Elections européennes 2014  Politique 

« Nouvelle Donne », un mouvement de gauche qui veut battre le PS aux européennes

actualisé le 17/04/2014 à 13h31

Ce parti politique n’a pas six mois d’existence qu’il ambitionne déjà de dépasser le PS aux élections européennes du 25 mai prochain. Pierre Larrouturou, son économiste de président, était mardi en meeting à Villeurbanne. Nous y étions.

Nouvelle-Donne-Drome

Armelle et Christian Meunier et un de leur collègue du groupe local Nouvelle Donne Drôme-Ardèche. Crédit : Rue89Lyon

« Nous avons plus d’adhérents qu’Europe-Ecologie Les Verts »

Ce mardi soir, ils sont 300, dans une salle du centre culturel de Villeurbanne remplie au deux-tiers. Les responsables de Nouvelle Donne assure que dans les autres villes, il y a encore plus de monde, qu’ils étaient par exemple 500 à Besançon et qu’ils ont même dû « ouvrir une autre salle ».

Car il ne faudrait pas que ce nouveau parti soit traité au même rang que toutes les petites formations politiques qui profitent des élections européennes pour faire parler d’elles. On pense encore à la candidature de Francis Lalanne comme tête de liste de l’Alliance écologiste indépendante au dernier scrutin de 2009.

Si les journalistes ont la tentation de passer à côté de Nouvelle Donne, les chiffres sont immédiatement dégainés pour tordre le cou à cette idée.

« Nous avons 7 000 adhérents, annonce le co-président du mouvement Pierre Larrouturou. Plus qu’Europe-Ecologie/Les Verts ».

Localement, ils seraient 253 dans le Rhône et une centaine en Drôme-Ardèche. Les profils socio-économiques et l’âge présenteraient une grande diversité. En tout cas, ce mardi soir dans l’assistance, on aperçoit surtout des cheveux blancs, pour les deux tiers de l’assistance.

Des nouveaux venus en politique

Surtout ce sont, pour la moitié des militants, une première adhésion à un parti politique. Armelle et Christian Meunier sont de ceux-là. Ils ont respectivement 51 et 62 ans et viennent de Die, dans la Drôme. Lui est ostéopathe, elle professeur. Comme de nombreux militants de Nouvelle Donne, ils ont basculé dans le parti après s’être intéressé au collectif « Roosevelt 2012 ».

Ce collectif, qui compte parmi ses fondateurs des noms prestigieux comme Stéphane Hessel et Edgar Morin, a été lancé par Pierre Larrouturou pour défendre les 15 propositions qui ont pour objectif « d’éviter un effondrement de l’économie », d' »élaborer une nouvelle société », de « lutter contre le chômage endémique » et de « créer une Europe démocratique ». Rien de moins.

Ces deux drômois, de gauche, raconte qu’avec « l’urgence sociale et environnementale, ils ne pouvaient plus rester sans rien faire » :

« Le collectif Roosevelt nous a apporté une vision globale des choses. On ne se bat pas contre mais pour un projet. C’est une autre façon d’agir. »

Alors quand du collectif est né le parti (Nouvelle Donne est une traduction de New Deal), de nombreux citoyens signataires des 15 propositions ont franchi le pas, comme Armelle et Christian.

 

Sous le patronage de feu Stéphane Hessel

L’auteur d' »Indignez-vous » est partout. Il est à la une du tract recto-verso mis en page comme un journal. C’est pour le moment quasiment l’unique document de campagne.

L’utilisation de la figure tutélaire de Stéphane Hessel décédé huit mois avant la création du parti politique en novembre dernier, est due à la présence dans ses rangs de sa veuve et de ses trois enfants. Alors, pour battre le rappel de la campagne, le responsable du comité du Rhône (un ancien vétérinaire) conclut :

« Comme nous le demande Stéphane Hessel, indignez vous et engagez-vous ».

Le parti s’appuie également sur des personnalités médiatiques comme l’humoriste Bruno Gaccio, l’acteur Sam Karmann ou le médecin urgentiste Patrick Pelloux. Mais la cheville-ouvrière, tête-pensante et leader reste Pierre Larrouturou. Après plusieurs allers-retours au PS en passant par Europe-Ecologie, il a fini par lancer son propre mouvement politique.

Sa stratégie étant de transformer le collectif Roosevelt avec ses idées, ses signataires et ses collectifs locaux en parti politique.

