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Piqûres à Lyon : état des lieux d’un phénomène anxiogène
Société 

Piqûres à Lyon : état des lieux d’un phénomène anxiogène

par Marie Allenou.
Publié le 1 juillet 2022.
Imprimé le 17 août 2022 à 18:51
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Depuis début avril 2022, on compte plusieurs dizaines de personnes se déclarant victimes de piqûres intempestives à Lyon, données dans un cadre festif mais aussi dans les transports. Le phénomène, qui touche des hommes et des femmes, inquiète. Aucun élément si ce ne sont les traces corporelles de piqûres ne permet d’expliquer leurs origines. Rue89Lyon fait le tour de ce que l’on sait de ces piqûres à l’heure actuelle.

« Victime de piqûre dans la nuit du 11 au 12 juin ! Partagez un maximum 💉 ». Sur son compte Tiktok, Élise témoigne dans plusieurs courtes vidéos, photos à l’appui. Elle affirme avoir été piquée derrière la jambe lors d’une soirée en boîte de nuit, au Loftclub à Lyon, en juin dernier.

Comme elle, sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter et Tiktok, des témoignages émergent depuis avril 2022, souvent vite repris par différents médias lyonnais. Des hommes et des femmes disent avoir subi des « piqûres sauvages » à Lyon.

Certain·es – mais pas toutes – décrivent des symptômes divers et variés allant du mal de crâne aux vertiges, en passant par des blackouts. D’autres expliquent s’être rendu compte plus tard qu’un point rouge ou un hématome était présent sur leur corps.

Le premier cas connu à Lyon remonterait au 2 avril, lors d’un concert au Transbordeur (Villeurbanne). Depuis, une quarantaine de plaintes ont été déposées auprès de la police lyonnaise, détaille le parquet de Lyon. Rue89Lyon a répertorié un peu plus d’une vingtaine de cas déclarés via les médias, dont certains ont mené à une plainte. Il peut bien entendu exister d’autres personnes qui ne se sont pas signalées à la police.

Des piqûres mais pas d’interpellations, ni de traces de drogue à Lyon

Le phénomène semble toucher presque indifféremment des hommes et des femmes, surtout dans un contexte festif, dans des boîtes de nuit, des salles de concert ou des bars. Plusieurs témoignages de piqûres dans les transports ont aussi émergé, comme celui de Nils Marzlof, dans plusieurs médias.

Le jeune homme affirme avoir été piqué près du métro aux alentours de la gare Part-Dieu, lors d’une brève altercation avec deux hommes. Il explique ne rien avoir senti sur le moment mais s’être rendu compte le lendemain – photos à l’appui – qu’une trace de piqûre était apparue sur son bras, confirmée par des médecins. Mais ses analyses toxicologiques sont revenues négatives et il n’a ressenti aucun symptôme.

Ce cas illustre bien le flou qui entoure le phénomène des « piqûres sauvages ». Les victimes, leurs témoignages, et des traces physiques de piqûres existent. Mais les éléments d’enquête ne sont pas plus nombreux. Aucune seringue n’a été retrouvée selon nos informations.

Aucun suspect interpellé ni aucune trace toxicologique n’a été retrouvée dans le sang et les urines des personnes piquées, explique le parquet de Lyon.

Au niveau national, à la mi-juin, 800 plaintes avaient été déposées et 1098 victimes identifiées. Quelques personnes ont été interpellées mais les gardes-à-vue ont été levées en l’absence d’éléments à charge. Les victimes recensées n’ont pas fait état d’actes « d’agression sexuelle ou de vol consécutifs à la piqûre », a affirmé la Direction générale de la police nationale à l’AFP.

Piqûres à Lyon : un phénomène difficile à cerner

À partir de là, la question qui se pose est celle du motif ou des motivations des possibles auteurs des piqûres. Une volonté de « soumission chimique » par l’injection de drogue, difficile à prouver en l’absence d’agressions ou de vols ? La volonté de créer une psychose en piquant simplement sans injecter de drogue ni un quelconque produit ?

