Grenoble sous ma loupe
Chroniques politiques rédigées depuis Grenoble par Victor Guilbert. Un regard critique sur l'atelier municipal dit d'une "autre gauche", ce "laboratoire" d'expériences politiques initié en 2014 dans la capitale des Alpes.
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À Grenoble, sécession dans la majorité d’Eric Piolle

actualisé le 02/02/2017 à 20h29

Après s’être abstenu sur le budget prévisionnel 2017 de la Ville de Grenoble, deux élus sur les 42 de la municipalité « rouge, verte et citoyenne » ont fait sécession. La majorité minimise leur départ et les oppositions se saisissent de cette fracture. 

> Mis à jour le 02/02/17 à 19h30 avec la défection collective d’une trentaine de militants du parti de gauche de l’Isère (encadré ci-contre).

 29 militants du Parti de Gauche de l’Isère rendent leur carte 

Dans une lettre de départ adressée ce jeudi 2 février 2017 à leurs « camarades », la trentaine de signataires dénoncent « la censure » et le manque de « confrontation démocratique » au sein du groupe départemental isérois du parti de gauche (PG) où régnerait, « le silence des cimetières ».

Ils regrettent « le soutien indéfectible [du PG38] à l’action de la majorité municipale [d’Eric Piolle] (…) et la caution à sa politique d’austérité (…) ignorant superbement la mobilisation populaire contre les mesures préconisées ».

Parmi les signataires figurent notamment la conseillère municipale sécessionniste Bernadette Richard-Finot, les deux anciens co-secrétaires départementaux du parti, ainsi qu’un membre du conseil national du PG. Ils maintiennent cependant leur soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle.

Alain Dontaine, le nouveau secrétaire départemental du PG isérois confie son « soulagement face à une situation de désaccords permanents alimentés tout azimuts par une équipe de révolutionnaires romantiques qui n’ont pas compris que le changement, à Grenoble comme ailleurs, prendrait du temps ».

Avec ce départ collectif, la fédération iséroise du parti de gauche perd près de 15% de ses adhérents.

Ils ne sont que de simples élus sans délégation, et pourtant, la scission de Guy Tuscher (Ensemble!) et Bernadette Richard-Finot (Parti de gauche) est lourde de sens pour la vie politique grenobloise.

Les deux « frondeurs » – coutumiers de votes différenciés avec la majorité – ont franchi une étape supplémentaire dans leur démarcation en annonçant, ce lundi 9 janvier 2017, la création de leur propre groupe politique « Ensemble à gauche », au conseil municipal.

Ils reprochent à l’exécutif municipal son « absence de débat sur les choix d’austérité budgétaire » compris dans le plan de rigueur annoncé en juin dernier, prévoyant notamment la fermeture de bibliothèques municipales.

Le pari d’un groupe unique

Dès le début du mandat, l’ensemble des élus de la majorité avaient fait le pari ambitieux de siéger dans un unique groupe au conseil municipal.

Ce devait être le signe de leur unité malgré les différentes composantes politiques, mais aussi une manière de contraindre tout le monde à assumer le bilan des politiques menées, en conduisant les débats en interne plutôt que d’afficher publiquement les divergences.

Pourtant, par deux fois, des lignes de fractures dans la ligne majoritaire sont apparues au grand jour.

L’abstention de trop sur le budget 2017

Dernièrement, c’est donc sur le budget prévisionnel 2017 que les deux sécessionnistes ont fait valoir leur désaccord, s’abstenant de le voter lors du conseil municipal du 19 décembre 2016, sans compromettre son adoption.

Guy Tuscher, lors de son intervention au conseil municipal du 19 décembre 2016. Crédit : Ville de Grenoble.

Guy Tuscher, lors de son intervention au conseil municipal du 19 décembre 2016. Crédit : Ville de Grenoble.

Guy Tuscher détaille leur position :

« Nous sommes contraints d’appliquer l’austérité imposée par le gouvernement à travers la baisse des dotations aux collectivités. Cependant, nous pouvions élaborer d’autres scénarios en réduisant les subventions accordées aux clubs de sports professionnels ou en augmentant de 1 à 2% la fiscalité foncière. Mais l’orientation budgétaire n’a pas été débattue. Les documents ne nous ont même pas été transmis ».

En réservant leur voix lors du vote, les deux élus se seraient exclus d’eux-même de la majorité, selon Alan Confesson, co-président du groupe majoritaire « rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes » :

« Ce n’est pas une délibération anodine, c’est celle qui définie l’action municipale pour l’année à venir. Si vous ne votez pas le budget, vous ne faites pas partie de la majorité, c’est ainsi dans toutes les assemblées délibérantes ».

« Une discrimination politique »

La conséquence de cet acte de défiance considéré comme « non-conforme » à la charte du groupe ne s’est pas fait attendre. Les deux abstentionnistes ont été exclus des réunions de groupe, des listings de courriels et du séminaire de travail organisé le week-end dernier, dans le Vercors.

La scission était devenue inévitable, selon Guy Tuscher :

« L’entourage proche d’Eric Piolle a abandonné l’engagement de participation citoyenne pour faire passer le plan de rigueur. Avec l’aval d’Eric Piolle, les co-présidents de groupe ont organisé notre discrimination politique mais nous continuerons de mener notre action sans opposition systématique, en restant fermes sur nos engagements de campagne ».

Ils revendiquent le soutien d’un groupe d’appui politique d’une quinzaine de militants de leurs propres formations politiques.

On se souvient qu’au comité local du Parti de gauche notamment, le plan d’économie de 14 millions d’euros de la municipalité avait fait des remous, comme l’avait révélé le journal satirique local Le Postillon, faisant fuiter des correspondances internes houleuses, en octobre dernier.

Laurence Comparat, l’autre co-présidente de la majorité, tente de minimiser la fronde.

« Ce sont des décisions isolées traduisant un état d’esprit individuel en attente du Grand Soir. Mais le reste du groupe reste uni et déterminé à travailler de façon collégiale ».

Une aubaine pour les oppositions

Cet éclatement, même minime, de la majorité est du pain béni pour les oppositions municipales qui se sont empressées de la commenter sur les réseaux sociaux.

Le socialiste Jérôme Safar estimant que « cette “auto-exclusion” de la majorité municipale démontre à quel point cette équipe est sectaire et brutale ».

À droite, cela a inspiré le conseiller municipal Vincent Barbier :

Guy Tuscher n’ignore pas que cette éclatement de la majorité, comme le mouvement de contestation syndical d’une partie des bibliothécaires, sera récupéré politiquement pour entacher l’action politique d’Eric Piolle et de son équipe.

C’est d’ailleurs ce qui fonde en partie sa décision :

« Notre majorité était issue des mouvements sociaux, mais l’exécutif municipal considère désormais les combats syndicaux comme des oppositions. Nous aurions dû entendre leurs revendications légitimes plutôt que de les laisser à nos opposants ».

Déjà confrontés aux tirs-croisés des trois groupes d’oppositions (PS, LR, FN), Eric Piolle devra désormais se protéger du risque de tirs fratricides venus de sa gauche, qu’il n’a pas su neutraliser.

Les 42 élus de la majorité grenobloise à l'issue du conseil municipal d'installation, en avril 2014. ©VG/Rue89Lyon.

Les 42 élus de la majorité grenobloise à l’issue du conseil municipal d’installation, en avril 2014. ©VG/Rue89Lyon.

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L'AUTEUR
Victor Guilbert
Victor Guilbert
Auteur du blog "Grenoble sous ma loupe" et journaliste à Grenoble, je planche notamment sur la politique locale au pied des Alpes.
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