Grenoble sous ma loupe
Chronique politique écrite depuis Grenoble par Victor Guilbert. Un regard critique sur l'atelier municipal dite d'une "autre gauche", ce "laboratoire" d'expériences politiques initié en 2014 dans la capitale des Alpes.
Grenoble sous ma loupe  Politique 

La galaxie Eric Piolle : Enzo Lesourt, le « facilitateur » du discours 5/6

actualisé le 08/10/2016 à 14h54

SÉRIE (5/6) / En décrochant la mairie de Grenoble à la tête d’une coalition rouge-verte-citoyenne, l’écolo Eric Piolle avait créé la surprise en 2014. Plusieurs personnalités ont contribué à son engagement en politique et, bien sûr, à cette conquête du pouvoir. Qui sont-ils, quel(s) rôle(s) jouent-ils aujourd’hui ?

Dans la sélection de portraits de ce premier cercle dévoué, on trouve Enzo Lesourt, le conseiller en communication d’Eric Piolle.

Eric Piolle et Enzo Lesourt préparant un discours avant un meeting de soutien aux candidats aux élections européennes, le 2 mai 2014. Crédit : Véronique Serre.

Eric Piolle et Enzo Lesourt préparant un discours avant un meeting de soutien aux candidats aux élections européennes, le 2 mai 2014. Crédit : Véronique Serre.

La veille du scrutin municipal de mars 2014, Eric Piolle conclut son dernier discours de campagne en saluant celui qui a été son « deuxième cerveau », durant toute cette période.

Aux côtés du candidat écolo, Enzo Lesourt occupe à l’époque la fonction d’attaché de presse. Mais il est aussi l’une des plumes de ses discours et le gestionnaires de ses réseaux sociaux. Un couteau-suisse politique jonglant de la gestion de l’agenda du candidat à la formulation publique de son projet.

Désormais conseiller en charge de la communication, de la presse et de la prospection au sein du cabinet du maire, son titre s’est institutionnalisé, mais il continue de gérer l’image publique d’Eric Piolle et ses relations presse.

C’est un inséparable de l’édile écolo, selon un autre collaborateur :

« Ce n’est pas l’homme de l’ombre d’Eric Piolle. C’est son ombre tout court. Il l’accompagne du matin au soir dans ses déplacements publics ».

« Son cuir manque de cicatrices »

Enzo Lesourt a commencé de s’investir dans la politique municipale grenobloise en 2008, lors d’un stage d’une année au sein du groupe d’opposition écologiste de la ville, présidé à l’époque par Maryvonne Boileau, une autre figure marquante du parcours d’Eric Piolle.

Il a ensuite pris du galon dans l’organisation local du parti Europe-Ecologie-Les Verts (EELV). Petites mains du candidat écologiste Yann Mongaburu aux législatives de 2012, il s’occupe également des dossiers jeunesse et libertés individuelles de la section grenobloise d’EELV dont il devient le porte-parole en 2013, dans la phase décisive de préparation de la campagne municipale de 2014.

Un parcours déjà fourni, mais incomplet selon un ancien collaborateur du maire :

« En faisant de lui son bras droit, Eric Piolle lui a confié une forte responsabilité pour son âge. Son cuir mériterait quelques cicatrices supplémentaires pour être parfaitement tanné. Les services ressentent cette fragilité. Mais sa jeunesse lui donne l’avantage de transmettre de la fraicheur dans la communication du maire ».

De la théorie à la pratique

À 29 ans, il poursuit aussi de front son cursus universitaire. Diplômé de l’institut d’études politiques de Grenoble, auteur d’un portrait philosophique du théoricien de l’écologie politique, André Gorz, tiré de son mémoire en philosophie du langage à l’université Pierre Mendès-France, le jeune conseiller finalise actuellement sa thèse en théorie politique, sous la direction du philosophe Thierry Ménissier, spécialiste de Machiavel.

