabis ?

actualisé le 28/07/2017 à 14h38

L’expérimentation artistique à base de chanvre qui était menée dans le cadre de la Biennale architecture Lyon est partie « en fumée ». Les policiers ont arraché les plants en les confondant avec du cannabis.

Lors d’une patrouille dans le quartier de Confluence le 26 juin dernier, les policiers municipaux ont dû s’étrangler en découvrant un champ de chanvre, qu’ils prennent immédiatement pour du cannabis. Ils envoient dans la foulée une photo au commissariat du 2e arrondissement. Citée dans Le Progrès, la commissaire divisionnaire, Isabelle Sire-Ferry, explique :

« Le groupe enquête antidrogue a tout de suite vu que c’était du chanvre, explique Isabelle Sire-Ferry, commissaire divisionnaire. Mais il a demandé d’enlever les plants pour éviter toute confusion. »

Ni une, ni deux, ce ne sont pas moins de 4000 m2 de plants qui se retrouvent détruits.

Le champ de chanvre du projet "Aire d'attente" après le passage de la police. ©MD/Rue89Lyon

Le champ de chanvre du projet « Aire d’attente » après le passage de la police. ©MD/Rue89Lyon

Des plants de chanvre artistiques

Le problème ? Les plants arrachés étaient en réalité du chanvre, et non du cannabis. Et des plants de chanvre artistiques, qui plus est.

En effet, ces-derniers ont été plantés dans le cadre de la « Biennale Architecture Lyon ». En mai dernier, l’artiste Thierry Boutonnier a investi cette friche, non loin de la Sucrière où se tient l’expo, en compagnie de l’équipe de « Fabriques architectures-paysage ». Dans ce « champ urbain », l’œuvre, intitulée « Aire d’attente », mêlait plants de chanvre, de lin et d’orge.

L’expérimentation devait prendre fin ce dimanche, en procédant à une immense « fauche participative ». D’après Le Progrès, l’activité tombée à l’eau sera remplacée par une séance d’arrosage des plants restants.

La police mal informée

Citée dans les colonnes du Progrès, les équipes de police s’expliquent :

« Il aurait fallu l’annoncer avec un petit panneau. »

Réponse des architectes :

« C’est vrai, il aurait fallu faire une déclaration. Il faut le faire quand on est agriculteur, mais ici, c’était une intervention d’artiste. Nous avons agi en toute bonne foi. »

Et l’un des concepteurs, Pierre Janin de rajouter :

« On vient souvent sur le site, ils auraient pu nous trouver facilement. »

La confusion de la police est néanmoins compréhensible. Difficile de faire la distinction entre les deux espèces sachant que la seule différence réside dans leur taux en THC. 5 à 10 % pour le cannabis, contre 0,3 pour le chanvre.

La police municipale et la police nationale auraient pu se renseigner un brin. Pour rappel, la « Biennale architecture Lyon » est largement soutenue par la Métropole de Lyon et « Aire d’attente » faisait partie des principaux projets de cette première édition.

Un des rare plans de chanvre à avoir résisté au passage de la police. ©MD/Rue89Lyon

Un des rare plans de chanvre à avoir résisté au passage de la police. ©MD/Rue89Lyon

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