Vigies 

Un prêtre pédophile condamné à Lyon mais ce n’est pas Barbarin qui a alerté la justice

PAR L’AFP (via express.fr)

Le grand déballage continue. Une nouvelle affaire de pédophilie touchant le diocèse de Lyon a été révélée ce vendredi par l’AFP. Comme dans l’affaire Preynat, ce n’est pas le cardinal Barbarin qui a saisi la justice.

Le 12 février dernier, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné à deux ans de prison avec sursis le père Guy Gérentet de Saluneaux, 81 ans, pour des agressions sexuelles commises sur huit jeunes filles entre 1989 et 2000.

Réputé membre des milieux les plus traditionalistes de l’Église, militant anti-avortement actif, l’octogénaire a longtemps exercé au sein de la paroisse de la Trinité (8e arrondissement) avant d’en être écarté vers 2001 après qu’une jeune fille eut dénoncé des faits de « maltraitance ».

Ce n’est cependant que neuf ans plus tard que le père Gérentet est rattrapé par la justice lyonnaise en étant mis en examen le 23 septembre 2010. Le parquet et les policiers de la Brigade de la protection de la famille ont été mis sur sa piste grâce au courrier d’un religieux, prieur d’une abbaye du Sud de la France, qui a recueilli les confidences de l’amie d’une victime.

En 2003-2004, une autre victime contacte, elle, le cardinal Philippe Barbarin, déjà en poste à Lyon, qui la reçoit à plusieurs reprises. Il rencontre aussi le prêtre mis en cause, qui admet l’agression sexuelle mais parle d’un « cas unique ».

Un « type tordu », « véritable pervers »

Entendu comme témoin en juin 2010 dans cette affaire, comme le rappelle un communiqué du diocèse, l’archevêque, visé aujourd’hui par des soupçons de « non-dénonciation » des agressions reprochées au père Preynat, explique avoir alors présenté le père Gérentet à une psychologue. Devant les enquêteurs, le cardinal Barbarin a des mots très durs à l’égard du religieux, qualifié de « type tordu » ou de « véritable pervers », selon un PV d’audition consulté par l’AFP.

Il lui a d’ailleurs renouvelé l’interdiction de tout ministère public dans le diocèse décidée en 2001 par son prédécesseur, le cardinal Billé, et a fait en sorte de l’écarter d’une « marche pour la vie » organisée entre Rhône et Saône. Le mis en cause demeurant dans un village des Monts du Lyonnais abritant une école intégriste, le cardinal indique aussi avoir « interdit » à son directeur de l’engager, sans savoir toutefois s’il a été « écouté ».

A la policière qui l’interroge en 2010, le prélat explique enfin avoir conseillé à la victime de porter plainte « si elle le voulait », en relevant que les faits la concernant étaient peut-être prescrits. Avait-il su, à l’époque, si le père Gérentet avait fait d’autres victimes ‘ « Su non, douté oui… », répond le cardinal.

Quoi qu’il en soit, il n’alerta pas la justice de lui-même, ce que fit un autre religieux quelques années plus tard. Interrogé par l’AFP sur ce point, le diocèse a indiqué ne pas vouloir « communiquer sur une affaire qui concerne un religieux, affaire aujourd’hui définitivement jugée, par respect pour les parties au procès et pour le travail de la Justice ».

En rupture de ban dès les années 1970 avec la congrégation des Maristes à laquelle il appartenait, le « père Guy » a été renvoyé de l’état clérical en septembre 2012, une des sanctions les plus graves au sein de l’Eglise puisque le prêtre se voit ainsi « réduit à l’état laïc ».

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