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Jean-Michel Aulas (enfin) face à la presse : un énième rendez-vous manqué

Le candidat Cœur lyonnais s’est plié à un laborieux mais attendu rendez-vous avec les journalistes, mercredi 11 mars. Jean-Michel Aulas a joué le jeu pendant une heure trente, mais a peiné à éclaircir son projet pour Lyon, quitte à nourrir une frustrante incompréhension avec la presse.

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Jean-Michel Aulas (enfin) face à la presse : un énième rendez-vous manqué
Jean-Michel Aulas face à la presse, le 11 mars.

Entouré de sa garde rapprochée, ses principaux conseillers politiques et son équipe de communication, Jean-Michel Aulas est arrivé détendu (mais pas seul) à son rendez-vous avec les journalistes lyonnais, au club de la presse (Lyon 1ᵉʳ). Face à lui, ce mercredi 11 mars, une cinquantaine de confrères (dont Rue89Lyon), pour la plupart régulièrement éconduits, étaient impatients de questionner « JMA » sur son projet pour Lyon.

Leurs espoirs ont rapidement été douchés. Dans une série de réponses alambiquées et souvent peu lisibles, Jean-Michel Aulas a schématiquement répondu « faites-nous confiance », peinant à répondre véritablement aux questions posées. Il a néanmoins promis de la transparence et assuré qu’il resterait maire de Lyon durant la totalité du mandat, en réponse à ceux qui lui reprochent d’être le cheval de Troie de la droite pour reprendre Lyon.

Aulas et son rapport aux journalistes

« Je rêve de vous rencontrer », a d’emblée annoncé un Jean-Michel Aulas tout sourire, en rappelant qu’il était « fils de journaliste » (en réalité, son père était professeur et écrivait comme correspondant pour le Progrès). Pour justifier son absence à de nombreux débats et le tri des journalistes, que le club de la presse de Lyon avait dénoncé, il s’est défaussé sur son agence de com’, « 2017 » : « Je fais confiance à des spécialistes. »

Plus tard, après avoir à plusieurs reprises fait comprendre à nos confrères qu’ils avaient mal compris ses propositions ou ses propos, il a tancé Olivier Razemon, journaliste et auteur spécialiste des questions de mobilité, qui le questionnait sur la place de la voiture en centre-ville. « Vous avez mal lu notre programme […] Laissez-moi imaginer que vous réfléchissez un petit peu plus que ce que vous venez de dire », a balayé « JMA ». « On n’a pas dit qu’on allait faire revenir la voiture dans le centre-ville […], on va débloquer un certain nombre de points qui posent problèmes ».

Exemple cité : la rue Grenette, et sa perpendiculaire : « On va faire en sorte qu’il n’y ait pas de trottinettes et de vélos rue de la République. »

Le cabinet du maire

Là encore, les journalistes ont mal compris. Alors qu’il avait évoqué la fin du cabinet du maire, Jean-Michel Aulas a précisé sa pensée. Il mettra fin au cabinet « politique », alors que la mairie de Lyon est visée par une enquête sur le rôle réel des fameux « chargés de mission ».

« Je veux, au cabinet du maire, des gens qui, comme dans les entreprises, connaissent les sujets. J’ai toujours été entouré de gens beaucoup plus intelligents que moi dans chaque domaine. Il n’y aura pas de cabinet politique, il y aura un cabinet de spécialistes, des « business units », comme on dit dans le monde entrepreneurial. »

Jean-Michel Aulas a également déclaré vouloir donner plus de pouvoir aux maires d’arrondissement, sans préciser sa méthode.

Sa place dans l’opposition

Fin février, Jean-Michel Aulas a répondu à une interview « carte en main » de BFMTV. Quand la journaliste lui demande s’il resterait dans l’opposition en cas d’échec aux scrutins, Jean-Michel Aulas est (pour une fois) très clair. « Pas du tout. »

Pourtant, quand un journaliste lui rappelle ce fait, il balaye: « Non je n’ai pas dit ça. Je me suis posé la question, je n’ai pas définitivement pris cette décision. » Étonnement dans la salle. Acculé, « JMA » finit par lâcher : « Si ça vous fait plaisir que je vous le dise aujourd’hui, je complète ma réponse : évidemment que je serai présent. »

La journaliste en question était elle aussi très surprise. « C’était un format sans énormément de montage et c’est vraiment clair dans la vidéo, j’ai les rushs sur mon téléphone s’il veut », rit-elle à la fin de la rencontre.

