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Enquête préliminaire autour de Gilles Chabert : qui est le « conseiller montagne » de Laurent Wauquiez ?

actualisé le 31/03/2017 à 14h16

Gilles Chabert, conseiller régional et conseil spécial de Laurent Wauquiez pour la montagne, est soupçonné de prise illégale d’intérêts dans le versement de diverses subventions. Elles ont bénéficié à des associations ou stations de ski dans lesquelles l’élu est impliqué.

En janvier, le site d’Acteurs de l’économie révélait les soupçons pesant sur l’élu régional de l’Isère. Le journal local indiquait que la commission « montagne » du conseil régional avait instruit positivement différents dossiers de subventions en faveur de structures que Gilles Chabert connaît bien.

Une subvention de 20 000 euros a en effet été attribuée le 17 novembre 2016 à l’association Montanea dont il est administrateur.

2 millions versés à des organismes liés à Gilles Chabert

Plus globalement, dans le cadre du plan montagne de la Région, visant essentiellement à aider les stations de ski à s’équiper en canons à neige, les différentes casquettes du « Monsieur montagne » de Laurent Wauquiez posent question.

L’élu cumule notamment son mandat avec la présidence du syndicat national des moniteurs de ski (SNMSF) qui chapeaute les écoles de ski. Jusqu’à peu il était également administrateur de la Compagnie des Alpes (CDA), société gestionnaire entre autres de plusieurs stations des Alpes.

Il avait lui-même indiqué que les aides versées par le conseil régional avaient eu impact positif sur le chiffres d’affaires des écoles de ski. Par ailleurs, 2 millions d’euros dans le cadre de l’Acte 1 du Plan Montagne ont bénéficié à des organismes liés à Gilles Chabert, selon Acteurs de l’Économie.

Fin janvier, Gilles Chabert a fini par démissionner de son poste d’administrateur de la CDA. Il justifiait officiellement sa décision par un désaccord concernant l’arrivée au capital d’investisseurs chinois. Rien à voir selon lui avec ses multiples casquettes susceptibles de créer des conflits d’intérêts.

Il ne prenait pourtant pas beaucoup de risques : son mandat au sein de la CDA a pris fin au 9 mars dernier. Gilles Chabert était par ailleurs aux côtés de Laurent Wauquiez lors d’un récent déplacement d’une délégation de professionnels, notamment de la montagne, en Chine justement.

« L’homme le plus puissant de l’arc alpin »

En février, le ministère des Sports a publié, sur demande de la commission d’accès aux documents administratifs, un rapport sur les sports de montagne. Médiapart indiquait à sa sortie que de très nombreux passages avaient été censurés.

Dans ses parties accessibles, le document pointe notamment du doigt la position de conflits d’intérêts de trois syndicats du secteur dont le SNMSF que dirige Gilles Chabert.

« Ils siègent seuls au sein de plusieurs organes de certification des écoles de ski, de désignation des jurys et des organismes de formation habilités à intervenir ou encore des formateurs rémunérés, et pourraient être tentés de favoriser leurs structures ou adhérents respectifs », rapporte Médiapart.

Dans son article, le site d’informations qui indique que l’intéressé se considère lui-même comme « l’homme le plus puissant de l’arc alpin », rappelle un épisode vieux de trois ans à l’écho particulier aujourd’hui.

Dans le cadre des débats en 2014 concernant une loi relative aux moniteurs de ski, l’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, s’exprimait à l’Assemblée Nationale :

« Je voudrais rapporter ici les propos du président du SNMSF (…) : “C’est inenvisageable que je ne sois pas ami avec eux [les élus– ndlr]. Celui qui n’est pas ami avec moi aura du mal à être élu.” « 

Une subvention finalement versée via la commission lycées ?

Au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, on semble peu soucieux des risques de conflits d’intérêts.  Carole Montillet, elle aussi conseillère régionale et conseillère spéciale de Laurent Wauquiez pour le sport, est devenue administratrice de la CDA en lieu et place de Gilles Chabert. Même position, même conséquence.

Capture d'écran du site de la Compagnie des Alpes

Capture d’écran du site de la Compagnie des Alpes

En février, la conseillère régionale d’opposition de la Drôme membre du groupe Rassemblement citoyen écologiste et solidaire (RCES), Corinne Morel-Darleux avait alerté le procureur le République de Lyon des soupçons concernant Gilles Chabert. Elle visait notamment la subvention de 20 000 euros votée à l’association Montanea.

Ce 25 mars, on apprend qu’une enquête préliminaire visant Gilles Chabert pour des soupçons de prise illégale d’intérêts a été confiée à la police judiciaire de Lyon. Au conseil régional, on estime avoir la conscience tranquille.

« Gilles Chabert a été totalement transparent », indique-t-on à Acteurs de l’économie.

Mais l’affaire a pris une tournure surprenante. Dans un communiqué du 16 mars dernier, le groupe RCES et Corinne Morel-Darleux reviennent à la charge. Ils dénoncent une petite entourloupe du conseil régional.

La manip’ ? Annuler le versement de la subvention à l’association Montanea instruite par la commission montagne pour mieux lui redonner via… la commission lycées !

La délibération doit être votée ce lundi 27 mars.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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