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Peut-on faire du LOL avec les affaires sexuelles du diocèse de Lyon ?

actualisé le 22/03/2016 à 22h28

Si l’on en croit les Internets, la réponse est oui, mille fois oui. Par ici, on n’attend jamais très longtemps pour détourner, s’approprier et amplifier un fait divers ou d’actualité, contribuant à lui donner une dimension phénoménale et spectaculaire.

Cela n’a pas manqué concernant les affaires de délits ou de crimes (les qualifications ne sont pas encore arrêtées) sexuels, avouées ou présumées, qui visent depuis plusieurs semaines des prêtres ayant exercé au sein du diocèse de Lyon.

Son plus haut responsable, le cardinal Barbarin, est accusé de ne pas avoir dénoncé aux autorités ce qu’il aurait su de longue date. Il s’agit pour l’une des affaires d’actes de pédophilie, avoués, pour une autre encore d’agressions sexuelles, sur une personne de plus de 15 ans, et niées par le curé incriminé.

Les articles de presse portant sur ces dossiers ont très vite reçu une grosse audience. Ils ont été partagés sur les réseaux sociaux, avec des commentaires participant au sentiment de « lynchage » qu’ont aujourd’hui les défenseurs de l’Eglise et/ou de l’archevêque de Lyon.

Blague Carambar et idée marketing

Une pétition a été lancée sur change.org, demandant la démission du cardinal Barbarin : elle compte près de 70 000 signatures ce jeudi soir, deux semaines après son lancement. Pour l’appuyer et la rendre encore plus virale, les communiquants de l’agence lyonnaise La Secte ont produit une fausse pub carrément crue.

carambar-barbarin

Les publicitaires de La Secte se sont aussitôt vus gratifier de noms d’oiseau par des internautes choqués. Pas fous, ils ont saisi l’occasion de se faire une forme de promo, utilisant l’une de ces insultes à leur encontre (« bande de gros cons »), en photo de couverture de leur page Facebook. En slogan, en somme.

insulte-lasecte

Tout ce qui fait référence à ces affaires lyonnaises trouvant une audience qui n’est pas si souvent atteinte, le propriétaire d’un magasin de l’opticien Krys, situé à Carcassonne, s’est senti inspiré pour une opération marketing.

Il a publié sur sa page Facebook un photomontage, avec l’image du cardinal Barbarin surmontée de la mention « Ils n’avaient rien vu ». Et cela, pour vendre la possibilité d’ajuster ses lunettes en magasin, « à partir de 39 euros ».

barbarin-krys

Le groupe Krys s’est désolidarisé de cette blague qu’il a visiblement trouvé de mauvais goût.

Les anti- « mariage pédé » bien embêtés ?

Avant eux encore, legorafi a publié un article intitulé avec des propos absurdes et attribués à l’archevêque de Lyon (que ce dernier n’a évidemment jamais tenus, est-il besoin de le préciser)  :

« Cardinal Barbarin : « Le meilleur moyen de lutter contre la pédophilie, c’est d’abaisser la majorité sexuelle à 6 ans »

Une publication sur ce site d’info parodique est considérée comme une forme de consécration, qui valide l’importance d’un fait d’actu.

Pour les pro-Barbarin, l’archevêque paie aujourd’hui ses positions conservatrices voire rigoristes largement étayées lors du débat portant sur le mariage pour tous, autrement appelé « le mariage pédé », par Ludovine de la Malbaise.

Le personnage imaginé par l’humoriste Sophia Aram sur France Inter, parangon exagéré de la catholique légèrement fachotte et homophobe sur les bords, ne pouvait donc pas se taire devant tous ces scandales frappant l’église.

La chroniqueuse a même tenté ici quelques blagues autour du viol et de la pédophilie.


On ne ment pas aux enfants, Le Billet de Sophia… par franceinter

Avant elle, François Morel a lui aussi dédié l’un de ses billets radiophoniques au cardinal de Lyon.

L’argument de la cathophobie

De nombreux dessinateurs se sont à leur tour moqués de la situation plus qu’embarrassante dans laquelle se trouve l’eglise et nombre de ses hauts dignitaires.

Entre autres, ce dessin d’Aurel dans le Canard enchaîné :

image-pedophilielyon

Ou encore :

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Des dessins partagés sur les réseaux sociaux à tour de bras.

Pour les défenseurs de l’archevêque ou encore de l’Eglise, les blagounettes ou détournements contribuent à créer des ambiguïtés (non, l’enquête préliminaire ouverte ne vise pas Philippe Barbarin pour pédophilie mais pour non-dénonciation), et permet de verser dans la cathophobie à peu de frais.

Un véritable « procès en sorcellerie » selon André Soulier, l’avocat lyonnais de Philippe Barbarin. Un complot fomenté au plus haut sommet de l’Etat, dans le but de faire payer à l’archevêque des positions trop traditionalistes. Une curée médiatique foulant au pied la présomption d’innocence… Ce sont autant d’axes de défense, déployés eux aussi sur le web, via les réseaux sociaux, où l’on s’organise pour contre-attaquer.

Reste à compter les points, tandis que le diocèse prie certainement en ce moment pour que de nouvelles plaintes ne viennent pas attiser encore dans les prochains jours le feu des Internets, avant même celui de la justice.

 

 

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