Politique 

Piscines : Lyon au régime sec, été comme hiver

actualisé le 17/07/2014 à 19h11

Comme chaque été, la foule et les projecteurs lyonnais vont se ruer sur l’ouverture de la piscine du Rhône, qui aurait dû ouvrir avant le 15 juillet. Ce sera ce jeudi 17 juillet. Avec cette année en prime son tarif jugé pour beaucoup exorbitant, malgré sa réfection et ses nouvelles prestations. Mais ce que cache cet arbre, c’est une forêt de piscines très clairsemées. L’offre lyonnaise s’avère aussi insuffisante que les propositions politiques.

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Rue89Lyon a plongé dans les piscines de Lyon, de l’agglo lyonnaise, des villes de Rhône-Alpes de plus de 50 000 habitants et des villes françaises de plus de 200 000 habitants (« population légale » estimée par l’INSEE). Le jeu des comparaisons est le suivant : par rapport à la population, le nombre de piscines, de bassins, et de mètres carrés de bassins accessibles au public. Avec des données des communes et du ministère des Sports. Ont été pris en compte tous les bassins sauf les pataugeoires. Les piscines non accessibles au public (réservées aux scolaires ou clubs et associations) ne sont pas comptabilisées non plus. Seules ont été étudiées les piscines à financement municipal ou intercommunal (Chambéry, Annecy), y compris si elles sont gérées par une personne privée en délégation de service public (comme à Meyzieu). Eté comme hiver, le constat est rude pour Lyon.
Rue89Lyon

Ça fait des semaines que les Lyonnais demandent :

« Elle ouvre quand la piscine du Rhône ? »

Au départ, la date du 2 juillet était annoncée sur le site de la Ville, avant d’être remplacé par un mystérieux « début juillet ». La visite presse de ce mardi 15 juillet a donc enfin donné le top départ : ce sera dès ce jeudi 17 juillet.

De grosses journées chaudes se sont écoulées, les établissements scolaires se sont vidés et les piscines d’hiver ont fermé leurs portes depuis bien longtemps, le 8 juin pour la plupart. Seule la piscine de Vaise restant ouverte toute l’année. Les autres piscines d’été ont ouvert peu à peu, tout doucement : Gerland le 20 juin, puis Mermoz et la Duchère, le 2 juillet.

L’attente est forte : 259 852 entrées ont été comptabilisées dans l’ensemble des piscines de Lyon pendant la saison estivale 2013. Un succès incontestable et sans cesse en augmentation (213 789 entrées en 2010).

 

8 euros l’entrée, tensions comprises

Gérard Collomb en juin 2013 lors de l'inauguration de la piscine du Rhône ©Laura Daniel

Gérard Collomb en juin 2013 lors de l’inauguration de la rénovation de la 1ere partie piscine du Rhône ©Laura Daniel

Mais l’attente du public semble inquiéter le personnel :

« On a essayé de mettre les entrées en prévente à la piscine Garibaldi pour éviter les queues interminables à l’entrée de la piscine comme l’année dernière, mais l’opération n’a pas eu de succès », explique un personnel d’accueil.

Et puis, craint une autre :

« Le nouveau tarif de 8 euros, qu’on soit d’accord avec ou pas, ce n’est pas nous qui l’avons décidé, ça vient d’en haut. Mais c’est nous qui allons devoir l’expliquer au public, et certains risquent de s’énerver quand on va leur dire que leurs anciennes réductions ne marchent plus, ce qu’on peut comprendre ».

Le malaise des personnels des piscines semble un peu plus large :

« On a des jeunes de plus en plus remuants, pas uniquement à la piscine du Rhône, s’alarme un maître nageur. C’est une problématique qu’on ne sait pas gérer. A partir de 14 heures, l’été, il n’y a aucune piscine à Lyon où on peut nager sans avoir à lever la tête hors de l’eau pour éviter les collisions ».

Il poursuit :

« C’est sûr que le manque criant d’équipements n’arrange pas les choses, et l’ouverture du centre nautique de Vénissieux en 2015 ne sera pas suffisante ».

