Politique 

Législatives : comment la droite lyonnaise veut gagner sans leader

Les conférences de presse se sont enchaînées chez les politiques lyonnais de droite, après l’échec de leur candidat. Pour l’élection législative, le mouvement de Denis Broliquier (maire du 2e), Lyon divers droite, joue la discorde en présentant des candidats dans cinq circonscriptions. La fédération UMP du Rhône fait mine de l’ignorer et veut présenter 14 candidats « unis » tandis que, depuis le 6 mai, la figure de Nicolas Sarkozy a totalement disparu des radars.


Crédit photo : JEGAT MAXIME / Le Progrès / Maxppp

 

Bye bye Sarkozy, bonjour l’UMP

« Les électeurs n’ont pas voulu voter pour Sarkozy, mais ils voteront pour l’UMP ». C’est ce qu’espère la plupart des candidats UMP aux législatives dans le Rhône, qui se sont présentés vendredi dernier joliment alignés, « unis ». Pas question de tirer la tronche au lendemain de l’élection de François Hollande, il s’agit de repartir en campagne. Le président de la fédération et candidat à sa réélection sur la 5è circonscription, Philippe Cochet, a voulu le dire aux journalistes, quasiment sur le ton de la réprimande :

« Vous prédisiez l’explosion du parti au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy, eh bien désolé de vous décevoir, il n’en est rien. La maison est unie. On ne va pas s’excuser de faire campagne, et en plus, à mort. »

Même si certains des candidats sont moins remontés contre la presse, l’UMP local va devoir sur le terrain reparler du programme, sans la figure tutélaire de Nicolas Sarkozy. Ce qui ne semble pas l’embarrasser. Au contraire. Sans le formuler clairement, les candidats UMP ont concédé que le résultat du 6 mai était tiré d’un vote anti-sarkoziste et que, par conséquent, rien n’était perdu pour eux, à titre plus personnel, d’autant que le Rhône a voté en majorité pour l’ex-président.
Michel Havard, député UMP sortant de la 1e circonscription, résume ainsi l’idée :

« L’élection présidentielle se fait sur la personne. L’élection législative se fait sur le programme. »

Et à ce jeu, l’UMP est certain d’être meilleur, en proposant la cohabitation et, pour le slogan, « Berlin plutôt qu’Athènes ». Autre objectif : convaincre les électeurs qu’il serait irresponsable voire « anti-républicain » de donner tous les pouvoirs à cette « gauche qui a déjà le Sénat, les régions, les grandes villes ».

 

Une mairie à Lyon en 2014…

Si l’idée est donc d’apparaître unis, les voix discordantes n’ont pas tardé à se faire entendre, notamment dans le 2e arrondissement de Lyon. Son maire, Denis Broliquier a décidé de présenter quatre candidats sur les quatre circonscriptions de Lyon sous les couleurs de Lyon divers droite, et un autre sur la 5è circonscription  (dont le député sortant est notablement le chef de file de l’UMP du Rhône), sous la bannière inventée pour l’occasion, « Rhône divers droite ». D’autres candidats pourraient être présentés dans les neuf circos restantes.

Cette semaine post-élection a donc été l’occasion de mettre un petit coup de pied dans la fourmilière, le programme de Lyon et Rhône divers droite n’étant dévoilé que « plus tard ». Le rendez-vous est pris ce début de semaine, pour la comparaison avec celui de l’UMP. Denis Broliquier estime que des mouvements similaires au sien existent un peu partout en France et laisse penser qu’un parti pourrait même naître, dans le but de « reconstruire la droite » :

« C’est comme si l’UMP avait mis un couvercle sur la droite en France depuis dix ans. »

Cette initiative, la fédération UMP du Rhône la qualifie de « clapotis », motivé uniquement par des « questions d’ambition personnelle et financières ». Sur le premier point, Denis Broliquier pourrait presque être d’accord, car il ne se cache pas de ce que ces élections législatives soient en réalité un tour de chauffe. Pour lui, la « reconstruction de la droite, ça va prendre des années » et elle doit se faire sur plusieurs échéances électorales, celle de 2014 et des municipales l’intéressant particulièrement.