Enzo Lesourt s’est visiblement inspiré de certaines théories de l’auteur du fameux traité politique Le Prince dans sa mission de chargé de communication, comme celle de virtù et de kairos : saisir l’occasion opportune d’une situation pour afficher la vertu de son « champion ».

Eric Piolle et Enzo Lesourt préparant un discours avant un meeting de soutien aux candidats aux élections européennes, le 2 mai 2014. Crédit : Véronique Serre.

Eric Piolle et Enzo Lesourt préparant un discours avant un meeting de soutien aux candidats aux élections européennes, le 2 mai 2014. Crédit : Véronique Serre.

Un modèle mis en pratique pendant la campagne électorale quand il conseille une stratégie d’initiatives à Eric Piolle : des attaques nerveuses de ses concurrents socialistes et des mises en scène médiatiques des propositions du programme. Ainsi forcés de lui répondre publiquement, les autres candidats avaient contribué à combler le manque de notoriété du candidat écolo.

Aujourd’hui encore, Eric Piolle et ses conseillers distillent au compte-gouttes son plan de mandat pour garder la main sur les annonces politiques majeures. Un outil précieux qui ne leur permet cependant pas toujours d’éviter les caprices de l’actualité municipale.

« Il fonctionne en tribu »

Quand les opposants d’Eric Piolle voient en lui « un expert en marketing politique », Enzo Lesourt préfère se définir comme un « facilitateur » dans la transmission des messages politiques, du maire aux habitants. Il n’aurait pas de pouvoir politique, seulement une influence sur le choix de transmission des décisions.

Un collaborateur précise qu’il prête quotidiennement une grande attention aux courriers adressés au Maire, à l’exception de ceux provenants de « militants identifiés » :

« Comme beaucoup de jeunes de cette génération, il fonctionne en tribu politique. Parfois au risque de se couper totalement de ceux qui ont un avis divergeant ».

Et de poursuivre :

« La colonne vertébrale des discours et des notes qu’il rédige, ce n’est pas le service aux habitants, mais plutôt le changement de modèle ».

Son plan média : les grandes premières

Ce changement de paradigme dans le modèle politique est un axe structurant du plan médiatique du conseiller.

Enzo Lesourt et Stéphane Bieganski, collaborateur de la majorité municipale grenobloise lors d'une présentation au Club de la Presse de Grenoble et de l'Isère. Crédit : JM Francillon/CdP38

Enzo Lesourt, conseiller communication d’Eric Piolle et Stéphane Bieganski, collaborateur de la majorité municipale grenobloise lors d’une présentation au Club de la Presse de Grenoble et de l’Isère. Crédit : JM Francillon/CdP38

En confiant l’annonce de la disparition des panneaux publicitaires à Grenoble au Journal du Dimanche ou celle de la généralisation des 30km/h au quotidien Le Monde, ces relais médiatiques nationaux permettent d’associer l’image de Grenoble aux changements du quotidien produits par une politique écologiste – certains vont jusqu’à parler de « révolution verte » ou « d’anatomie d’une ville verte » :

 


« Grenoble, anatomie d’une verte » par franceinter

 

Pour contribuer au rayonnement de la ville de Grenoble, fini les grands stades, les tours d’architectes prestigieux et les candidatures aux Jeux Olympiques de l’ancienne majorité socialiste de Michel Destot à qui les écologistes reprochaient sa « démesure ». Place désormais aux « grandes premières ».

L’argument d’une municipalité innovante est cuisiné à toutes les sauces, de la disparition de la publicité, aux votations citoyennes, en passant par la portion d’aliments bio dans les cantines municipales et jusqu’à la « première école municipale française de football féminin ».

Enzo Lesourt a fait de cet esprit pionnier de la municipalité grenobloise une stratégie de communication intégrale.

 

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L'AUTEUR
Victor Guilbert
Victor Guilbert
Auteur du blog "Grenoble sous ma loupe" et journaliste à Grenoble, je planche notamment sur la politique locale au pied des Alpes.
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