Appartement 16
  • 6:00
  • 30 janvier 2015
  • par Eva Thiébaud

Comment et avec qui utiliser les logiciels libres à Lyon

3480 visites | 12 commentaires

Une asso de Lyon a fait 5000 euros d’économie ; des étudiants manipulent des machines complètement propres. Les logiciels libres, c’est fantastique, même s’ils effraient encore certains (complexité, changement d’habitude…). Entre la Maison des Rançy et l’université Lyon 2, on a rencontré à Lyon celles et ceux qui se frottent au libre et l’enseigne.

Rose et Irène en cours d'initiation à l'informatique. Crédit : E.T./Rue89Lyon.

Rose et Irène en cours d’initiation à l’informatique. Crédit : E.T./Rue89Lyon.

« Pour naviguer sur cette grande mer qu’est Internet, vous avez besoin d’un voilier ; ce voilier, c’est ce qu’on appelle le « navigateur ».

Sandrine Nerva reprend les bases devant sa classe d’initiation à l’informatique.

« Comme Mozilla Firefox, c’est ça ? » lance une dame de l’assistance, composée d’une dizaine de personnes.

« C’est ça ! »

Si le panda roux de Firefox se trouve à l’honneur dès le début de la saison à la Maison des Rancy (MJC du 3e arrondissement à Lyon), cela ne doit rien au hasard. Sandrine Nerva, la dynamique coordinatrice des activités numériques de la MJC, est pragmatique :

« L’éducation populaire cherche le développement personnel de tous les citoyens, riches ou pauvres. Pourquoi enseigner l’utilisation de logiciels propriétaires, que les gens n’auront pas forcément les moyens d’acheter ensuite ? L’alternative, c’est le libre. »

« J’ai moins la trouille »

Pour la troisième année consécutive, Rose, 73 ans et Irène, 60 ans, reviennent à la Maison des Rancy, où quatre cours d’initiation à l’informatique sont donnés.

Elles ont bien sûr appris à se servir d’Open Office, une suite bureautique, mais aussi notamment de Gimp, outil d’édition d’images alternatif à Photoshop, de WordPress, qui permet de fabriquer des sites, de Clémentine, logiciel de lecture et gestion de bibliothèque musicale…

« J’étais perdue avec la nouvelle langue informatique. Maintenant, j’ai moins la trouille, je suis de plus en plus à l’aise », raconte Rose.

Toutes les deux sont sensibles aux arguments de leur professeure. La gratuité, naturellement, les séduit. Mais pas seulement.

« Le code est ouvert dans les logiciels libres. Tout le monde peut collaborer, apporter sa pierre à l’édifice », souligne Irène.

Rose est ravie de sa formation :

« Beaucoup de gens motivés, prêts à faire avancer les choses et à nous aider ».

Se faire aider par des barbus en tongs

Les geeks passionnés de Linux ne font pas peur aux dames des Rancy, qui fréquentent assidûment les conférences des « Jeudis du libre » et s’aventurent même à la Journée du logiciel libre.

Aussi parce que ces gros barbus en tongs sont disposés à leur prêter main forte, quand l’ordi s’acharne à coincer.

Les conférences et la journée en question sont animées en partenariat avec l’ALDIL, Association Lyonnaise pour le Développement de l’Informatique Libre. Vincent Mabillot, son président, dissèque la situation :

« L’informatique propriétaire, comme le système d’exploitation Windows, est une informatique de l’obsolescence programmée. Les mises à jour en mille feuilles et les logiciels de plus en plus gourmands en ressource, imposent le renouvellement rapide des machines. Une escalade technologique qui maintient la logique du gaspillage. »

A rebours de l’entretien artificiel de la croissance basée sur le jetable et la consommation, les logiciels libres s’inscrivent dans des formats légers, pérennes, stables, où l’amélioration prime sur le remplacement.

Aujourd’hui, les logiciels libres peuvent faire concurrence aux géants informatiques et à leurs monopoles. Leur qualité le leur permet. Un logiciel développé par des centaines de passionnés bénévoles et soucieux du regard de leurs pairs a en effet des chances de fonctionner plus correctement que son homologue programmé sous contrainte horaire, et dans une logique commerciale.

