Politique 

Emprunts toxiques : Michel Mercier jette un écran de fumée

Diversion / Michel Mercier n’a pas apprécié la salve d’articles parus sur les risques probables de surcoût encouru par le département du Rhône, suite aux emprunts toxiques qu’il a contractés chez la tristement célèbre Dexia. Le président du conseil général et ministre de la Justice avait promis de présenter aujourd’hui une convention de négociations avec la banque, mais il n’en a rien fait. Son rapporteur du budget s’était déjà chargé de flanquer une rouste aux journalistes jeudi dernier.

C’est un Max Vincent énervé qui a mené la conférence de presse de jeudi sur le budget 2012 du Rhône.

« Vous écrivez tout ce qu’on vous raconte, alors que ce sont des inepties et des mensonges ».

Le rapporteur du budget de Michel Mercier s’est agacé des questions posées par les journalistes sur des emprunts principalement contractés entre 2006 et 2008, portant sur une somme de 400 millions d’euros, et dont le surcoût des intérêts pourrait aussi atteindre ce chiffre.

 

Dexia la naïve ?

L’opposition, jusque là silencieuse au sein de cet hémicycle particulièrement consensuel, avait en effet sorti le bazooka il y quelques semaines, présentant un rapport détaillé sur la dette connue et contractée par le conseil général, auprès de Dexia, banque aujourd’hui dissoute. Tous fonctionnent sur des formules surréalistes. Les intérêts à rembourser sont variables, et ils évoluent en fonction du cours de change de différentes monnaies : le taux de change du dollar américain par rapport au yen japonais ; ou encore de l’euro par rapport au franc suisse ; et encore mieux, des deux combinés.

« Il n’y a pas de surcoût aujourd’hui! », a rappelé Denis Longin, porte-parole de Michel Mercier au Département. En effet, les comptes de la collectivité présentés semblent sains, mais la toxicité des formules ne devrait prendre effet que dans quelques temps, pour une grande dégringolade…

Si le conseil général s’est fourvoyé en contractant ces cinq emprunts, il ne semble pas en vouloir plus que ça à son créancier. Max Vincent, de façon tout à fait étonnante, a plutôt plaidé en sa faveur :

« Dexia elle-même ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait ».

Pourtant, une note interne a été révélée par la presse en novembre dernier, dans laquelle Dexia se félicite de la rentabilité à venir des produits structurés (autrement appelés toxiques).

Le rapporteur du budget au conseil général a toutefois concédé :

« Il y a eu un défaut de conseil de la part de Dexia. Michel Mercier a bien dit qu’il se réservait le droit d’attaquer en justice ».

 

« Il nous enfume »

Selon Max Vincent et Denis Longin, il n’y a pas de quoi affoler la ménagère, ni qui que ce soit d’autre, car le Département a les reins solides. Il pourrait faire face à ce type de remboursements. « Mais Crésus doit-il jeter l’argent par les fenêtres, justement parce qu’il est Crésus ? », demande une conseillère générale, inquiète de ce que le Crésus en question possède un portefeuille d’argent public.

Et surtout, s’il n’y avait pas péril en la demeure, Michel Mercier s’escrimerait-il à renégocier ces emprunts ? Le président du Rhône s’était engagé à présenter au cours de la séance publique de ce 19 décembre une « convention avec Dexia », sur laquelle il serait en train de travailler. Objectif visé : caper le taux d’intérêt des emprunts à 5%, alors qu’aujourd’hui, il peut grimper au-dessus de 40 %, selon les variations de taux de change.

Mais ce matin, pas un mot sur ces renégociations. Un collaborateur d’élu s’est énervé tandis que les minutes défilaient :

« Il nous enfume avec une toute autre histoire, celle de la lettre du préfet qui demande au Département de sortir du Sytral, ça prend des heures alors que ce dossier n’a aucun caractère urgent. Il réussit son coup : mettre sur le devant de la scène un tout autre dossier, tombé à point ce vendredi, juste avant la réunion publique de lundi. »

De quoi satisfaire, ou pas, les journalistes venus en quantité inhabituelle à cette séance publique, pour entendre Michel Mercier expliquer l’état de ses relations avec ses créanciers. L’opposition ne veut pas lâcher l’affaire et compte envoyer un courrier au président, demandant la mise en place d’une commission dédiée à la dette, et à ces emprunts toxiques.

 

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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