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« J’ai le coeur à gauche mais le portefeuille à droite » : Jean-Damien, 26 ans, votera François Fillon

actualisé le 21/04/2017 à 11h46

Jean-Damien, 26 ans, originaire du Jura venu à Lyon pour ses études, donnera sa voix à François Fillon. Ce dernier incarnerait une certaine grandeur, une idée de la France conservatrice, mais économiquement réformatrice. C’est que, pour lui, « la gauche n’a pas le monopole du coeur ».

 Portraits d’électeurs 2017
Il s’agit d’un portrait inclus dans une série intitulée « Portraits d’électeurs 2017 », qui sera nourrie par les articles de Rue89Lyon (qui avait initié le projet en 2012), par Rue89 Strabourg et par Rue89 Bordeaux. Qu’est-ce qui motive les choix d’un électeur lorsqu’il vote ou lorsqu’il s’abstient ? Durant toute la campagne électorale, rencontrez ces gens sur nos territoires et suivez avec eux leurs hésitations ou leurs certitudes face au vote. Une appli web réunira l’ensemble de ces productions.

Jean-Damien a grandi à Saint-Claude, une petite ville historiquement ouvrière, dans le Jura. Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de chefs d’entreprise (une usine fondée par l’arrière-grand-père), il a dérogé de la tradition familiale pour suivre des études de droit à Lyon 3. Il passe cette année le barreau pour devenir avocat.

Sa mère a toujours voté à gauche, son père toujours à droite. Jean-Damien suit les traces paternelles en politique, mais se sent proche de sa mère sur beaucoup d’idées sociales.

Pull noué sur les épaules, petit polo Lacoste sur le dos, il le dit lui-même :

« J’ai conscience d’être le parfait cliché de l’électeur de droite… »

On sent qu’il en joue et s’en amuse.

De Gaulle, es-tu là?

Plusieurs figures politiques l’ont marqué dans son initiation :

« Jacques Chirac, pour son côté populaire. Et puis Giscard, il a été le meilleur président. C’est lui qui a modernisé la France : la majorité à 18 ans, l’avortement… Il était incompris, intérieurement conservateur mais résolument moderne et réformateur. »

Et puis, bien sûr… Charles De Gaulle, envers lequel Jean-Damien est particulièrement déférent, fervent lecteur de ses discours et mémoires.

Il a même envisagé d’appeler le chat de sa soeur du nom du général. Avant que celle-ci ne se ravise pour un « Fripouille », plus consensuel.

« André Malraux a dit de lui qu’il avait, pendant tant d’années, dressé à bout de bras le cadavre de la France, en faisant croire au monde, qu’elle était vivante. C’est beau, ça, non ? »

« Un homme, un programme, une vision »

Son choix réside dans la « cohérence du programme » de François Fillon. Les affaires ? Peu importe. Il pense qu’il s’agit d’un « foudroyage en règle ». Ce n’est pas une question de morale, « tous les parlementaires le font ».

Pour le jeune homme, ce qui compte est que le candidat « a le meilleur programme pour la France ».

« Un homme, un programme, une vision. Je suis persuadé que François Fillon va gagner, les gens attendent une alternance. »

Selon lui, l’atout de François Fillon est qu’il a « le courage de dire les choses ».

« Oui, il faut travailler plus et plus longtemps. D’abord créer de la richesse avant de la redistribuer. C’est logique. »

Son père est chef d’entreprise à Saint-Claude, dans le Jura. Il emploie une quarantaine de personnes dans une usine. Ce qui explique en partie l’adéquation entre les attentes de Jean-Damien en matière d’économie et le programme de François Fillon.

« Il faut baisser les charges sur les entreprises, pour qu’elles respirent, libérer l’économie, et simplifier le code du travail. Je suis pour le fait de remettre la négociation en entreprise au coeur des débats. Au 21e siècle, on ne doit plus avoir autant d’interventionnisme de la part de l’État. »

Jean-Damien, étudiant en droit. ©AF/Rue89Lyon

« On se doit d’accueillir des gens qui fuient la guerre »

Quelle est son opinion concernant les autres candidats ? À droite, personne d’autre n’a son admiration.

« Dupont-Aignan est souverainiste dans le sens le plus fermé du terme. Il veut inscrire le monde dans la France, alors qu’il faut inscrire la France dans le monde. »

Marine Le Pen ?

« Elle n’a aucun programme économique et son programme social est dangereux. Je ne voterai jamais pour elle. Elle cache mal les vieux relents du parti de son père. »

Accueillir les migrants de Syrie, de plus, est pour lui une évidence.