Déjà deux députées écolos débauchées

L’aventure intéresse même des parlementaires, surtout écologistes :

  • La co-présidente est la députée du Calvados Isabelle Attard. Elue EELV, elle a quitté ce parti mais siège toujours au groupe écolo comme apparentée.
  • Malika Benarab-Attou, députée européenne de la circonscription sud-est a quitté EELV en février dernier en dénonçant « le tournant libéral » du gouvernement auquel participait les écologistes. Elle siège également au groupement écologiste du Parlement européen.
Malika Benarab-Nouvelle-Donne

Le local de Malika Benarab-Attou à Lyon 7e, ex-députée européenne EELV partie pour Nouvelle Donne en février. Elle n’a pas encore changé sa vitrine et la documentation. Crédit : Rue89Lyon

Pierre Larrouturou assure que « huit députés » de l’actuelle majorité l’ont appelé pour savoir ce qu’il fallait penser du changement de gouvernement.

« Je leur ai dit que je ne voterai pas la confiance à Manuel Valls ».

Il se prend à rêver à d’autres défections qui viendraient rejoindre ses rangs :

« Avec 15 députés, on serait dans une situation charnière ».

Et il ajoute :

« Des gens nous disent que le 26 mai, au lendemain des européennes, ils font péter EELV. D’autres en on marre du PC et de Mélenchon. On sera la force de recomposition de la gauche ».

 

« La nouveauté sera-t-elle le score du FN ou notre nombre de voix ? »

Depuis le débat sur les 35 heures, Pierre Larrouturou publie livres et tribunes pour défendre sa principale idée, la semaine de 32 heures. Car, explique-t-il, on ne retrouvera plus des niveaux de croissance importants alors que la productivité augmente. Il faut donc partager le travail.

Mais c’est avec la crise des subprimes que ses thèses sont revenues sur le devant de la scène. Celui qui se présente comme économiste a promu ses idées jusqu’à l’Elysée depuis que François Hollande en est le locataire.

Alors, quand il déroule son exposé avec force graphiques et statistiques, il raconte que les conseillers du président de la République ont été séduits :

« On m’a demandé des notes et encore des notes. Mais rien n’a bougé ».

C’est devant l’inaction du gouvernement « sous l’influence des lobbies des banques », qu’il a décidé de franchir le pas et de lancer Nouvelle Donne.

« François Hollande ne connaît que le rapport de force. Il faut obtenir des députés européens pour faire changer la politique en France comme en Europe ».

Pierre Larrouturou sait être convaincant. Le meeting tient plus du cours d’économie que du discours destiné à emporter les foules. Pas d’applaudissements, ni de sifflets.

Comme il dit, son mouvement veut s’adresser à « l’intelligence » du peuple qui doit « se réveiller » :

« Quelques mois avant la chute du mur de Berlin, on nous expliquait qu’il était encore là pour 50 ans. L’espoir est permis. Mais est-ce l’intelligence ou le cerveau reptilien qui va l’emporter ? En d’autres termes, le soir du 25 mai, est-ce que la seule nouveauté sera le score du FN ou notre nombre de voix ? »

Pierre Larrouturou president de Nouvelle Donne

Pierre Larrouturou, le co-président de Nouvelle Donne, en meeting à Villeurbanne. Crédit : Rue89Lyon

« Marre d’entendre qu’il faut tout négocier à Bruxelles »

« Reprendre la main », « rien n’est impossible » sont autant de slogans qui reviennent dans la bouche des intervenants. Il y a un air d’altermondialisme du temps d’Attac ou de la campagne sur la constitution européenne de 2005.

Les simples curieux sont d’ailleurs séduits par les solutions avancées à la crise qui se situent, pour reprendre les termes de Larrouturou, entre « la rustine » et « la table renversée », autrement dit entre le PS et le Front de gauche.

A 40 ans, Sylvain a voté écolo au premier tour des municipales à Lyon puis PS (Gérard Collomb). Ingénieur, il trouve les solutions « plutôt réalistes et pragmatiques », comme l’idée d’utiliser le fonds de réserve des retraites pour financer des logements plutôt que de le placer sur les marchés financiers ou d’en finir avec le secret bancaire comme le fait Obama aux Etats-Unis.

Cet électeur écolo « ne veut plus voter EELV » :

« On a l’impression que les écologistes ont passé deux ans au gouvernement à s’accrocher au pouvoir ».

Comme Sylvain, Marie-France, 71 ans, une ancienne militante du MLF, a eu plaisir à entendre qu’il y avait des choses qu’on pouvait mettre en place « rapidement et en France » :

« On en a marre d’entendre que ce n’est pas possible et qu’il faut tout négocier à Bruxelles ».


A lire : l’entretien de Pierre Larrouturou sur Rue89

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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