Société 

A qui bénéficie le label Lyon French Tech ?

actualisé le 11/04/2016 à 18h50

Voilà un peu plus d’un an que la Métropole de Lyon a été labellisée « French Tech ». Derrière cet étendard, l’État se veut le VRP des entreprises du numérique, avec un accompagnement financier.

A Lyon, le premier bilan est présenté de manière très positive, faisant apparaître la ville comme une des meilleures gestionnaires du label en France. Il reste pourtant du chemin à parcourir avant que les objectifs soient atteints.

Manuel Valls lors de son discours au musée des Confluences / BE Rue89lyon

Manuel Valls lors de son déplacement à Lyon en juin 2015 sur le thème du numérique. Crédits : BE/Rue89lyon

Parmi les grandes agglomérations retenues à l’automne 2014, Lyon n’était pas la plus à plaindre ou la moins avancée. Les incubateurs, les structures permettant de mûrir et tester un projet d’entreprise (l’incubateur de l’EM Lyon, BoostInLyon créé en 2012 ou encore Axeleo), les fablabs ne manquaient déjà pas, formant un écosystème numérique assez riche. Alors, au fond, qu’a apporté ce label French Tech aux entreprises du secteur à Lyon ?

« Une formidable mobilisation derrière cette marque» , a répondu la semaine dernière Patrick Bertrand, président de Lyon French Tech et par ailleurs directeur général de Cegid, à l’occasion d’un « point d’étape » de Lyon French Tech.

Un effet levier difficile à mesurer

Créée en mai dernier à la suite de la labellisation, l’association Lyon French Tech administrée par une vingtaine d’acteurs publics et privés, avance quelques chiffres pour estimer le premier bilan de son action.

  • 150 start-up « accélérées » pour un objectif fixé à 100 la première année,
  • 350 start-up « incubées »,
  • un évènement international, Big Booster, c’est à dire un concours d’accélération de start-up en partenariat avec la ville de Boston aux États-Unis.

Mais aussi de l’argent versé via la BPI, banque d’investissement publique destinée à soutenir le développement des PME notamment.

  • 15 millions d’euros levés par des entreprises locales en amorçage,
  • 1 millions d’euros supplémentaire, toujours via la BPI, versé à travers 50 bourses « French Tech ».
  • 5 entreprises en croissance rapide (ou « scale up » pour les amoureux d’anglicismes) lauréates du « Pass French Tech », un programme de soutien via des services et un d’apport de visibilité.

Rapportées à quelque 50 000 emplois dans le numérique dans l’agglomération et élargies aux 150 000 emplois en additionnant les secteurs des cleantech et du biotech, les sommes paraissent faibles. L’objectif de la puissance publique, annoncée au lancement du label, est ici de « stimuler l’investissement privé ».

Pour autant, difficile de mesurer les levées de fonds.

« On manque d’outils en la matière et un travail de ‘sourcing’ est à faire », concédait ce vendredi Patrick Bertrand.

Derrière ce label et son antenne locale se cache, un an après, une structure dont les contours paraissent encore flous. Elle se veut comme une sorte de poste d’aiguillage pour diriger les start-up et vers les bonnes portes auxquelles frapper selon leurs besoins, dans leur phase de développement.

A travers des délégations envoyées à l’étranger, elle joue le rôle du VRP de l’écosystème numérique local pour accroître sa visibilité et potentiellement lui ouvrir des marchés. Dans une agglomération où les collectivités locales soutenaient déjà plutôt bien le secteur et des lieux d’expérimentation ou de mise en relation, comme le Tuba, elle peut apparaître comme une structure supplémentaire, dans un millefeuille.

« On se sent encore parfois obligé de clarifier le rôle de Lyon French Tech. Et on doit encore faire en sorte que les acteurs acceptent de se structurer », indique d’ailleurs Virginie Delplanque, déléguée générale de Lyon French Tech.

A Lyon, les acteurs du domaine sont-ils plus malins qu’ailleurs ?

Toujours sous la coupe de la Métropole de Lyon, qui financera d’ailleurs la réhabilitation de la Halle Girard à Confluence futur lieu Totem de Lyon French Tech, elle ne manque donc pas de visibilité mais pèche alors par manque de lisibilité. Sa gouvernance témoigne néanmoins du « contexte lyonnais » où acteurs privés et publics savent coopérer.

Ailleurs en France, l’obtention du label et sa mise en œuvre concrète n’a pas toujours été simple. Ou ne l’est toujours pas. En Alsace, Strasbourg a dû présenter le projet avec Mulhouse, pour atteindre notamment une masse critique suffisante. Le pôle Métropolitain choisi pour en être le porteur a connu de sérieux retards et des problèmes de pilotage au démarrage au point, pour l’anecdote, de proposer un temps deux logos différents.