Un choix éthique… et 5000 euros d’économie

Mais le libre fait peur. Si le navigateur Firefox, la suite OpenOffice ou le client de messagerie Thunderbird entrent petit à petit dans les mœurs, les systèmes d’exploitation tels Ubuntu ou Mint, qui remplacent Windows, font figure d’épouvantails.

L’association Passe-jardins anime le réseau régional des jardins partagés. Elle a migré cet été de Windows XP vers Xubuntu, un système d’exploitation réputé pour sa facilité d’utilisation.

Béatrice Charre, la directrice, retrace les préliminaires à la migration :

« Il faut une grosse préparation en amont. Bien prendre le temps de former, et d’informer. Tout tourne autour de la question du changement ; on sent toujours des crispations quand on propose quelque-chose de nouveau. Les gens s’attachent à leurs habitudes. »

Pour cette association aux ambitions sociales et environnementales, il s’agissait d’abord d’un choix éthique, d’une sensibilité à la question des biens communs :

« Mais finalement, le choix a aussi été économique. Notre prestataire, Open DSI spécialisé dans le libre, a évalué à 5000 euros l’économie réalisée sur cinq ans. Le coût des formations et de l’aide à la migration est largement compensé par l’économie réalisée du côté des licences bureautiques. Pour une petite association comme la nôtre, c’est loin d’être négligeable. »

Quelques problèmes de compatibilité avec d’anciens formats de document mais rien d’insurmontable. Pour les logiciels de paie et de graphisme ne tournant que sous Windows, un bureau virtualisé prend le relais. Une installation que les membres de l’association n’auraient pu réaliser seuls ; le prestataire de service est indispensable.

Pas de problème de virus, pas de machines qui rament…

Quand le prestataire informatique manque, le passionné prend les claviers en main. Emmanuel a accompagné bénévolement la fédération française d’escrime de Lyon dans sa migration de Windows XP vers Ubuntu en 2012. Les ressentis y sont les mêmes qu’au Passe-jardins.

Emmanuel raconte :

« Quand on ne connaît pas l’informatique, on ne jure que par ce qui est utilisé par tout le monde. Ça a un côté tranquillisant. Un accompagnement rassurant est nécessaire pour sauter le pas. »

Il poursuit :

« Au début, les machines avaient un double boot : les secrétaires pouvaient choisir de les démarrer sous Windows ou sous Ubuntu. Du coup, le risque est annulé ; si ça se passe mal sous Ubuntu, on rebascule sous Windows. »

Mais Ubuntu est finalement adopté. Les secrétaires utilisent LibreOffice, Gimp et Scribus, logiciel de publication assistée par ordinateur. Emmanuel a installé une Virtual Box pour le logiciel de gestion des compétitions, qui ne tourne que sur Windows.

Plus de problème de virus, plus de machines qui ralentissent, qui rament… Le bonheur.

Florence, une des secrétaires de la fédération, précise :

« On n’est pas des pros de l’informatique du tout ! L’installation, c’est trop compliqué. Ça s’est bien passé, mais aussi parce qu’on avait Emmanuel, prêt à nous aider au moindre problème. »

Des étudiants qui n’utilisent plus que du libre

Des étudiants pendant l'install-party de CoLibre. ET/Rue89Lyon.

Des étudiants pendant l’install-party de CoLibre. ET/Rue89Lyon.

Pour parfaire sa connaissance des logiciels libres, Florence a intégré cette année CoLibre. Cette licence de l’université Lyon 2, unique en France, forme des communicants n’utilisant que des logiciels libres.

En ce début d’année scolaire, les étudiants profitent d’une install-party pour mettre en place Mint, un système d’exploitation Linux, sur leurs portables personnels. Ils les installent en double boot pour garder Windows.

Tous et toutes semblent déjà très sensibilisés à la question du libre. Jean, un étudiant, explique :

« En m’inscrivant à cette licence, je voulais voir si l’alternative libre était viable professionnellement. On est un peu tous venus là pour découvrir, concrètement, le libre. Et on découvre aussi pas mal de choses, par exemple qu’Android, le système d’exploitation mobile pour smartphones et tablettes, est un système qui est parti du noyau Linux. C’est drôle de voir que personnes n’a peur d’utiliser son nouveau smartphone, mais que beaucoup s’affolent à l’évocation d’Ubuntu, de Xubuntu ou de Mint… »

Depuis 2005, le libre se démocratise. Il séduit les esseulés, qui viennent causer avec des geeks, des économes qui ne veulent pas payer leurs logiciels, les techniciens qui haïssent les virus et les machines qui rament.

