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Grand Stade de l’OL : Jean-Michel Aulas et la maire de Décines font maintenant équipe

actualisé le 23/02/2015 à 11h39

La nouvelle maire UMP de Décines et Jean-Michel Aulas font désormais ami-ami. Laurence Fautra, opposée avant son élection en mars 2014 au projet de Grand Stade, aux côtés du président de l’Olympique Lyonnais, a annoncé une série de compromis concernant notamment la prise en charge par le club de plusieurs postes de dépenses, liées au futur équipement. La commune a affiché une volonté « d’exister » dans ce dossier, Jean-Michel Aulas celle de préserver la paix des ménages.

conférence de presse Décines - Grand Stade : Jean-Michel Aulas (président de l'OL) & Laurence Fautra (maire de Décines-Charpieu) / Crédits Axel Poulain/Rue89Lyon

conférence de presse Décines – Grand Stade : Jean-Michel Aulas (président de l’OL) & Laurence Fautra (maire de Décines-Charpieu). Crédits Axel Poulain/Rue89Lyon

Laurence Fautra assure ne pas avoir retourné sa veste. lors du point presse qu’elle a tenu mercredi 11 février avec le président de l’Olympique Lyonnais, elle a déclaré :

« Je n’étais pas opposée au projet en lui-même mais consciente des nuisances ».

Elue en mars 2014 sur une position bel et bien hostile au projet, la nouvelle maire est depuis contrainte de faire avec un projet déjà bien avancé. Elle n’a alors cessé de faire savoir qu’elle ne voulait pas que Décines soit un simple faire-valoir.

Sa rhétorique, qu’elle a répétée à cette occasion, est simple et avance que Décines

  • a été oubliée du projet dès le départ,
  • est une commune modeste au budget serré,
  • ne pourra pas assumer toutes les dépenses que l’équipement fera porter sur elle alors même que les retombées économiques sont incertaines.

L’OL au secours de la ville de Décines

Les deux parties ont eu des « discussions sportives » selon les mots de Jean-Michel Aulas. Dans le détail, l’accord qui doit être signé entre les deux parties prévoit notamment que le club lyonnais futur hôte de la commune prenne à sa charge un certain nombre de dépenses de fonctionnement du futur équipement :

  • le coût de la résidentialisation du parc,
  • l’entretien des espaces verts,
  • les dépenses de nettoyage,
  • la vidéosurveillance non prise en compte par l’Etat et celle déployée sur des « lieux de rassemblements possibles des supporters »,
  • la prise en charge du personnel présent sur les points de sécurité et d’orientation,
  • le coût des dispositifs d’information comme des panneaux lumineux.

La mairie de Décines assure devoir assumer d’ores et déjà deux tranches de 8 millions d’euros et 1,2 millions d’euros au titre des dépenses d’investissement et de fonctionnement. Aucune des deux parties n’a souhaité indiquer le montant précis des dépenses que l’OL prendra à sa charge mais « il est de cet ordre-là » a tout de même indiqué Laurence Fautra.

Si l’OL assume ces coûts, reste à voir à l’usage l’évolution des charges dans la phase d’exploitation.

« Je ne pourrai pas seule assumer les charges. C’est un équipement métropolitain, il faudra que les autres maires apportent leur soutien », a prévenu Laurence Fautra.

Jean-Michel Aulas, grand seigneur

De son côté, Jean-Michel Aulas a semblé soucieux de montrer toute son empathie envers les attentes de la municipalité. Quand Laurence Fautra égratigne Gérard Collomb, maire PS de Lyon et président de la Métropole, coupable selon elle de snober ses demandes de rendez-vous, « Monsieur le président » (de l’OL, donc) s’est improvisé entremetteur bienveillant.

« Ce serait dommage qu’à cause de posture politique nous ne réussissions pas », a souri Jean-Michel Aulas.

