Société 

Roms : une tranchée de deux mètres de haut creusée le long d’un campement à Saint-Priest

actualisé le 03/09/2015 à 08h56

Mardi 31 août, en début d’après-midi, un incendie a détruit la moitié des habitations de fortune du bidonville de Saint-Priest. Après avoir été évacués, les occupants ont pu regagner les cabanes restantes. Le maire de cette commune de l’est lyonnais demande leur expulsion.

> Nous republions notre article du 9 avril dernier.

Une première. La Métropole a fait creuser une tranchée de deux mètres de profondeur et de largeur le long d’un campement de Roms sur la commune de Saint-Priest, dans la banlieue Est de Lyon. La Ligue des droits de l’Homme se dit « révoltée par cette situation » qui dure depuis novembre dernier.

Depuis une dizaine d’années, Gilberte Renard a l’habitude de parcourir les campements de l’agglomération lyonnaise par les personnes d’origine rom. Avec son association CLASSES, elle s’occupe de la scolarisation des enfants des squats et bidonvilles.

Ce mercredi 1er avril, alors qu’elle recherchait une famille qu’elle avait l’habitude d’accompagner, elle s’est rendue sur le terrain squatté de Saint-Priest, situé à l’angle de la rue du Dauphiné et du boulevard de la Porte des Alpes, à cinq minutes à pied de l’arrêt de tram du même nom et de l’hypermarché Auchan.

Elle n’y était pas retournée depuis l’automne. Et là, ce qu’elle a découvert l’a révoltée : une tranchée de deux mètres de hauteur sur l’un des côtés du bidonville.

« Ils ont fait des douves, comme pour les animaux du parc de la Tête d’Or ».

Elle a prévenu tout son réseau et notamment des membres de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) qui se sont rendus sur place puis ont diffusé un communiqué ce jeudi, dénonçant une « ghettoïsation » :

« Des tranchées profondes de plusieurs mètres ont été creusées. Le paysage chaotique ainsi créé, évoque irrésistiblement les tranchées de la guerre de 14-18 ! Ces réalisations ont enfermées, à la fois matériellement et symboliquement, cette minorité d’Européens en un lieu qui les sépare du reste de la société, et qui les en marginalise un peu plus : ce qui correspond exactement à la définition contemporaine d’un ghetto. »

 

Pourquoi une tranchée si profonde le long d’un campement ?

Nous nous sommes rendus sur place, le long du boulevard de la Porte des Alpes, autrement appelé « boulevard urbain Est » ou « BUE ».

La tranchée le long du bidonville de Saint-Priest, vu depuis le "boulevard urbain est". ©LB/Rue89Lyon

La tranchée le long du bidonville de Saint-Priest, vu depuis le « boulevard urbain est ». ©LB/Rue89Lyon

Depuis ce boulevard de ceinture, on ne voit plus que les toits des habitats de fortune. Ici, vit une soixantaine de personnes dans environ trente cabanes et trois caravanes hors d’âge. Derrière cette énorme tranchée.

La tranchée fait plus de deux mètres de haut sur une distance de 100 mètres. Au milieu de la tranchée, du fond jusqu’au sommet du monticule de terre rejetée, nous avons mesuré 2,30 mètres de profondeur.

Le fond de la tranchée. ©LB/Rue89Lyon

Le fond de la tranchée. ©LB/Rue89Lyon

Les habitants des lieux, des Roms originaires de la petite ville de Lipova (ouest de la Roumanie), ne peuvent plus accéder au terrain en voiture.

Les autres côtés du bidonville sont en effet fermés par un petit bois et un terrain vague où, depuis de nombreuses années, une sorte de taupinière anti-squat a été réalisé.

Une sorte de taupinière géante pour empêcher les véhicules de pénétrer dans un terrain. ©LB/Rue89Lyon

Une sorte de taupinière géante pour empêcher les véhicules de pénétrer dans un terrain. ©LB/Rue89Lyon

Ce terrain est propriété de la Métropole et depuis un jugement de décembre 2014, les personnes qui s’y trouvent sont sous le coup d’une mesure d’expulsion.

Par un mail du Grand Lyon versé au dossier judiciaire, nous apprenons que la tranchée a été creusée le jeudi 21 novembre 2014 par le Grand Lyon (aujourd’hui Métropole) « en accord avec la Ville de Saint-Priest » :

« L’objectif étant d’interrompre le trafic de véhicule uniquement, comme le demande la Ville. La sécurisation contre les intrusions par des personnes à pied n’est pas réalisable ».

Contacté, le service presse du Grand Lyon explique que cette tranchée de deux mètres a été réalisée « pour une question de sécurité » :

« Une tranchée a été creusée pour éviter l’entrée des véhicules sur le campement via le BUE car ces voitures et camions ralentissaient en plein sur le boulevard. C’était dangereux. La sécurité des personnes sur le campement a été également assurée. Ils ont mis toute la terre déblayée autour pour éviter que quelqu’un ne tombe par mégarde. »

En l’absence de poubelles, les détritus jonchent le fond de la tranchée. Ce qui laisse penser que des occupants, petits ou grands sont montés sur les tas de terre pour les jeter.

En l'absence de poubelle, des détritus au fond de la tranchée. ©LB/Rue89Lyon

En l’absence de poubelle, des détritus au fond de la tranchée. ©LB/Rue89Lyon

« Faire oublier la vision de cauchemar de ce ghetto »

Gilberte Renard ne comprend toujours pas l’utilité d’avoir creusé si profond :

« C’est la première fois que je vois ça. D’habitude, pour éviter aux voitures d’entrer, ils mettent des gros blocs de béton. »

Quant à la Ligue des droits de l’Homme, elle « prie instamment les autorités compétentes de réaliser les modifications importantes nécessaires afin de faire oublier la vision de cauchemar de ce ghetto. »

Une soixantaine de Roms de Roumanie vivent depuis octobre 2014 dans ce bidonville. ©LB/Rue89Lyon

Une soixantaine de Roms de Roumanie vivent depuis octobre 2014 dans ce bidonville. ©LB/Rue89Lyon

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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