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France – Irlande : pour une fois Lyon risque d’aimer des hommes en vert

actualisé le 28/06/2016 à 08h27

La « Green Army » débarque à Lyon. Depuis le début de l’Euro 2016, une aura entoure les supporters irlandais présentés comme les meilleurs du monde. Ils font copains-copains avec la police, les bébés, les autochtones, boivent beaucoup et ramasseraient même leurs détritus. Week-end foot et bisounours en perspective ?

Pour la deuxième fois depuis le début de l’Euro 2016 de football, Lyon va se manger du vert. Le 16 juin dernier, l’Irlande du Nord avait affronté l’Ukraine dans le jardin de Jean-Michel Aulas (on parle du Parc OL, hein). Ce dimanche 26 juin, la France est opposée à l’autre équipe irlandaise, celle de la République d’Irlande, en huitième de finale de la compétition. Un match qui se tiendra également au Parc OL à Décines.

Après le passage remarqué des supporters belges, la ville s’apprête à vivre un nouveau week-end avec des hommes en vert. Ne venant pas de Saint-Étienne, ils devraient donc recevoir un accueil moins froid. Ils seront même peut-être attendus avec impatience tant leur réputation de supporters parfaits les précède.

Police, bébé, bonne sœur… Ils chantent pour tout le monde

Leur image est au top. Tellement que ça ressemble presque à un plan com’ bien maîtrisé. Depuis le début de la compétition en France, les faits d’armes des supporters Irlandais se succèdent et par chance sont toujours ou presque filmés. Après les graves incidents survenus à Marseille en marge du match Angleterre-Russie au deuxième jour de la compétition, ils semblent avoir agi comme un doudou rassurant.

A Bordeaux, le 18 juin dernier, pour le second match, l’Irlande affrontait la Belgique. Malgré la sévère défaite 3-0, les supporters se sont fait particulièrement remarqués sur place.

Ils ont chanté. Beaucoup chanté. Pour tout le monde ou presque. Pour la police, qui essayait de les faire sortir d’un tunnel. « Stand up for the french police », qui a dû leur répondre en chantant aussi.

A Lyon, en marge de la manifestation contre la loi travail de ce jeudi 23 juin, un commissaire de police en charge de la surveillance des supporters durant l’Euro, nous a confiés le soulagement dans ses rangs à l’annonce de l’Irlande comme adversaire de l’équipe de France. La perspective d’un week-end plutôt tranquille pour les forces de police.

Toujours à Bordeaux ils avaient chanté « I love you baby » à une jeune femme prise au milieu de la « Green wave », qui n’avait d’yeux que pour elle.


Un Irlandais tente de séduire une jeune femme… par dh_be

D’ailleurs, la jeune fille aimerait bien retrouver l’Irlandais qu’elle a embrassé.

Ils ont aussi chanté, plus doucement, une petite berceuse à un bébé dans le tramway de Bordeaux.

Ils ont aussi fait danser une religieuse dans un train.

Ecoeurants, ces gens sont trop parfaits. Ils picolent, prennent une volée mais trouvent le moyen d’être drôles et mignons. Mais il y a pire, certains ont été pris en flagrant délit de civilité écologique, en train de ramasser les détritus laissés après la fête.

Depuis, les bonnes actions des supporters irlandais sont toujours précisément filmées et relayées. On a presque envie de dire qu’elles sont attendues. Ainsi, à Paris on a les vus aider un automobiliste à changer sa roue. Et ils ont semble-t-il bien sympathisé avec les supporters suédois.

Ils sont malgré tout rassurants car, oui, il commettent aussi des écarts. A Lille, le 21 juin, ils ont un peu trop manifesté leur joie d’être en France (ou d’être à Lille ? ou d’avoir battu l’Italie plus sûrement) en sautant et en tapant sur le toit d’une voiture. Ils l’ont salement cabossée. Mais ils ont fini par essayer de la réparer et ont même glissé quelques billets, pour la réparation suppose-t-on.

Trois nuances de vert

Ici à Lyon, on sait reconnaître le vert historiquement honni. Les supporters irlandais de la République d’Irlande arborent des maillots d’un vert assez semblable à celui des Stéphanois. Une nuance qui se différencie de celle plus foncée souvent accompagnée d’un bleu marine des supporters de l’Irlande du Nord.

Oui, parce que si en rugby ou d’autres sports l’Irlande a une équipe unifiée, en foot elle en a toujours eu deux. Un lien entre politique et sport au sein des fédérations de foot irlandaises qui a conduit à maintenir ces deux équipes, comme l’explique dans Le Monde David Hassan, sociologue du sport à l’université d’Ulster :

« Les équipes de Belfast étaient déjà politiquement proches des unionistes et dénonçaient un biais de la fédération irlandaise en faveur des clubs de Dublin. La séparation était latente et la partition a été une opportunité pour les dirigeants du foot nord-irlandais, qui liaient la politique au sport. A l’inverse, le monde du rugby séparait les deux questions. C’est un peu caricatural, mais le fait est que le rugby est un sport de classe moyenne, où le sectarisme est moins prégnant. »

Si une équipe unifiée n’est pas pour demain, les supporters irlandais et nord-irlandais partagent en tout cas un certain savoir-faire pour ambiancer les rues les jours de match.

Si vous avez l’oreille musicale, vous aurez reconnu l’air du tube nineties, « Freed from desire », de Gala. L’histoire ne s’arrête pas là, la chanteuse s’est déclarée heureuse que son morceau soit ainsi repris par des supporters de foot. Ce n’était pas gagné d’avance, cette chanson est à la base « une prière bouddhiste » mais selon elle les « joueurs de foot captent l’essence » de sa chanson.

Trop bisounours ?

Pour d’autres supporters, cette image de gendres idéaux commence à agacer. Surtout que leur place au classement des meilleurs supporters est toujours inversement proportionnelle à celle de leur équipe dans la compétition. Certains ne veulent pas qu’on oublie qu’ils viennent pour le foot et qu’ils sont là pour supporter leur équipe avant tout, pas pour faire les gentils VRP de leur pays.

Comme le rapporte 20minutes, ceux-là en ont un peu marre des supporters qui viennent « pour se la coller et pour faire des high five avec des vieilles personnes » sans trop se soucier du résultat sportif. Ils apprécieraient sans doute un peu plus de fight.

Mais grâce à la mimine de Thierry Henry en 2009 lors du match de barrage pour la qualification à la Coupe du Monde 2010 contre ces mêmes Irlandais, le contexte du match sera cette fois un peu plus sulfureux. De quoi pimenter le duel.

En cas de victoire irlandaise, nul doute que ses supporters sauront se rappeler à notre bon souvenir. En boisson et en chansons.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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