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La galaxie Eric Piolle : Maryvonne Boileau, la mère du maire 3/6

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SÉRIE/ En décrochant la mairie de Grenoble à la tête d’une coalition rouge-verte-citoyenne, l’écolo Eric Piolle avait créé la surprise en 2014. Plusieurs personnalités ont contribué à son engagement en politique et, bien sûr, à cette conquête du pouvoir. Qui sont-ils, quel(s) rôle(s) jouent-ils aujourd’hui ?

Dans la sélection de portraits de ce premier cercle dévoué, on trouve Maryvonne Boileau, l’instigatrice de la candidature d’Eric Piolle. 3/6

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Maryvonne Boileau, ancienne candidate écolo à la mairie de Grenoble en 2008 a repéré, convaincu et préparé Eric Piolle à prendre le relais. © VG/Rue89Lyon.

À la riposte contre Michel Destot
Dans une lettre diffusée depuis le 12 février aux Grenoblois de sa circonscription, le député socialiste et ancien maire de Grenoble, Michel Destot, attaque la gestion d’Eric Piolle. Selon lui, le maire écolo n’aurait pas de “réponses concrètes sur le logement, l’emploi, la solidarité vis-à-vis des plus fragiles, la santé, la mise en place d’une politique culturelle ambitieuse et clarifiée, la tranquillité publique ou la propreté”.

C’est Maryvonne Boileau qui a été mandatée par le maire écolo pour formuler la riposte dans Le Dauphiné Libéré.

Selon elle, cette lettre serait une entrée en campagne législative du député sortant, comme elle déclare à Rue89Lyon :

“L’hypothèse d’un 7ème mandat m’afflige alors que des jeunes de grande valeur pourraient commencer des mandats électifs s’ils le souhaitaient”.

Depuis les résultats électoraux historiques des écologistes en 1995, Maryvonne Boileau “savait” que la ville de Grenoble serait un jour administrée par l’un des leurs.

Après avoir passé deux mandats successifs dans la majorité du socialiste Michel Destot, cette cadre-infirmière formée politiquement au PSU prend les rênes du groupe écolo en 2008 et devient tête de liste aux élections municipales qui ont lieu dans la foulée.

Le lendemain du premier tour, elle choisit de se maintenir face au candidat socialiste sortant, dans le cadre d’une triangulaire, pour préparer le scrutin de 2014, comme l’explique aujourd’hui un de ses proches :

“Pour accéder un jour à la mairie, il fallait nous dissocier des potentats socialistes. Nous voulions marquer nos divergences en continuant d’occuper le terrain des luttes sociales et des combats locaux”.

Sa liste arrive en troisième position derrière l’UMP mais avec un score prometteur de 22,49% des voix.

Chasseuse de tête

Maryvonne Boileau devient conseillère régionale en 2010. À l’hôtel de la région Rhône-Alpes, elle “détecte” Eric Piolle qui siège à ses côtés :

“J’ai immédiatement décelé qu’il était celui qui pourrait faire gagner notre mouvance à Grenoble. Il incarnait nos idées avec la stature d’un premier magistrat”.

Courant 2012, elle lui soumet l’idée de conduire la liste écolo. Mais lui, n’y voit pas d’urgence. Connaissant l’ampleur du travail de préparation d’une campagne, elle insiste et contacte même Pierre Larrouturou en secret – informée de l’influence de l’économiste sur sa nouvelle coqueluche – pour le faire abonder en son sens. On connait la suite.

Le barrage au parachutage de Duflot

Eric Piolle et Maryvonne Boileau lors de la fête de l'écologie, le 31 août 2013 à Fontaine. Crédit : Page Facebook d'Eric Piolle.

Eric Piolle et Maryvonne Boileau lors de la fête de l’écologie, le 31 août 2013 à Fontaine. Capture d’écran page Facebook d’Eric Piolle.

Aujourd’hui, elle reconnait la maternité de cette candidature. En bonne mère, elle a parfois dû batailler bec et ongles pour faire accepter sa progéniture. Non pas auprès des militants historiques du mouvement à Grenoble – charmés par son profil de jeune-quadra-dynamique – mais plutôt à l’égard des instances nationales d’Europe-Ecologie-Les Verts qui ne voyaient pas tous d’un bon oeil de confier la terre de conquête grenobloise à un inconnu du public.