Les « bonnets de bain », un collectif monté par des habitants de la Guillotière, comptent se faire entendre au conseil municipal, sur la question de ces tarifs. Ils ont aussi fait les comptes et dénoncent dans un communiqué :

  • « Le vrai tarif réduit serait de 2 euros. En effet, à condition d’avoir moins de 18 ans, et de débourser 50 euros au total pour 25 entrées nominatives qui ne seront valables que quelques mois.
  • Le tarif de 8 euros serait marginal. A part les chômeurs, lycéens ou étudiants qui paieront 5,50 euros pour l’entrée au tarif « réduit », le plein tarif s’appliquera. Ou alors il faudra compter le temps, avec une carte à 50 euros pour 25 heures ou 85 euros pour 50 heures. Finies les vacances au bord de la piscine.
  • Il y enfin la carte « famille » : pour deux parents et deux gamins entre 7 et 18 ans, un total de 18 euros minimum, sans compter le prix de la carte, donnée sur dossier, à 15 euros.
  • Au total, la vérité sur les tarifs c’est que service public des piscines est désormais bien plus cher sur les berges du Rhône que partout ailleurs à Lyon. »

 

L’été lyonnais bien au sec

« Manque criant » ? Cela fait des années que les élus de tous bords l’affirment.  Gérard Collomb, lors de la campagne municipale 2008, l’affirmait lui-même :

« Il manque à Lyon près de 3 000 m² de plan d’eau et aucun équipement neuf n’a été réalisé depuis 1976 ».

Et depuis qu’il est à la manoeuvre, premier édile de Lyon, l’opposition s’en donne régulièrement à cœur joie :

« En matière de piscine, vous le savez, Lyon est largement en dessous de la moyenne nationale » rappelait l’élu (Nouveau centre) Pierre Delacroix en septembre 2012.

Rue89Lyon a cherché à en savoir un peu plus : l’état des lieux des piscines estivales est plutôt mauvais.

D’abord, Lyon est la plus mauvaise nageuse de toutes les villes de Rhône-Alpes de plus de 50 000 habitants, exceptée Vénissieux dont le grand centre nautique intercommunal est fermé depuis 2010, suite à un incendie. Que ce soit en termes de piscines (1 pour 98 000 habitants à Lyon), de bassins (1 pour 49 000 habitants), ou de mètres carrés de bassins (1 pour 70 habitants). Soit seulement 5 piscines ouvertes en saison estivale, et dix bassins.

De même, la ville de Lyon est beaucoup moins bien équipée que les villes de la banlieue. Dans l’aire du Grand Lyon, ville de Lyon exceptée, il y a, toujours en été, 1 piscine pour 39 000 habitants, 1 bassin pour 20 000 habitants, et 1 mètre carré de piscine pour 58 habitants. Alors même que celle de Vénissieux est fermée (1350 mètres carrés de bassins qui doivent rouvrir en 2015).  

Macération au soleil

Si l’on compare Lyon aux villes françaises les plus grandes (plus de 200 000 habitants dans la commune elle-même), le retard de la capitale des Gaules est plus équilibré. En termes de surface de bassins, Lyon n’est pas si mal classée l’été (elle est sixième sur 11 villes). C’est surtout en nombre de bassins ou de piscines que la capitale des Gaules est à la traîne. En clair, tous les nageurs se retrouvent dans les mêmes équipements. En particulier, la piscine du Rhône représente près de la moitié de surface de nage disponible dans toute la ville en été. L’afflux n’y est donc pas étonnant. En outre à Lyon, il faut attendre de cuire au soleil jusque début juillet avant de se mettre à l’eau. Ce n’est pas le cas ailleurs : à Toulouse les piscines d’été ont ouvert dès les 6 et 7 juin, à Nantes la piscine d’été a ouvert le 14 juin, à Paris, Marseille, Nice ou Saint-Étienne, la plupart des piscines sont ouvertes en continu toute l’année, à Grenoble, les deux piscines d’été ont ouvert le 14 juin, et à Chambéry, le stade nautique extérieur a ouvert le 11 juin. Même aux latitudes de Strasbourg, les bassins d’été ont ouvert en mai !  

 

L’hiver carrément aride

Mais c’est l’hiver que l’équipement lyonnais en piscines s’avère le plus défectueux. Le constat est très clair : quel que soit le terrain de comparaison, régional ou national, Lyon se partage la place de cancre avec Marseille, très loin derrière toutes les autres villes (sans compter Vénissieux et son centre nautique fermé). Seulement 5 piscines et 7 bassins accessibles au public, soit 1 piscine pour 98 000 habitants, 1 bassin pour 70 000 habitants, et 1 mètre carré de bassin pour 199 habitants. Contre, par exemple, 76 habitants pour 1 mètre carré de bassin dans les villes du Grand Lyon, soit près de trois fois moins.

 

Même en comptant les 1050 mètres carrés du bassin olympique de la piscine du Rhône, qui devrait ouvrir toute l’année à partir de 2015 (mais « pas les mois de gel », selon l’adjoint aux Sports, Yann Cucherat), Lyon reste loin derrière. Et les sportifs des clubs de natation, plongée et autres sports aquatiques sont presque unanimes. Entre ceux qui parlent de « vrai problème », de « mini structures », de « déficit de piscines » ou encore de « honte », la critique est acerbe.