La note de Véolia

Selon nos confrères de l’Arrière-Cour, une note du géant de l’assainissement Véolia, favorable à la privatisation de la gestion de l’eau, a circulé parmi les équipes de Cœur lyonnais. En toile de fond, le risque du retour de la distribution de l’eau à Lyon dans le giron du privé en cas de victoire de la droite et du centre à la Métropole.

Visiblement pas intéressé, « JMA » a refilé la patate chaude à Emmanuel Imberton, fidèle parmi les fidèles de l’ancien boss de l’Olympique lyonnais. « Cette note de Véolia, à la direction de campagne, on ne la connaît pas. Pour nous, elle n’existe pas. »

Relancé, l’ancien président de la chambre de commerce et d’industrie a précisé que le retour au privé n’était pas certain. « Véronique (Sarselli) n’a pas d’apriori, ni de dogmatisme, on aura un audit de ce qui a été fait et on prendra ensuite la meilleure décision. On ne s’interdit rien. »

Les partenariats public-privé et les grands projets

Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli l’affirment, « tout leur programme est finançable ». Soit. Pour le méga-tunnel de Fourvière, ce sera un financement public-privé, avec une mise en concession du tronçon souterrain sous Lyon, en espérant une aide hypothétique de l’État et de l’Europe. Oui mais, les fameux « PPP », ça peut (aussi) servir les intérêts de géants du BTP, avec qui Aulas a annoncé avoir déjà discuté.

Questionné par nos soins sur l’exemple du périph’ nord (avec son lot de polémiques) et le risque de stratégie de contournement avec un tunnel payant, Jean-Michel Aulas nous a répondu « pas du tout », « mais qu’il était prêt à en débattre ». Il a ensuite envoyé Éric Lafond, membre du cabinet stratégique, répondre à sa place. Ce dernier ne s’est pas étendu sur les partenariats public-privé et sur le financement des grands projets.

Le Grand stade

Relancé sur l’argent public déversé en marge de la construction du Grand stade, Jean-Michel Aulas s’est montré incisif. « C’est faux, je ne peux pas vous laisser dire ça. C’est de la contre-information », a-t-il lancé à un confrère. « Vous avez une ligne de tramway (le T3, ndlr) qui est utilisée par des millions de voyageurs. Ça a été fait par rapport au développement de la démographie de l’ouest lyonnais », prétend JMA.

Pourtant, les quelques 250 millions d’euros d’argent public ont bien été déversés pour les aménagements routiers et les infrastructures de transport entièrement dédiées au Grand stade, comme Rue89Lyon le révélait dans son bilan sur les 10 ans du Groupama.

Et la ligne de tram comprise dans le décompte n’est pas le T3, mais l’actuel T7 et les aménagements à la Soie dédiés aux navettes pour le Grand stade. « Sans argent public, son stade se serait retrouvé dans la pampa », avait grincé le candidat Georges Képénékian auprès de Rue89Lyon dans notre newsletter Mairie à tout prix.

Les conflits d’intérêts

Questionné sur une tribune de l’ancien président de la Métropole, David Kimelfeld, sur son côté « maire pro-business » et les risques multiples de conflits d’intérêts, Jean-Michel Aulas a botté en touche.

« C’est un peu limite de penser que je serai là pour défendre les intérêts des autres. Je ne sais pas pourquoi David Kimelfeld a dit ça, même si j’ai ma petite idée. Il n’y a aucun accord de ce type-là, il n’a jamais été envisagé. Mon seul objectif, c’est de faire en sorte de rendre plus heureux qu’aujourd’hui les Lyonnaises et les Lyonnais, parce qu’ils sont vraiment malheureux. »

Plus tard, il est revenu sur ses potentiels conflits d’intérêt, dans une réponse tout autant nébuleuse que les précédentes. « Aujourd’hui, on dénonce des conflits d’intérêt… Mais il y en a d’autres ! Si on en dénonce un certain nombre, potentiels, il faut aussi dénoncer les conflits d’intérêt réels pour être objectifs ! » Si Jean-Michel Aulas n’a pas précisé qui il visait avec cette attaque, c’est bien Bruno Bernard qui semble avoir chauffé les oreilles de l’ancien boss de l’OL. Ce dernier avait été accusé d’avoir placé son oncle à la tête du bailleur social Grand Lyon Habitat.

Aulas, la marionnette de Wauquiez ?