Maryvonne Boileau – proche de Dominique Voynet et introduite dans le parti pour avoir siégé au conseil fédéral – se charge de faire barrage au parachutage de Cécile Duflot au pied des Alpes, fin 2012 :

“Une candidature hors-sol n’aurait jamais fonctionné auprès de la sociologie grenobloise. J’ai toujours été pour l’autonomie des choix électoraux”.

Le soir de l’élection d’Eric Piolle en 2014, Maryvonne Boileau s’est d’ailleurs empressée d’appeler Jean-Vincent Placé pour le moquer, lui qui ne croyait pas au rassemblement panaché avec le Parti de gauche. Vexé, il aurait répliqué que “ce n’était pas transposable ailleurs”.

“Je ne voulais pas être élue”

Si Maryvonne Boileau espérait voir un écologiste dans le fauteuil de maire de Grenoble, l’accession au pouvoir d’Eric Piolle a pourtant contrarié ses plans. À 66 ans, elle occupait la 28ème position sur la liste du candidat écolo. Une manière de transmettre en douceur le relai de son combat :

“J’ai demandé à être placée suffisamment loin pour pouvoir apporter mon soutien à la liste sans être élue. Ce sont les élections régionales qui m’intéressaient”.

Promue à la politique de la ville

Dépourvue de délégation depuis l’installation de la municipalité en 2014, Maryvonne Boileau sera finalement promue conseillère municipale déléguée à la politique de la ville lors du conseil municipal du lundi 29 février prochain.

Mais face au refus du PS de fusionner à l’entre-deux-tours, les 42 premiers candidats de la listes se sont retrouvés propulsés au conseil municipal.

Ses compétences étaient les bienvenues. À l’installation de la nouvelle mairie, elle n’a hérité d’aucune délégation mais de la présidence des deux satellites de la ville – la mission locale et le bailleur social Grenoble Habitat – faisant de la tension sociale sa spécialité :

“J’ai formé Eric à déminer les situations explosives. Je lui ai recommandé de prendre les gens en tête à tête et de changer le cadre quand le ton monte trop, tout en restant ferme sur le respect mutuel pour pouvoir trouver des solutions”.

Finalement, elle ne s’est pas impliquée dans les élections régionales de décembre dernier pour, explique-t-elle, mener à bien son mandat municipal. Le dernier ?

Aujourd’hui retraitée, Maryvonne Boileau voudrait amplifier son engagement chez Médecins du Monde.

Mais elle n’exclurait pas de se présenter aux élections sénatoriales de 2017.

> Article mis à jour le 22/02 à 08h50 avec la date de promotion de Maryvonne Boileau à la délégation de la politique de la ville.


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2 Commentaires postés

  1. On peut dire que Maryvonne Boileau est assez visionnaire et elle a gagné.

    « Un candidature hors-sol n’aurait jamais fonctionnée auprès de la sociologie grenobloise…”
    (2 fautes dans la phrase … il faut un “e” à un, candidature étant féminin, et, en revanche en enlever un à la fin de “fonctionnée”)

    C’est ben vrrrrrrai.ça. Il fut un temps où on a parlé de faire venir Martine Aubry, avant qu’elle choisisse Lille. Elle a bien fait et a été élue. Tout ça pour dire que Duflot ne serait pas passée et que nous sommes bien aise qu’Eric Piolle ait accepté de se présenter.

    Maryvonne, vous avez bien travaillé, surtout si vous continuez à Médecins du Monde, vu le nombre d’exclus en tout genre qui s’y pressent et vous pourrez aller vous reposer chez les sénateurs 😉

  2. Maryvonne Boileau fait partie des gens qui ont des à prirori et qui ne font que critiquer, préférant toujours l’opposition douce plutôt que la construction.

    Elle a clairement oeuvré pour l’élection de Monsieur Piolle, nous verrons si dans quelques temps elle restera fidèle ou si comme ses amis de l’ADES elle finira par trouver son dauphin un peu fade car confronté aux réalités de la gestion d’une ville. Nous verrons clairement si les actions concrètes sont mises en oeuvre, si on en reste à la méthode ou à la communication comme c’est le cas actuellement à Grenoble, où ‘”il ne se passe rien”.