Un pied dans la botte
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Deux mois de prison pour une thèse universitaire sur les opposants au Lyon-Turin

actualisé le 08/09/2016 à 23h11

En 2013, Roberta Chiroli, écrivait un mémoire d’anthropologie sur le mouvement No Tav contre la LGV Lyon-Turin. Elle vient d’être jugée « moralement complice » de violence aggravée et d’occupation de terrains. Motif : elle a utilisé le « nous participatif » pour rédiger sa thèse.

« Nous montrerons que », « nous verrons que », « comme nous pouvons le constater ». Ces formules certes peu esthétiques sont fréquemment utilisées dans les travaux universitaires. Elles permettent de ne pas écrire une thèse à la première personne du singulier, d’inclure le lecteur et… de se retrouver devant la justice.

C’est ce qui est arrivé à Roberta Chiroli, une Italienne aujourd’hui âgée de 29 ans. Le 15 juin dernier, l’ancienne étudiante de l’université Ca’ Foscari di Venezia, a été condamnée à deux mois de prison avec sursis pour complicité morale dans des violences aggravées et occupation de terrain.

NoTav

Les No Tav, objets de recherche

Les faits remontent au 14 juin 2013. Cet été là, les tensions sont vives dans la vallée de Suse entre les opposants au projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, les No Tav, et les forces de l’ordre. Le 14 juin, donc, Roberta Chiroli et Franca Maltese, doctorante de sociologie à l’università della Calabria, suivent la manifestation.

Toutes deux sont sur place, avec l’accord de leur fac, pour une étude de terrain dans le cadre de leur recherche universitaire : Roberta Chiroli étudie le mouvement et rédigera

« Ora e sempre No Tav : identità e pratiche del movimento valsusino contre l’alta velocità » [A présent et pour toujours No Tav : identité et pratiques du mouvement du Val de Suse contre la grande vitesse].

Franca Maltese travaille quant à elle sur « Istituzioni e progetto locale. Dalla partecipazione tradita alle communità di resistenza. Il caso Valsusa » [Institutions et projet local. De la participation trahi aux communautés de résistance. Le cas Val de Suse].

Le « nous participatif »

Le procureur de Turin Antonio Rinaudo reproche aux deux universitaires d’avoir pris part à la manifestation, notamment à l’occupation d’Iteria, une entreprise fournissant le matériel pour le chantier. Pour cette occupation, les deux chercheuses sont présentées, avec 45 autres personnes dont des mineurs, devant la justice, comme le précise La Stampa.

Le procureur requiert neuf mois contre Roberta et Franca.

Finalement, le juge d’application des peines Roberto Ruscello relaxe Franca Maltese, mais condamne Roberta Chiroli à deux mois de prison.

L’avocate des deux universitaires, Valentina Colletta, affirme dans Il Fatto Quotidiano que sur les vidéos tournées ce 14 juin 2013, les deux femmes sont toujours côte à côte, mais ne prennent pas part aux événements. Alors pourquoi l’une est condamnée et l’autre non ? L’hypothèse vient de l’avocate :

« La seule explication possible, en attendant de lire les motivations, est le style utilisé dans les deux travaux académiques : l’une s’exprime à la troisième personne, l’autre a utilisé la première personne du pluriel. »

Employer la première personne du pluriel dans un travail universitaire rendrait donc la chercheuse coupable ? Apparemment oui. Durant son réquisitoire, le procureur Antonio Rinaudo s’est même avancé en considérant ce « nous » comme étant un « nous participatif ».

Une récolte de signatures est actuellement en cours pour soutenir Roberta Chirolli et dénoncer « la violation de la liberté de recherche et d’opinion ». Un appel signé par l’écrivain Erri de Luca, lui-même inquiété et finalement relaxé par la justice pour avoir utilisé le terme de « sabotage » contre le projet de LGV Lyon-Turin.

En Italie, on ne joue pas avec les mots quand il s’agit du Lyon-Turin.

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