Société 

Les apiculteurs ne veulent plus butiner Monsanto

actualisé le 03/02/2016 à 22h31

En à peine deux mois, la firme américaine d’OGM Monsanto fait l’actualité pour la deuxième fois. Après le procès intenté à son encontre par Paul François, un paysan charentais, environ 200 agriculteurs rhônalpins ont manifesté ce vendredi matin à Bron devant le siège français de la multinationale.

Il est dix heures tapantes quand une cinquantaine d’agriculteurs arrive devant le 1, rue Monod. En une quinzaine de minutes, ruches, pollen, enfumoirs et pancartes anti-OGM envahissent l’entrée vide du siège français de l’industriel américain Monsanto. Aucun représentant de la marque ne se montrera durant la mâtinée et son service de presse, après nous avoir assuré de nous rappeler, ne donnera plus signe de vie. 10h21, les percussions retentissent et les premiers discours commencent. Entre temps, l’assistance a quintuplé. Premier à prendre la parole, Jean-Luc Juthier, de la Confédération paysanne de la Loire, dénonce les « effets d’annonce du gouvernement » concernant un moratoire sur le MON810 (interview à écouter sur le site de Free-Landz)

 

Le MON810 est un maïs transgénique fabriqué par Monsanto. En 2007, le Ministère de l’Agriculture en interdit par arrêté sa commercialisation et son utilisation, avant de prendre, l’année d’après, une clause de sauvegarde. Le 28 novembre 2011, le Conseil d’État annule ces deux mesures, se rangeant ainsi derrière l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour qui l’interdiction d’un OGM ne peut être décidée par un État que s’il « [présente] un risque important mettant en péril […] la santé humaine, la santé animale ou l’environnement » et à condition qu’il existe une urgence manifeste à agir. « Le 6 septembre, la CJUE a dit que tout miel contenant du Monsanto 810 n’était pas commercialisable », complète Jean-Marie Sirvins, apiculteur du Puy-de-Dôme et vice-président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). « Nous, en France, on n’a pas d’OGM mais, en Espagne, les apiculteurs rencontrent des problèmes pour vendre leur production. […] Le gouvernement dit qu’il faut un nouveau moratoire sur le MON810, mais il fait tout pour ne pas le prendre avant l’élection ! »

Déjà échaudés par l’insecticide Cruiser (1), les apiculteurs craignent ainsi que l’autorisation du MON810, en dehors des risques écologiques, environnementaux et d’un « brevetage du vivant », ne les empêche de vendre et d’exporter leur miel. Pour l’heure, seule l’interdiction de la culture de ce maïs a été renouvelée pour 2012 par les Ministres français de l’Ecologie et de l’Agriculture, mais pas sa commercialisation.

Pour Alain Chabrolle, vice-président du Conseil régional en charge de la santé et de l’environnement, « Monsanto est dans tous les mauvais coups de la santé et de l’environnement. D’ailleurs, un projet européen sur les abeilles sauvages est actuellement expérimenté sur le Grand Lyon et Lyon [notamment au Parc de la Tête d’Or, NDLR] et on se rend compte que, aujourd’hui, le meilleur habitat pour elles se situe dans les villes ! » D’un budget de deux millions d’euros, « Urbanbees », c’est son nom, est expérimenté dans dix communes de la région lyonnaise jusqu’en 2014.

11h30, les prises de paroles terminées, une pétition circule. Place maintenant au pique-nique, avant le départ.

 

Texte et photos : Loïc Blache

 

 


(1) « Le gouvernement a autorisé le Cruiser en 2008, 2009 et 2010. Toutes ces décisions ont été cassées par la justice », explique Olivier Belval, le président de l’UNAF. « En 2011, il a de nouveau autorisé illégalement ce produit par tacite reconduction, terme qui n’existe pas en droit français. Semé sur 600.000 hectares en France, ce produit intègre les plantes et les fait transpirer. En butinant le pollen, les abeilles absorbent ces gouttelettes, qui possèdent chacune une dose de Cruiser 1.000 fois supérieure à la dose létale pour les abeilles. »

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