Les problématiques sont multiples. Chez Cyrnea, l’apnée à Lyon, on reconnaît qu’on aimerait avoir « toujours plus de créneaux, même si nous en avons déjà pas mal » et on souligne les « bonnes relations avec le service des sports de la Ville ». Mais on regrette un problème :

« Pendant les vacances scolaires, l’accès aux bassins ne nous est pas autorisé ».

Alain Richioud, record de France en apnée statique, donne son opinion :

« Nous on s’entraîne à Vaise, et il y a quatre interruptions de deux semaines pendant lesquelles on ne peut pas s’entraîner, ou alors il faut qu’on cherche d’autres piscines à Lyon ou ailleurs, parfois avec des créneaux arrangés avec le service des sports pendant les ouvertures au public. C’est très problématique parce que notre entraînement est progressif, et même pour ceux qui pratiquent en amateur, ça fait des périodes de trou après lesquelles on reprend difficilement ».

 

Les cours de natation en cale sèche

Du côté de Lyon plongeon club, on déplore :

« Dans une grande ville comme Lyon, c’est dommage qu’il n’y ait pas de vraie fosse à plongeon, alors que les jeunes adorent ça. Nous on s’entraîne à Vaise, mais il faut partager le bassin olympique avec les nageurs. Et l’été ce n’est pas mieux puisque le plongeoir de 10 mètres de la Duchère a été rasé et que celui de Gerland n’est pas homologué et qu’on ne peut plus s’en servir ».

Un gros problème se pose par ailleurs avec les scolaires. Un maître nageur, qui nous demande de rester anonyme au vu de son contrat avec la Ville, dénonce :

« On a fait des dépenses à la piscine du Rhône pour des bains à bulles et des rivières à contre courant, c’est bien. Mais c’est une honte parce que dans le même temps, on n’a même pas de quoi apprendre à nager aux enfants à Lyon. On ne peut accueillir que les groupes de CP et de CE1. Après c’est fini. Je peux vous dire qu’ensuite, entre les gamins de Lyon et ceux de banlieue, au collège, on voit la différence ».

Un bilan assez désastreux pour la ville qui pourrait se targuer d’avoir vu son ancien adjoint aux sports, Thierry Braillard, devenir secrétaire d’État aux sports.

 

« Plan piscine » qui fait plouf

De fait, le fameux « Plan piscine » du candidat Gérard Collomb aux municipales de 2008 a fait long feu. Dans son programme « Aimer Lyon », l’édile promettait que les piscines seraient « une priorité de notre action municipale ». Et d’annoncer des « projets ambitieux » de construction : une piscine au sein du parc Blandan dans le 7ème arrondissement et une autre à Confluence.

Mais patatras. En mars 2010, lors du débat au conseil municipal sur le lancement des études pour les travaux de la piscine du Rhône, l’opposition s’interroge sur les suites données à ces deux projets. Et le maire et son adjoint aux Sports doivent s’expliquer.

Pour le projet Confluence, Gérard Collomb explique que les architectes en charge du projet « étaient plutôt pour un grand parc à la pointe du Confluent ». Tant pis pour les habitants de la presqu’île qui, pendant la concertation, déploraient, dès 2002 « le sous-équipement du sud de la presqu’île », notamment en « équipements sportifs (piscines, boulodrome…) ».

Pour le projet Blandan, également abandonné, le maire assène un argument massue, à l’unisson de Thierry Braillard :

« La concertation menée par Gérard Claisse a démontré que les personnes ne voulaient pas d’un établissement très animé, trop bruyant, avec beaucoup de monde mais souhaitaient plutôt en faire un endroit plus calme pour l’ensemble des habitants du quartier. (…). A un moment, on écoute ce que les gens nous disent. »

 

Quels choix politiques ?

On ne retrouve nulle trace d’opposition des habitants dans les documents de synthèse de la concertation. Au contraire, dans une petite étude du Conseil de quartier de mai 2008 auprès de 220 personnes, en ligne sur le site du Grand Lyon.

Explication : c’est en réalité la municipalité, en la personne de Gilles Buna, alors adjoint à l’urbanisme, qui avait décidé des bases de la discussion dès la première réunion de concertation :

« Ce ne sera pas un équipement d’agglomération, mais un parc à destination des habitants les plus proches, dans les 7ème, 8ème et 3ème arrondissements. Donc pas de structure susceptible d’attirer moult automobiles et encombrer le quartier. Pas question donc d’y implanter un parc nautique ».