Et tous ceux et celles qui trouvent aberrante la logique d’obsolescence programmée des logiciels propriétaires. Alors, rendez-vous à la prochaine install party ?

Ce samedi, pour une première approche : les 14èmes Expériences numériques à la Salle des Rancy.


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12 Commentaires postés

  1. L’année 2005 a appelé, et elle veut qu’on lui rende ses trolls et ses poncifs sur les logiciels propriétaires.

  2. « des étudiants manipulent des machines complètement propres ».
    Quelle est la signification de cette phrase ? Qu’un poste utilisant des logiciels libres est exempt de failles, virus et autres malwares ?
    Même s’il y en a moins, cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.
    D’ailleurs, on peut voir avec ce qu’il s’est passé avec TrueCrypt que ce n’est pas parce que le code est libre qu’on peut en avoir confiance aveuglément. Mes propos ne veulent pas non plus dire que les logiciels propriétaires sont mieux hein.

    Autre remarque : « La gratuité, naturellement, les séduit. ».
    Libre ne veut pas dire gratuit (exemple : Red Hat). Gratuit ne veut pas dire libre (exemple : plein de logiciels en freeware).

    Reste que l’idée est bonne et les logiciels libres sont une vrai alternative aux logiciels propriétaires.

    • Dire qu’un logiciel libre est propre, c’est insinuer que les logiciels « officiels » sont « sales », en effet.

      Pourtant, je suis plus pour utiliser ce genre de programmes que ce qui vient de n’importe ou et fait par n’importe qui.

      Ce n’est pas que le libre est « sale », mais en règle générale ils sont moins bien faits et moins pensés pour leur public cible, le geek codeur le paramétrant selon son schéma de pensée parfois sans tenir compte du grand public et surtout sans assurer de suivi en cas de problème.

      Quand on met en circulation un logiciel de grattage de dvd et que celui-ci plante systématiquement quand il atteint la capacité maximale d’un cd gravé, on comprend que le gars ne s’est pas trop foulé en réalité. Et bien entendu, il ne revient jamais pour modifier son erreur…

      Et puis je ne comprends pas l’argument de la gratuité. Beaucoup de logiciels propriétaires sont inclus avec la machine, ou sont gratuits au téléchargement. Seuls les programmes professionnels peuvent avoir un coût important, les sociétés éditrices offrant la plupart du temps des gros rabais pour une commande importante de licences.

      • « vient de n’importe ou fait par n’importe qui »
        Affirmation plutôt péremptoire quand bon nombre de logiciels libres sont crées par des personnes ou communautés parfaitement identifiés.
        Ce qui est dit peut-être valable pour n’importe qu’elle type de logiciels et effectivement il faut se renseigner un peu avant d’installer n’importe quel logiciel

        « Beaucoup de logiciels propriétaires sont inclus avec la machine »
        Quand c’est gratuit, pose toi la question de comment il en vive ?
        Tu paie d’une manière ou d’une autre. L’exemple d’une machine livré avec windows et des logiciels est typiquement l’exemple avec des coûts de licences logiciels imposés à l’acheteur (et difficile à faire enlever même si on a déjà achetté la suite bureautique par ex)

        • Etant sous OS X, je sais parfaitement que le prix des logiciels est inclus dans le prix d’achat de la machine.

          Quand c’est gratuit, c’est que quelqu’un d’autre paye. C’est la même chose pour Linux : l’ OS alternatif est en fait financé par la plupart des fabricants de matériel informatique qui reversent une part minime de leurs revenus.

          C’est amusant de voir que celles et ceux qui s’imaginent hors du système sont en réalité bien dedans…:)

          • Ce que tu dis existe bien sûr. Je suis sous Ubuntu qui est financée par une société (mais tjs déficitaire à ce jour).
            Par contre l’aspect communautaire qui est souvent majoritaire dans les projets libres fait que l’aspect monétaire est bien moindre.
            C’est d’ailleurs un des rares problèmes que je vois sur la difficulté de mettre en place un modèle économique fiable et pérenne à long terme, sans rentrer complément dans le système marchand.
            Mais j’ai bon espoir. C’est un philosophie prometteuse qui déborde d’ailleurs largement le libre

  3. Le libre, j’en suis revenu quelque peu. A part VLC, il ne reste rien de ce que j’ai testé et donc pas approuvé. Je suis même retourné sous Safari en lieu et place de Firefox à cause des mises à jours incessantes qui rendaient le navigateur de plus en plus lent et lourd.