Pierre Oliver nous l’affirmait en début de campagne : Laurent Wauquiez a été le parrain de l’union entre Jean-Michel Aulas et la droite lyonnaise. L’ancien patron de l’OL le leur a bien rendu. 55% des postes à la Métropole, et une campagne qui penche bien à droite.

Pourtant, JMA l’assure, il gardera les coudées franches. « Je ne suis pas l’agent de monsieur Wauquiez ou d’autres. Sept partis nous ont rejoints. Qu’il y ait eu une première position de Wauquiez, why not, mais il y en a eu tellement d’autres après. S’ils avaient eu l’idée, à l’origine, qu’ils pouvaient me manipuler, je peux vous assurer qu’aujourd’hui, ils ont changé d’avis. »

Véronique Sarselli

La candidate (LR) pour la Métropole de Lyon est assez largement absente de la communication de campagne de Grand cœur lyonnais, le mouvement qu’elle a initié avec Jean-Michel Aulas. Pire, la maire de Sainte-Foy-lès-Lyon, dont la candidature avait été critiquée dans son propre camp, est absente de certaines affiches de campagne. Pour l’ancien patron de l’OL, il s’agit de « probables erreurs de présentation ». L’intéressée appréciera.

La société civile

En plus de ne pas comprendre le projet et les explications de Jean-Michel Aulas, les journalistes auraient-ils des problèmes avec les maths ? Cœur lyonnais l’affirme : 50% de ses listes sont issues de la « société civile ». En s’y penchant de plus près, certaines listes métropolitaines sont majoritairement politiques, issues de la droite et du centre droit.

Mais pour « JMA » et ses équipes, ce sont les journalistes qui comptent mal. « Je ne sais pas comment vous convaincre du contraire », a soupiré Jean-Michel Aulas, renvoyant la balle à Laure Cédat, 2ᵉ de la liste, qui a effectué le décompte.

« Je trouve qu’on calcule mal », a-t-elle commencé, assurant que sur l’ensemble des listes, les 50% étaient bien atteints, « peut-être pas comme vous l’envisagez », s’est-elle fendue. Mais ces personnalités sont-elles en position éligible sur ces listes ? Oui pour Laure Cédat, qui s’est appuyée sur l’exemple de Charles-Franck Lévy, 3ᵉ de la liste municipale… mais actuellement conseiller municipal dans le 8ᵉ arrondissement.

« On a essayé de caricaturer la chose, d’utiliser un biais pour nous dire qu’on est de droite, voire d’extrême droite. Pas du tout. Si vous dites à Charles-Franck Lévy qu’il est de droite, il aura un problème viscéral », a argué Laure Cédat qui a elle-même soutenu « n’avoir jamais voté à droite ». Comme quoi les étiquettes, ça va, ça vient.

Quentin Deranque

Membre de Cœur lyonnais, la macroniste Sarah Peillon a été questionnée sur la volonté de Jean-Michel Aulas d’afficher le portrait du militant néofasciste, décédé en février, sur l’hôtel de ville de Lyon. « Si j’avais été candidate, je ne l’aurais pas proposé, a-t-elle débuté, avant de se tourner vers JMA et d’affirmer : « C’est le chef, il tranche. »

Culture : les grands événements made in Aulas à Lyon

Lors de son meeting, mardi 10 mars, Jean-Michel Aulas a affirmé sa volonté de faire de la culture une de ses priorités. S’il a assuré vouloir sanctuariser le budget, il n’a précisé aucune mesure concrète. Sans doute un oubli. On s’est donc permis de lui reposer la question en dehors des grands évènements, comme la fête des Lumières ou le retour du Tour de France : Cœur lyonnais s’est-il penché sur une politique culturelle ? Avec quelles mesures et quel budget ?

Pour répondre, « JMA » s’est tournée vers… Laure Cédat. Mais sa réponse ne nous a toujours pas apporté de mesure concrète. La colistière a surtout insisté sur l’attention particulière qui serait donnée aux artistes. Comment les soutenir ? « On fera en sorte d’améliorer les circuits de diffusion, notamment pour les artistes locaux, » a-t-elle tenté d’expliciter.

Autre chose ? Laure Cédat a parlé d’opérer un « maillage du territoire », « d’ouvrir les institutions pour créer de la porosité entre les artistes du territoire et nos grandes institutions, on a besoin que tout fonctionne ensemble. » Pour ce faire, la deuxième de liste l’a promis : « On actionnera tous les leviers. » Mais lesquels ?


#Jean-Michel Aulas

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