 « On se doit d’accueillir des gens qui fuient la guerre. Des Français se sont bien réfugiés en Angleterre pendant la seconde Guerre Mondiale! »

À gauche, Jean-Damien n’a guère de préférence. Macron symbolise pour lui le vide, son programme ne reposant sur rien selon lui. L’argument du « renouvellement de la classe politique » également, ne tient pas pour l’étudiant :

« Et alors ? On n’élit pas un délégué de classe ! En politique comme en entreprise, on gravit les échelons. On ne devient pas PDG par hasard. Il faut faire ses preuves avant d’accéder à une haute fonction. François Fillon, lui, a toujours été élu au premier tour. Il a été Premier Ministre pendant la crise, il n’a jamais déçu. »

Mais Jean-Damien, lecteur assoiffé d’Histoire et de la vie des grands hommes politiques, ne peut s’empêcher d’entretenir une affection toute particulière à l’égard de Jean-Luc Mélenchon.

« Ah. Quand je l’écoute dix minutes, j’ai envie de crier « Mort aux patrons ». C’est notre dernier tribun, un orateur incroyable, le nouveau Lénine. Il ferait revivre le communisme ! Mais ses idées ont cinquante ans de retard. Dommage, c’est une personnalité extraordinaire. »

Une orientation politique marquée par la religion

En 2012, il avait voté Sarkozy au premier tour… Et François Hollande au second.

« Parce que Sarkozy, non, franchement, il était trop bling-bling. Et son côté obsessionnel sur l’identité pendant la campagne, c’est non. Buisson, c’est quasiment du Front National. »

Il dit s’en être mordu les doigts pendant cinq ans. Jean-Damien déplore certaines mesures, comme le mariage pour tous, qu’il ne remet cependant pas en cause. Il n’a pas manifesté contre, mais l’usage du mot « mariage » l’a dérangé. Un autre mot pour les mêmes droits l’aurait moins embêté. Mais, « c’est fait, c’est fait », dit-il, point besoin de revenir dessus.

Lorsqu’on l’interroge sur son rapport à la religion, Jean-Damien ne nie pas une certaine relation politique. Lui et sa soeur sont catholiques, vont à la messe régulièrement. Assez particulier du fait que ce ne soit pas coutume dans la famille (leurs parents ne pratiquent pas).

Et Jean-Damien apprécie le côté « social-chrétien » de François Fillon.

« Oui, il veut encourager les gens à travailler, aider à la réinsertion. Il n’y aura pas de laissés-pour-compte. »

Quid de la religion en politique? Pour Jean-Damien, la religion est source de morale, donne des codes, une certaine conduite. Il dit que cela pousse à réfléchir à notre comportement. Cependant, « pas de prosélytisme », précise-t-il, et « on ne revient pas sur la laïcité ».

« Et Fillon a dans son entourage des gens qui peuvent lui nuire… Valérie Boyer par exemple. »

Trois amours : la France, la République, l’Europe

Le jeune homme ne comprend pas ceux qui s’abstiennent lors d’une élection présidentielle. Voter fait partie des devoirs citoyens, selon lui, davantage que des droits. Il faut s’exprimer si l’on ne veut pas subir.

Il critique également assez vertement les groupuscules comme l’Action Française :

« Ils tractent parfois devant la fac… Tu devrais venir voir, il n’y a qu’à Lyon 3 qu’on voit ça… Mais franchement, non merci. »

Jean-Damien a participé à un échange Erasmus, voilà trois ans. Il est parti étudier à Glasgow, en Ecosse. Une expérience qui l’a marqué et a approfondi son amour pour l’Europe.

« Je suis réellement pro-européen. Mais aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui mène. La France ne joue pas encore assez le rôle qu’elle devrait remplir. Tout de même, c’est Simone Veil qui a été la première présidente du Parlement Européen! »

Pour lui, les critiques émises envers l’Europe ne sont pas constructives.

« L’Europe s’est étendue trop vite, certains pays n’arrivent pas à suivre, c’est vrai et cela pose problème. Cependant, il ne faut pas dire que l’Europe est à l’origine de tous nos maux, ce serait faux. »

On sent chez Jean-Damien un tiraillement entre la politique sociale de la gauche et le système économique de la droite. Peut-être parce que…

« Comme Giscard l’a dit à Mitterrand, la gauche n’a pas le monopole du coeur. Il y a des gens de gauche qui pourraient être intéressés par le programme de Fillon. »

Fillon dirait-il la même chose à son adversaire de gauche ?

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