Cultures  Politique 

La culture, ce caillou dans la chaussure de Laurent Wauquiez

actualisé le 24/06/2016 à 08h50

C’est la compétence sur laquelle une gouvernance de droite est souvent soupçonnée des moins bonnes intentions et, par conséquent, sur laquelle elle n’a pas envie de se vautrer. En matière culturelle, Laurent Wauquiez entretient pour le moment un brouillard épais, promettant de le dissiper -au moins dans le discours- d’ici cet été.

Laurent Wauquiez, face caméra. Crédit : Eric Soudan.

Laurent Wauquiez, face caméra. Crédit : Eric Soudan.

C’est un chiffre quasi officiel qui circule, on estime que la baisse prévue dans le budget dédié à la culture en Auvergne-Rhône-Alpes s’approche de 10%. L’explication générale, on la connaît : la Région se met à la diète et tous les domaines de compétences seront touchés (75 millions d’euros d’économies cette année, et 300 millions d’euros à la fin du mandat).

Mais les premières décisions de l’exécutif concernant la culture n’ont pour autant pas toujours été comprises.

Si Laurent Wauquiez n’a de cesse de fustiger son prédécesseur socialiste, parfois à raison, il sait que Jean-Jack Queyranne a été apprécié dans le milieu culturel où il a su mener sa barque, reconnu comme un amoureux des arts.

Pour l’heure, les nouveaux locataires de la Confluence semblent quant à eux naviguer à vue. Une augmentation de subventions par ici, une coupe par là : les décisions tombent sans explication.

Où est Florence ?

Florence Verney-Carron, vice-présidente en charge de la Culture, a pris le parti de se taire. Aucune déclaration publique, surtout pas d’échanges avec la presse. Elle a accordé une interview au Petit Bulletin, où l’on a ré-entendu les propos déjà tenus par le président Laurent Wauquiez, notamment sur quelques dossiers chauds de ce début d’année 2016 (Musée des Tissus, Villa Gillet). Rien de plus.

Elle a vu plusieurs des acteurs de la région, s’est rendue à quelques soirées culturelles ou vernissages. On a même ouvert, juste pour la vice-présidente, la grotte Chauvet (pas sa flambant neuve réplique mais la vraie, fermée aux visiteurs).

© MCC

© MCC

Passionnée d’art contemporain et fondatrice de l’agence Communiquez, Florence Verney-Carron s’est notamment occupée de la com’ du patron de l’événementiel local Olivier Ginon (lequel est l’un des principaux prestataires des Biennales de Lyon).

Sa discrétion pendant ces cinq premiers mois de mandat voire son absence totale des radars ont inquiété le milieu culturel.

Florence Verney-Carron a toutefois fini par recevoir trois membres du Syndeac (syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), ce lundi 20 juin, après qu’ils ont exprimé leur inquiétude de ne pas voir de « politique culturelle ambitieuse » proposée par le nouvel exécutif dans un communiqué.

En cinq mois, il aura été difficile de la monter parfaitement avec, en plus, la gestion de changements territoriaux d’ampleur, c’est à dire la fusion des régions Auvergne et Rhône-Alpes, justifie-t-on. Le départ de la directrice de la culture, Isabelle Charbonnier, des services de la Région n’ont rien arrangé. Florence Verney-Carron attend avec impatience son nouveau directeur -qui devrait arriver tout droit de la Drac Languedoc-Roussillon (direction des affaires culturelles, représentante du ministère de la culture en région), où il a été conseiller théâtre.

Au cabinet de Laurent Wauquiez, on nous indique que c’est certainement le président lui-même qui, d’ici cet été, fera une allocution sur la culture, avec un grand Q imagine-t-on tant il y a de pudeur à son endroit.

Des coups de pouce spectaculaires

Parmi les premières décisions de Laurent Wauquiez, il y a eu celle-là : doubler la subvention du festival Jazz à Vienne, la faisant passer de 75 000 euros à 150 000 euros.

Lors de cette annonce, nous avions demandé au président Laurent Wauquiez s’il avait identifié d’autres événements culturels sous-dotés, et il nous avait mis un vent mémorable (en conférence de presse de présentation du budget 2016).

Crédits : Xavier Rauffet / Jazz à Vienne.

Crédits : Xavier Rauffet / Jazz à Vienne.

Depuis, on a appris que le Cosmo Jazz Festival, organisé par Alain Manoukian à Chamonix, bénéficiera d’une augmentation de subventions de plus de 250%.

Comme Thierry Kovacs, maire de Vienne et président de Jazz à Vienne, celui de Chamonix, Eric Fournier, est un proche de Laurent Wauquiez (il est vice-président à la Région, en charge de l’Environnement).