La mairie souhaite demander à l’Etat un aménagement de la suppression de la taxe sur les spectacles (portant notamment sur les rencontres sportives) qui ne prévoit pas de compensation pour les communes, dans le cas de nouveaux équipements à venir. Grand seigneur, Jean-Michel Aulas vient au soutien :

« Il n’y a pas eu de subventions publiques pour la construction de ce stade, il serait légitime que la loi soit aménagée pour les nouveaux stades de l’Euro 2016 qui sont d’intérêt général pour que les communes touchent une contrepartie. Nous aiderons Décines à monter ce dossier. »

Laurence Fautra : « il m’en faut plus pour rêver »

La maire de Décines, qui demande que la commune perçoive des retombées économiques de l’Euro 2016, ne veut pas seulement récolter les contraintes.

« On a envie d’exister à côté de ce Grand Stade. Mais il ne me fait pas rêver, il m’en faut plus pour rêver. Il faut qu’on en ait les retombées, il faut que les Décinois puissent rentrer chez eux les soirs de match. »

Concernant l’emploi, la maire a regretté que « pas assez de Décinois » aient été embauchés pour travailler à la construction du stade. Les deux nouveaux amis ont annoncé la signature d’une charte pour l’emploi liant également l’Etat via la préfecture.

Durant cette année 2015 les recrutements selon les besoins de l’OL auront lieu à la maison de l’emploi de Décines et pourront éventuellement se poursuivre par la suite sur le site du stade.

La maire de Décines conserve toutefois certaines craintes : « concernant le stationnement et la circulation, non je ne suis pas rassurée ».

« Grâce à nous le débranchement de Décines sera desservi tous les jours par le Sytral et pas seulement les jours de matchs. Je suis persuadé que demain le branchement du T2, du T5 et du RhôneExpress se fera à Décines. C’est un hub de tram », a tenté de rassurer le président de l’Olympique Lyonnais.

Dernière faveur concédée à la commune de Décines par le club de foot comme un aveu involontaire de vernissage :

« Nous allons faire en sorte de mieux habiller notre communication autour de la ville ».

« C’est du pipeau tout ça »

Du côté des associations engagées contre le Grand Stade, l’accord annoncé ne suscite pas un grand engouement. Franck Buronfosse, président de l’association Carton Rouge et conseiller municipal d’opposition à Décines, note déjà avoir « eu vent de négociations en cours » et regrette de « ne pas avoir été tenu au courant ». Selon lui, ces annonces, « c’est du gros pipeau » et découlent d’une logique « du moindre mal »  :

« Cela reste encore flou. Quels sont les périmètres concernés pour les espaces verts ? Pour l’éclairage public ? Et puis de toute façon ça paraît quand même logique que ce soit l’OL qui prenne en charge ces dépenses. La vidéoprotection par exemple, c’est une obligation de l’UEFA. A la rigueur on n’avait même pas à en discuter ou à négocier là-dessus. Le club fait passer pour un accord ce qu’il doit payer depuis le début. »

L’élu se rappelle dans un sourire du temps où Laurence Fautra était « adhérente à Carton Rouge ». L’actuelle maire n’a « pas retourné sa veste » selon lui mais s’inscrit dans « une politique d’accompagnement ».

« Elle se dit : le Grand Stade est là, on y va. Mais on ne met rien dans la balance en contrepartie. »

Les contreparties, Dominique Bidoux de l’autre association anti-Grand Stade, Les Gônes pour Gerland, les juge quant à lui plutôt positives :

« Je trouve que c’est plutôt une bonne négociation pour la ville. La nouvelle municipalité est dans un principe de réalité maintenant. Je ne pense pas qu’il y ait eu un revirement de la part de la maire. Le grand stade est là. Le seul dossier qui demeure est celui concernant Layat (Philippe Layat, éleveur à Décines qui conteste l’expropriation d’une partie de ses terres devant servir pour un accès au stade, ndlr). C’est un combat d’arrière-garde désormais. »

Pour lui, maintenant, c’est simple : « il faut faire avec ».

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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