Elections municipales 2014  Politique 

Nouveaux maires UMP : qui sont les tombeurs des bastions de gauche du Grand Lyon ?

actualisé le 21/07/2014 à 23h24

Une véritable déferlante bleue. Dans le Grand Lyon, la droite a fait basculer dans son escarcelle nombre de communes. Des candidats souvent jeunes ont été missionnés en mercenaires. Certains accèdent pour la première fois à des fonctions qu’ils ne connaissaient pas, peu, ou uniquement dans l’opposition. Qui sont donc ces nouveaux maires candidats sortis vainqueurs dans des communes jusque là tenues par la gauche ? 

Les nouvelles têtes UMP dans le Grand Lyon.

Les nouvelles têtes UMP dans le Grand Lyon.

Surprise dans les salons de la Préfecture du Rhône à l’annonce du passage à droite de la mairie communiste de Pierre Bénite lors du premier tour des élections municipales. Surprise également à l’annonce des résultats de Francheville, ou de Décines-Charpieu. Des villes traditionnellement ancrées à gauche, qui ont élu des candidats de droite à la tête de leur mairie.

 

Les bébés de la reconquête

Jerome-moroge-Pierre-Benite

Jérôme Moroge, le nouveau maire de Pierre-Bénite @site de J.Moroge

Celui qui a initié la conquête des villes « de gauche » par la droite est Jérôme Moroge, à Pierre-Bénite. Âgé d’une trentaine d’années, le jeune édile est titulaire d’une maîtrise de droit public de l’université Lyon 3, et semble tremper dans les milieux politiques depuis quelques années déjà : il est ainsi collaborateur parlementaire du député Michel Terrot, conseiller régional depuis 2010 et conseiller municipal d’opposition depuis 2008. C’est donc un changement radical pour Pierre-Bénite, mairie communiste depuis 43 ans.

Jeune, collaborateur d’élu, son profil se rapproche du nouveau maire de Rillieux-la-Pape, Alexandre Vincendet. A la différence près du terroir : si Jérôme Moroge se revendique pur Pierre-Bénitain, Alexandre Vincendet fait figure de parachuté. Originaire de la région lyonnaise, le nouveau maire rillard a tout juste 30 ans.

Il confie être monté à Paris pour poursuivre ses études, « un cycle en sciences politiques ». Paris où il demeurera pour entrer au cabinet de Jean-François Copé pendant sa présidence du groupe UMP à l’Assemblée Nationale. Il suit Jean-François Copé lorsqu’il prend la tête du parti, en tant que chargé de mission à la direction des fédérations du parti.

Alexandre Vincendet-maire de Rillieux

Alexandre Vincendet, élu maire de Rillieux à 30 ans. ©Rue89Lyon

Il est également un proche de Philippe Cochet, député-maire de Caluire et président de la Fédération UMP du Rhône, pour qui il travaillait avant le début de sa campagne en tant que chargé de mission territorial. Alexandre Vincendet refuse néanmoins l’étiquette du parachutage, lui qui est arrivé à Rillieux un an seulement avant l’élection, et prétexte qu’il ne faut pas être né dans la ville pour l’aimer et s’y engager.

Il confie pourtant son désir de s’investir dans une « terre de reconquête« . Philippe Cochet déclarait dimanche soir, au sujet des nouveaux maires et d’Alexandre Vincendet spécialement :

« Une nouvelle génération arrive. La stratégie que j’ai mise en place il y a plusieurs années est en train de payer. De jeunes élus arrivent. »

Une stratégie qui a porté ses fruits puisque son poulain Alexandre Vincendet a réussi à conquérir une terre socialiste depuis près de vingt ans.

 

Les quinquas de l’opposition passent à la manoeuvre

Xavier Odo, élu maire de Rillieux.

Xavier Odo, élu maire de Rillieux.

Elle a également été fructueuse pour Xavier Odo, nouveau maire de Grigny, qui a réussi le tour de force de ravir la mairie à René Balme (Front de gauche) qu’il occupait depuis 1995, mais aussi de faire basculer à droite une ville communiste depuis au moins 37 ans. Ce n’est pas la chance du débutant ici à l’oeuvre, puisque Xavier Odo se présentait pour la seconde fois contre le maire sortant et était conseiller municipal d’opposition depuis 1995 également.

Comme Xavier Odo, nombre de ces nouveaux élus de droite dans des bastions de gauche ont exercé un mandat d’opposition et sont tous désignés par la presse locale comme les chefs de file de l’opposition de leurs villes.

C’est le cas des nouveaux maires de Saint-Fons avec Nathalie Frier ; de Francheville avec Michel Rantonnet et de Saint-Priest avec Gilles Gascon, qui appartenaient tous à l’opposition municipale de leur commune respective depuis 2008.

Nathalie Frier, maire de Saint-Fons

Nathalie Frier, maire de Saint-Fons ©Site de Frier

michel-rantonnet©Francheville

Michel Rantonnet, maire de Francheville ©Municipalité de Francheville

Gilles Gascon maire de Saint-Priest

Gilles Gascon, maire de Saint-Priest ©Site de Gascon

 

Ils présentent ainsi tous les trois un profil politique presque similaire : la « cinquantaine dynamique », présents dans l’opposition pendant au moins la dernière mandature, ils ont fait campagne sur « l’avenir » de leur commune, et l’importance du « renouveau » qu’ils incarneraient.

Nathalie Frier en avait même fait le nom de la liste qui l’a menée à la tête de la commune, battant la sénatrice PS Christiane Demontès. Elle incarne un renouveau tout relatif car Nathalie Frier s’est trouvée aux manettes dans l’équipe municipale de droite de Michel Denis pendant le mandat 2001-2008. Lequel ancien maire était numéro 3 de sa liste en 2014. Un changement tout relatif, donc.

 

Une femme anti-Grand Stade à Décines

Laurence-Fautra-Decines

Laurence Fautra, maire de Décines ©Site de Fautra

 

Le cas à part reste celui de Laurence Fautra : la nouvelle maire de Décines, si elle partage la même tranche d’âge que ses collègues saint-fonniards ou sanpriots, n’a elle jamais participé à une assemblée. Elle n’a donc a priori aucune expérience de gestion municipale. Si elle affirme avoir été présente sur les listes UMP en 2008 face à Jérôme Sturla, elle ne faisait pas parti des élus d’opposition au conseil municipal.

Dans cette commune, c’est aussi le dossier du Grand stade de l’OL qui a pu faire pencher la balance en sa faveur. Laurence Fautra s’est clairement positionnée contre le grand projet de Jean-Michel Aulas, porté par Gérard Collomb et les maires socialistes des communes concernées.

Pourtant, un manque général d’expérience de gestion municipale n’a pas pesé dans l’élection. On pourrait même penser qu’il a été pris en compte par les électeurs, mais positivement. Le « ras-le-bol » généralisé de la politique tel qu’il a été analysé par les responsables politiques nationaux et les médias est ici à l’oeuvre.

Mieux vaudrait des gens inexpérimentés, mais encore « innocents politiquement » et motivés, que le personnel politique habituel dans ces communes qui votaient depuis près d’un demi-siècle, pour certaines, à gauche.

Ces nouveaux visages de la politique dans la région lyonnaise ont une mandature pour prouver qu’ils peuvent mieux faire que leurs prédécesseurs.

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