Pour Thierry Mouillac, candidat Lyon divers droite sur la 4è circonscription, l’UMP du Rhône serait ainsi bien peu capable de fomenter la chute du maire socialiste Gérard Collomb parce qu’inaudible dans le jeu politique :

« Vous savez, vous, qui est le chef de l’UMP ici ? Non, parce qu’il n’y en a pas. C’est selon les sujets, pour le Grand Stade c’est un tel, pour les affaires municipales, c’est un tel. Il n’y a personne. »

L’occasion est trop bonne, Denis Broliquier ne va pas la manquer pour reprocher à Michel Havard, député mais aussi conseiller municipal, de ne pas jouer son rôle d’opposant à Gérard Collomb, le prenant volontiers lui-même en conseil municipal.

Pour l’heure, le principal concerné, certain de rester l’adversaire désigné de la droite jusqu’au match municipal de 2014, est en mode doux :

« Je ne veux pas être l’opposant de Collomb, mais une alternative à Collomb », récite Michel Havard.

Au lendemain des élections législatives « et de vacances bien méritées », là, dès septembre prochain, ce sera la guerre, « la vraie », promet-il.

 

Diversité de la droite et syphon à FN

Qui sera le plus fédérateur ? L’UMP comme Lyon (ou Rhône) divers droite s’attribuent la représentation à la fois la plus exacte et la plus large de la « diversité de la droite ». Tous semblent vouloir prendre le contre-pied de la posture adoptée de longue date par Nicolas Sarkozy et considérée aujourd’hui comme l’une des raisons de son échec : avoir fait le vide autour de lui afin d’être le candidat unique de la droite.

Denis Broliquier le premier. Le maire du très cossu arrondissement du 2e à Lyon est encore qualifié de milloniste, une étiquette spécifiquement lyonnaise aujourd’hui obsolète qui rappelle que, avant de démissionner, Charles Millon (ex-UDF) avait été élu à la tête de la région Rhône-Alpes avec les voix du FN.
Interrogé sur sa position concernant le parti de Marine Le Pen, Denis Broliquier botte en touche. Arguant que la question ne devrait pas se poser pour les circonscriptions composées d’arrondissements lyonnais, là où les scores de Marine Le Pen n’ont pas dépassé les 10%. Le maire du 2e aimerait évincer la question de l’extrême-droite :

« Nous, on est pragmatiques, on est sur le terrain. Je n’ai pas envie de parler du FN, j’ai envie de leur prendre un maximum de voix. »

Sa suppléante, Christelle Madeleine, jeune candidate qui s’était déjà frotté au scrutin à la Croix-Rousse à l’occasion des cantonales de 2011, prévient elle aussi les journalistes :

« Je sais que vous adorez me parler de Charles Millon, mais je vous le dis tout de suite, ça ne m’intéresse pas : Millon je ne le connais pas. »

Interrogé en solo, Thierry Mouillac, candidat Lyon divers droite sur la 4e circonscription, ne tergiverse pas pour sa part :

« Pour moi c’est clair, le FN c’est non. »

Il prend les mêmes distances lorsqu’il évoque l’aile droite de l’UMP, représentée notamment par le député sortant et candidat à sa réélection sur la 13e circonscription, Philippe Meunier, Droite populaire :

« Il m’angoisse. »

Le FN, qui a augmenté son score dans le Rhône, devrait pour sa part présenter des candidats dans chacune des circonscriptions du département. L’UMP pourrait aussi jongler avec des dissidences, et compter des centristes sur son chemin qui n’aideront pas à nourrir l’image de l’union.

Tandis qu’elles se disputent l’apanage de la diversité, les différentes formations de droite à Lyon vont ainsi aborder la campagne des législatives sans leadership ou porte-voix désigné, et avec des querelles locales qui risquent de brouiller un peu plus les cartes.

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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