Le seul fait de prononcer le mot « clientélisme » irrite l’entourage du président :

“La hausse donnée en pourcentage peut paraître impressionnante pour Cosmo Jazz mais, en réalité, on est seulement passé d’une aide de 5000 euros à une subvention de 11 000 euros. Ce qui n’est quand même pas beaucoup pour une ville comme Chamonix, car s’il existe un emblème de la région, c’est bien le Mont Blanc.”

En face, beaucoup de festivals ou encore de structures de la région devront faire avec moins d’aides. Le festival Mode d’emploi, qui était organisé par la Villa Gillet, disparaît quant à lui totalement du paysage, faisant certainement les frais de la mauvaise publicité autour de son directeur Guy Walter.

L’unique explication fournie au sujet des augmentations versées ici et des baisses imposées là, c’est “le projet, sa pertinence” :

“On ne financera plus le fonctionnement et on n’épongera plus les déficits des structures. La Région n’est pas là pour ça,” nous dit-on.

“Les critères technocratiques, c’est fini”

L’opposition à gauche fustige la fin des comités techniques de sélection, composés de différents acteurs culturels en charge de se prononcer sur les aides à fournir sur le territoire. Ils ont été supprimés dès l’arrivée de Laurent Wauquiez à la Confluence, pour des raisons budgétaires mais aussi de conception politique.

Jean-François Debat, à la tête du groupe d’opposition socialiste au conseil régional, est atterré :

“On n’a plus aucun critère ni aucun avis extérieur. Jusque là, l’élu fixait une ligne mais n’intervenait pas directement, afin de respecter la liberté de création. C’est une conception qui a été largement partagée depuis 20 ans, par tous les présidents quel que soit leur bord politique, la droite de Millon et celle modérée de Comparini, puis par la gauche.”

Jean-François Debat n’en démord pas :

“Désormais, avec Laurent Wauquiez, c’est : je paie donc je décide. Tout est de nature à être relié à des objectifs politiques. Le fait de ne pas expliquer, de mettre sous le boisseau les réactions des responsables associatifs et culturels nous indique qu’on est dans le fait du prince.”

Au cabinet du président LR, on confirme en effet que les temps ont changé à la Région :

“Les critères technocratiques, c’est fini. Les personnes qui ont été élues sont là pour prendre des décisions, on leur a fait confiance pour cela.”

Mais le conseiller régional socialiste estime :

“C’est une région avec 8 millions d’habitants, on ne peut pas la gérer comme une ville moyenne. On est obligés d’avoir des critères, on ne peut pas gérer les dossiers au cas par cas car nous ne sommes pas à cette échelle.”

Des acteurs culturels dans le brouillard

Il n’y a pas qu’au sein de l’opposition que l’on se plaint des choix en apparence intempestifs de Laurent Wauquiez.

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne pourtant lui aussi encarté chez Les Républicains, s’est ému de ce que le nouveau président de région n’ait pas encore montré son intention de soutenir les structures de sa ville, comme la Comédie de Saint-Etienne. Un dossier qui a carrément été sorti de l’ordre du jour de la dernière commission réunissant les élus (fin mai).

Pour le maire stéphanois, pas de doute : Laurent Wauquiez lui ferait payer son soutien apporté à Bruno Le Maire plutôt qu’à Nicolas Sarkozy en vue des primaires à droite.

“C’est ridicule, nous dit-on au cabinet du président. Laurent Wauquiez a aidé des projets d’élus de droite qui soutiennent Bruno Le Maire, comme Damien Abad ou encore Charles de La Verpillière. Il faut arrêter de s’agiter pour rien. Des dossiers culturels sont à l’instruction, il faut attendre un peu.”

Ils sont donc très nombreux, les acteurs de la culture qui attendent des réponses. Des événements qui se tiennent cet été et qui avaient été jusque là été aidés par la Région ne sont toujours dotés d’aucune enveloppe (pour exemple : Les temps chauds à Bourg-en-Bresse, Cabaret frappé à Grenoble, Musiques en Stock à Cluses…).

Myriam Picot, vice-présidente à la Culture à la Métropole de Lyon, observe, dubitative, le comportement de son homologue Florence Verney-Carron à la Région :

“Nous n’avons aucune réponse. Personne ne semble rien savoir et la raison invoquée est que les choses se mettent en place.”

Une promesse pour 2017

Pour Anne Meillon, déléguée régionale du Syndeac :

“Il semble clair que la culture n’est pas un dossier à l’ordre du jour pour Laurent Wauquiez. De notre côté, nous aimerions simplement entrer en dialogue et en concertation.”

Elle ne croit pas si bien dire, aucun dossier culturel n’apparaît en effet dans le programme de l’assemblée plénière de ce jeudi 23 juin.

En revanche, Florence Verney-Carron a assuré au Syndeac qu’elle ferait tout, du haut de sa vice-présidence, pour que la coupe de 10% amputant le budget culturel ne soit pas plus lourde en 2017.

 

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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