Les résultats négatifs de toutes les analyses toxicologiques interrogent. Plusieurs hypothèses peuvent l’expliquer. Les analyses doivent être réalisées dans les quelques heures qui suivent l’injection pour pouvoir déceler une trace de drogue, notamment en ce qui concerne le GHB, et peuvent donc être faites trop tardivement. Une autre explication pourrait être que la drogue qui serait injectée n’est pas celle recherchée dans les tests toxicologiques. On peut aussi imaginer que les seringues, ou tout autre objet utilisé pour piquer, ne contiennent pas de drogue.

Dans plusieurs médias, des spécialistes du domaine médical et de la psychologie se sont exprimés, recensés par Arrêt sur images. Ils relevaient notamment la quasi-impossibilité d’injecter du GHB, aussi appelée « drogue du violeur », car cela nécessiterait une grande aiguille et une piqûre d’une quinzaine de secondes, accompagnée de douleurs.

Le cas du VIH et des hépatites B et C

Lors d’une « piqûre sauvage », le risque d’exposition au VIH et aux deux hépatites B et C n’est pas à exclure, car la seringue peut avoir servi à piquer plusieurs personnes. Il semble cependant très peu probable, et compliqué à mettre en œuvre, que des personnes cherchent à injecter volontairement ces maladies.

La Direction générale de la santé recommande « d’aller aux urgences tout de suite pour détecter un Accident d’exposition au sang (AES). Il y a ensuite une prise en charge adaptée et personnalisée, qui peut passer par un traitement post-exposition ». Ce traitement, prescrit par un médecin, doit être pris dans les 48 heures qui suivent l’exposition, puis tous les jours pendant un mois, pour empêcher l’infection.

À Lyon comme ailleurs, des imprudences médiatiques anxiogènes

Dès l’apparition des premiers cas à Lyon, la presse a relayé des témoignages, les traitant comme des faits-divers et sur le ton du sensationnalisme qui va avec. « Un étudiant infecté au VIH après une piqûre sauvage à la gare de Lyon Part-Dieu ? » ou « Les piqûres au GHB, nouveau danger dans les soirées? », ne sont que deux exemples de titres d’articles parus au début du phénomène. Des titres anxiogènes, alors que l’on n’en savait encore pas grand chose.

Mi-mai, coup de tonnerre, France 3 révèle qu’un homme a été arrêté en possession d’une seringue et de GBL (drogue proche du GHB) au Ninkasi Gerland (Lyon 7e). Plusieurs titres de presse locale s’empressent de relayer et de titrer sur la seringue retrouvée. Sauf que la seringue est en réalité une pipette, sans aiguille, et servait à la consommation personnelle de l’homme interpellé. L’information se trouve dans les articles, mais les titres sont trompeurs.

Depuis, les articles sont devenus plus prudents et davantage de précautions sont prises. On parle dorénavant plus volontiers de « suspicions » de piqûres. GHB et VIH ont disparu des titres et les difficultés à identifier le phénomène sont aussi évoquées.

Un protocole en cours d’élaboration pour la prise en charge de futures victimes

Les autorités locales prennent le sujet au sérieux, même si la Direction générale de santé n’a pour l’heure pas mis en place de stratégie nationale. Le parquet de Lyon explique à Rue89Lyon :

« Des instructions [ont été données par le parquet] pour que chacune des plaintes donne lieu à l’ouverture immédiate d’une enquête pénale avec orientation de la victime vers les HCL pour procéder à des analyses toxicologiques ».

Plusieurs acteurs, politiques, sanitaires et du monde de la nuit nous ont affirmé qu’un protocole était en train de se mettre en place pour endiguer au mieux le phénomène, et accompagner les personnes qui signaleraient un cas de piqûre.

La préfecture invite les établissements de nuit et leurs clients à s’en référer à la campagne de prévention lancée en mars 2022, autour du GHB dans les établissements de nuit. De leur côté, les salles de concert affirment avoir renforcé les contrôles à l’entrée de leurs lieux et les dispositifs de prise en charge de potentielles victimes. Difficile de savoir si cela pourra permettre d’endiguer ce phénomène si nébuleux.

Article actualisé le 01/07/2022 à 17h01
L'AUTEUR
Marie Allenou
Journaliste à Rue89Lyon

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