    Leur grand défaut ? Une ergonomie médiocre pour la plupart, mais aussi parfois des fonctions impossible à utiliser faute d’une programmation réussie.

    Si les distributions Linux sont fiables en ce qui concerne les serveurs, le grand public doit savoir qu’il devra parfois mettre la main sous le capot pour réparer des fonctions incomplètes ou pour assurer la compatibilité avec leur matériel. Et ne soyez pas surpris par le manque de documentation parfois : les intervenants ne se fatiguent pas vraiment à laisser des indications sur ce qu’ils ont fait ou modifié pour aider les nouveaux utilisateurs. Dans leur esprit, cela va de soi et ils se disent que celui qui essaye le programme saura d’office comment le modifier si besoin est.

    Un des papes du libre s’ est même converti à OS X,  » fatigué d’avoir à faire fonctionner mon ordinateur avant de pouvoir l’utiliser « .

    Quand à Android, ce n’est pas un logiciel libre. C’est un système d’exploitation qui était modifiable au début mais Google l’a finalement rendu aussi fermé qu’ OS X, ayant constaté que les pirates du monde entier utilisaient cette facilité pour pirater en masse les smartphones compatibles.

    • « Leur grand défaut ? Une ergonomie médiocre pour la plupart, mais aussi parfois des fonctions impossible à utiliser faute d’une programmation réussie. »
      Décidément entre généralisation abusive et déclaration péremptoire, tu ne sers pas tes propos. Parle en ton nom avec un exemple précis (cette situation était clairement fréquente il ya plus de 10 ans mais a grandement évolué sur de nombreux logiciels libres. Exemple : Firefox, libre office ..).

      « et place de Firefox à cause des mises à jours incessantes qui rendaient le navigateur de plus en plus lent et lourd. »
      Souvent la lourdeur de Firefox, chrome ou autre provient de la profusion d’extensions (ou extension mal écrites). C’est typiquement le genre d’outil ou il faut faire le ménage récemment, voir avec Firefox, donnez un coup de jeune à Firefox avec la fonction « réparer Firefox » (cf leur support plutôt bien documenté)

      « Un des papes du libre s’ est même converti à OS X, » fatigué d’avoir à faire fonctionner mon ordinateur avant de pouvoir l’utiliser  »
      Des sources. Curieux de connaître ce pape !?
      Je suis sur Ubuntu depuis plusieurs années

      « Quand à Android, ce n’est pas un logiciel libre »
      PAs sûr de moi, mais je pense que c’est un peu plus compliqué. Je crois plutôt Google a 1 pied des 2 côtés mais qu’il verrouille certains aspects.

    • En effet, ce n’est du « libre » mais parti d’un système modifiable, on a donc précisé. Merci.

  4. Pour ceux qui sont non informaticiens et intéressés par allez dans cette démarche, allez chercher sur http://www.clibre.eu/ une alternative à vos logiciels propriétaires;

  5. Loin des arguties entre ayatollahs du libre d’une part et d’autre part libres penseurs auto-proclamés, il y a des usagers qui veulent juste que leur machine fonctionnent et que ça ne leur coûte pas un bras (et si moralement ils sont en accord, tant mieux).
    Dans ce cadre, pendant que vous discutez, les gens de ces associations font un vrai et bon boulot. Merci à l’auteur de l’article.
    Cela dit, pourquoi ne pas avoir évoqué les Espaces Publics Numériques (EPN) qu’on trouve notamment à Lyon dans les bibliothèques : Part-Dieu, Bachut, Vaise, Duchère, Jean Macé, Point du Jour, Perrache… Sur tout le territoire, des espaces publics qui dispensent informations et formations sur les outils numériques, dont les ressources libres. D’ailleurs il me semble que l’ALDIL travaille avec ces mêmes bibliothèques.