Questionné par Rue89Lyon sur ce plan piscine plus ambitieux, l’actuel adjoint aux Sports, Yann Cucherat, botte en touche : il n’était pas là à l’époque :

« Le contexte de 2008 n’était pas celui de 2014. Notre capacité d’investissement n’est pas la même ».

 

Pas de bleu depuis 1977

A la tribune du conseil municipal, on se renvoie la balle depuis des années, sur le petit air de « Socialistes, qu’avez-vous fait de votre Plan piscine ? – C’est à cause de vous à Droite, qui n’avez rien fait pendant les mandats précédents ». Qu’en est-il ?

Les deux plus vieilles piscines ont été construites entre deux guerres en 1929 (Gerland) et 1933 (Garibaldi, la première piscine couverte de Lyon). La piscine Monplaisir (fermée depuis ce printemps) a été ouverte en 1945 par un entrepreneur, Rasurel, pour faire la promotion de sa marque de lingerie, avant d’ouvrir ses portes au public en 1964.

Enfin, la grande vague bleue sur Lyon a été à l’initiative exclusive de l’équipe municipale de Louis Pradel (centriste, resté aux commandes pendant près de 20 ans). Piscine du Rhône en 1965, la Duchère (9ème) en 1967, Mermoz (8ème) en 1968, Saint-Exupéry (4ème) en 1968, Vaise en 1969, Charial (3ème) en 1971, Benjamin Delessert (7ème) en 1973 et enfin Tronchet (6ème) en 1977. Et encore, cette piscine est fermée au public : elle n’accueille que les écoles et les clubs.

C’est aussi sous l’égide des centristes qu’ont été lancés les projets de centre nautique intercommunal de Vénissieux (1969) et de parc « Aquavert » à Francheville (1985), dont le fonctionnement est financé en partie par la ville de Lyon (à hauteur de 35 % pour le premier et 40 % pour le second).

 

Ce qu’il nous faut c’est des JO

En clair, à la suite de la piscine du Rhône, construite dans l’optique de la candidature de Lyon aux jeux olympiques de 1968, toutes les piscines ont été lancées dans cette période. Strictement rien depuis. Peut-être qu’une nouvelle candidature de Lyon à des prochains jeux olympiques donnerait un nouvel élan nautique à la municipalité ?

Mais Yann Cucherat fait les comptes :

« On est dans un contexte économique ultra contraint, tout est limité. L’État baisse ses dotations. Investir dans de la construction de nouvelles piscines, ça veut dire ensuite assumer le coût du fonctionnement et de l’entretien. Notre choix est plutôt celui de la rénovation. »

Sur cette question, parmi les clubs et les personnels des piscines, on hausse les épaules. D’abord, certains, comme cet agent de la Ville, évoque l’entretien laissé longtemps en déshérence, « ce qui fait que les réparations sont coûteuses quand il devient incontournables de les faire ».

 

Trop chères les piscines, vraiment ?

D’autres critiquent les choix effectués dans les dépenses :

« A Vaise, il y en a eu pour 4 millions de réparations. Mais ils ont choisi de faire du design, et maintenant on se retrouve avec des parties de la piscine qu’on n’arrive pas à nettoyer correctement », explique le membre d’un club.

Et surtout, pour la piscine du Rhône désormais baptisée « Centre nautique du Rhône » :

« Pour cette rénovation, il y en a pour environ 30 millions de travaux, détaille un maître nageur. C’est quasi le prix de construction de deux piscines olympiques couvertes ».

Pour Confluence, c’est le maire lui-même qui avouait en mars 2010 :

Les architectes « étaient plutôt pour un grand parc à la pointe du Confluent. Un très beau projet d’ailleurs (…) qui va coûter aussi cher qu’une piscine, mais qui est un autre type de projet ».

Question de priorité donc. D’ailleurs, le maître nageur continue :

« On entend sans arrêt que pour une municipalité, une piscine n’est pas rentable. Dans ce cas on se demande pour quoi de plus en plus de privés cherchent à gérer des équipements en délégation de service public, comme à Meyzieu ! En réalité, une piscine ça peut être rentable, si on fait le choix de mettre dedans des animations nautiques, il en existe de toutes sortes désormais, des cours, etc. Bref, une vraie politique d’animation sportive ».

Et un vrai programme ambitieux et réaliste pour un nouvel adjoint aux Sports ?

 > Article mis à jour ce lundi 7 juillet à 13 heures avec le communiqué des « Bonnets de bain ».

> Article mis à jour avec l’annonce de la visite presse de la piscine du Rhône du mardi 15 juillet.

> Article mis à jour avec la date d’ouverture de la piscine du Rhône.

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