A Toulouse, il y a une vie possible à côté de l’aéronautique. C’est évidemment ce que pensent les acteurs du secteur du numérique, parmi lesquels on retrouve de grands noms comme Sigfox. Mais à l’ombre d’Airbus le plus dur reste de convaincre et de mettre autour d’une table les élus. Du coup, le bilan est pour l’heure très mitigé et le territoire peu attractif pour les start-up, de l’aveu même du président de Toulouse French Tech. Les élus locaux viennent en plus de retarder encore un peu plus l’arrivée du métro sur le territoire où se concentrent de nombreuses entreprises du secteur.

A Nantes ou à Grenoble, les résultats semblent au contraire bien plus positifs. Il s’agit ici il est vrai de deux villes où le numérique était déjà bien implanté. Si les accélérateurs de start-up tardent malgré tout à voir le jour à Nantes, à Grenoble la structure de pilotage fondée sur un modèle coopératif fonctionne bien et a même mis en place un fonds d’investissements local et privé abondé par les banques.

A Marseille, le label semble avoir du sens dans une ville moins tournée vers le numérique. Il permet, lentement, de structurer le secteur et les élus semblent s’en emparer comme levier de transformation et de modernisation de la ville et de l’agglomération.

La question des formations au numérique

Au printemps dernier, au moment de son lancement, Lyon French Tech annonçait également sa volonté de labelliser, encore une fois, du moins de rendre davantage visibles les formations liées au numérique.

L’objectif est toujours fixé pour 2016 et Patrick Bertrand a indiqué sa volonté de voir les disciplines du numérique s’incorporer davantage dans les filières classiques, « dans une logique de transdisciplinarité ».

Quelle forme cela pourrait-il prendre ? Pour l’heure le chantier reste ouvert.

Interrogé sur l’idée du président de la région Laurent Wauquiez de créer un « campus des métiers du numérique » à Charbonnières, le président de Lyon French Tech n’a pas voulu s’avancer sur le sujet au nom de la structure qu’il dirige, même s’il s’est dit personnellement favorable.

Là encore, les volontés de fédérer sont clairement affichées et le travail -naissant il est vrai, laissons-lui le temps d’avancer- semble important tant les initiatives sont nombreuses. Rien que ces derniers mois, deux nouvelles écoles liées au numérique ont ouvert dans l’agglomération : l’école LDLC à Lyon lancée par l’entreprise du même nom et Simplon, école de formation de codeurs, à Villeurbanne.

La French Tech, simplement de grandes intentions ?

Aujourd’hui toutes les grandes métropoles de France ont obtenu ce label dit d’exception. En 2015 de nouveaux territoires plus modestes l’ont obtenu, positionnés notamment sur des écosystèmes spécialisés : Avignon pour la culture ou Angers pour l’internet des objets (IoT) par exemple. Clermont-Ferrand espère également obtenir la sienne. Dès ce mois d’avril les premières start-up sélectionnées seront « incubées » au sein de la structure clermontoise, le Bivouac, autour (Michelin oblige) notamment de la mobilité connectée.

Quelle valeur « d’exception » peut donc revêtir ce label une fois que toutes les grandes agglomérations, les moyennes également, auront eu le leur ?

Cette thématisation des écosystèmes locaux fait ainsi partie de l’action de coordination entre territoires labellisés. Pour 2016, Lyon French Tech espère poursuivre son développement par cette ouverture plus large du label à des thématiques.

Lors d’un point presse début avril, Virginie Delplanque a notamment indiqué que l’entité lyonnaise réfléchissait à structurer des réseaux autours des thèmes de la Fintech, de l’IoT notamment avec Grenoble, de la santé et de la Medtech ou encore de la Foodtech. Mais il s’agit de secteurs sur lesquels, pour certains, d’autres agglomérations sont déjà positionnées et ont obtenu leur label comme Angers pour l’IoT et l’Alsace pour la Medtech par exemple.

La French Tech serait-elle alors une coquille un peu vide et une vaste campagne de pub assez onéreuse de la part de l’État ? C’est ce que pensent certains, comme le journaliste spécialié Idriss J. Aberkane du Point qui estime que ce label est « une arnaque » :

« Créer une initiative à fonds perdu pour clamer au monde que nos jeunes pousses technologiques sont les meilleures, c’est donc encore cette attitude si française : « On est les meilleurs, mais vous n’êtes pas assez bons pour le comprendre, alors on va vous l’expliquer. » »

Reste que les chiffres d’investissement dans les start-up françaises du secteur sont bons ces dernières années : 1,81 milliard d’euros investis en 2015 en France dans 484 start-up, rapporte le journal La Tribune qui juge la campagne de promotion à l’international comme une franche « réussite ». Mais le journal note encore un déficit en France en matière d’investisseurs privés, de fonds d’investissements ou de « business angels » par rapport à d’autres pays pour faire éclore de grandes entreprises dans le secteur.

Avant d’aller chercher de gros investissements à l’étranger, la France et Lyon espèrent pouvoir attirer des porteurs de projets désireux de créer leur start-up chez nous. C’est l’enjeu du programme « French Tech Ticket ».

A Lyon, on attend que les modalités de mise en place veuillent bien descendre de Paris. Preuve que la décentralisation du label peine encore parfois à être réellement effective.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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