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Pollution aux perfluorés au sud de Lyon : « On fait des efforts de colibri et on s’en prend plein la gueule »
Témoignage 

Pollution aux perfluorés au sud de Lyon : « On fait des efforts de colibri et on s’en prend plein la gueule »

par Pierre Lemerle.
Publié le 20 mai 2022.
Imprimé le 27 juin 2022 à 15:58
2 939 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Xavier habite avec sa compagne, enceinte, et son fils, à Irigny, au sud de Lyon. Depuis six ans, ils vivent à 4 km en aval de l’usine Arkema de Pierre-Bénite. Comme beaucoup, il a découvert que son air et son terrain, situé au sud de Lyon, étaient potentiellement pollués aux perfluorés la semaine dernière. Depuis, il oscille entre la crainte et la colère. Nous avons recueilli son témoignage.

« J’ai appris la nouvelle par ma voisine qui est venue nous voir, un soir, totalement catastrophée. Du coup, j’ai regardé le reportage de Vert de Rage, sur Envoyé Spécial, et, depuis, je me renseigne. Ma première réaction a été de me demander : est-ce qu’on est en sécurité ici ? Est-ce qu’on a bien fait de s’installer sur ce terrain ? Avec ma compagne et mon fils, nous habitons à Irigny, à 4 km de l’usine Arkema de Pierre-Bénite. Ma compagne est enceinte. Or, l’émission montre d’abord qu’il y a une présence de perfluorés dans le lait maternel.

Une telle nouvelle peut remettre en question le projet de vie que nous avons choisi ici, dans cette maison.

Perfluoré : de quoi parle-t-on ?

Les perfluorés (également appelés PFAS) sont une famille de composants chimiques complexes, regroupant 4 730 composés synthétiques. Ils sont utilisés pour leurs propriétés anti-adhésives, anti-tâches, ignifuges, hydrofuges, anti-graisse et se retrouvent dans notre quotidien (cosmétique, poële, etc.). A Pierre-Bénite, leur utilisation remonte à 1960 pour la production d’un thermoplastique similaire au téflon, qui nécessitait l’usage de PFOA, un perfluoré considéré comme cancérigène. Ils font partis de ce qu’on nomme les « polluants éternels ». Depuis l’enquête menée par l’équipe de Vert de Rage, de nouveaux contrôles des eaux ont été annoncés par la préfecture et la Métropole de Lyon. Les résultats devraient être connus prochainement.

Pollution aux perfluorés au sud de Lyon : « J’ai acheté des bouteilles d’eau, la mort dans l’âme »

La première crainte a été pour les gamins. On continue de croire que le lait maternel est « bon » mais on a des doutes maintenant.

Après, nous savions en nous installant qu’il y avait des risques. Il est évident que ces polluants sont de partout. Mais bon, on se pose la question.

Au moins, nous avons été, en partie rassuré, sur l’état de l’eau. On nous a dit que l’eau venait du captage de Crépieux-Charmy [situé entre Villeurbanne et Vaulx-en-Velin, ndlr]. Dans le doute, j’ai quand même acheté des bouteilles. La mort dans l’âme. J’ai horreur de ça, ça va à l’encontre de mes valeurs, mais je n’ai pas hésité. J’en ai acheté en bidon. J’ai quand même une famille. Vous imaginez ? J’ai un petit garçon de trois ans. Je me dis que, peut-être, je l’ai « pollué » toutes ces années ici. Je ne devrais pas m’en vouloir, mais bon, quand même !

perfluorés Lyon
L’usine Arkema à Pierre-Bénite est pointé du doigt pour avoir créé une pollution aux perfluorés qui touche le sud de Lyon. Photo Touriste, Public domain, via Wikimedia Commons

Au sud de Lyon : « Je me dis que ma terre est épargnée, avec ma conviction d’ignorant »

Pour l’air et pour la terre, c’est une autre histoire. Ma terre est-elle peut-être épargnée ? Nous habitons sur une ancienne carrière. Peut-être que cela rend une pollution plus difficile. Du moins, c’est ce que je me dis avec ma conviction d’ignorant. Après, je ne me fais pas trop d’illusion. Les points où ont eu lieu les prélèvements sont assez proches. Le terrain de foot de Pierre-Bénite est à côté.

Concernant l’air, on sait qu’il est contaminé. On aimerait bien avoir accès aux tests pour savoir si notre environnement est sain. On ne sait pas non plus exactement comment ça se passe… Et puis, nous avons conscience de vivre dans la Vallée de la Chimie.

Ce qui nous embête, c’est de nous dire que nous nous efforçons de faire des petits efforts de colibri pour que la situation s’améliore et, qu’au final, on en prend plein la gueule.

On a un potager avec des patates, des tomates, on fait notre compost, on fait des efforts sur notre consommation d’énergie… Bref, on n’est pas parfait, mais on tente d’être dans une logique de transition écologique. A côté de ça, on a des voisins qui nous polluent l’air, la flotte et la terre.

pollution aux perfluorés au sud de Lyon
Vivant au sud de Lyon, Xavier à découvert les risques liés à la pollution aux perfluorés la semaine dernière. ©DR

Révélations sur les perfluorés au sud de Lyon : « J’aimerais qu’il y ait un procès et qu’Arkema déménage »

Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai d’abord eu de la crainte puis de la colère. Crainte pour ma famille, colère parce que j’ai l’impression qu’ils s’en foutent.

Je trouve aberrant que l’usine ait le droit de continuer son activité après de telles révélations.

Par ailleurs, il y a eu des scandales similaires aux Etats-Unis, aux Pays-Bas ou encore en Italie. Nous savons qu’on fabrique les mêmes produits que ces pays. Il était évident que nous allions avoir les mêmes conséquences. Pour moi, Arkema devait forcément être au courant.

J’ai l’impression qu’il y a eu la volonté de fermer les yeux.

J’aimerais qu’il y ait un procès et qu’Arkema déménage. Je sais bien que l’usine crée de l’emploi, mais bon, il faut trouver une solution. Quoi qu’il advienne, on sait maintenant qu’on parle de polluants éternels.

Je pense que nous allons quand même récolter nos produits du potager cet été. On l’a toujours arrosé à l’eau de pluie. Je me dis que c’est mieux que si c’était l’eau du Rhône. De plus, il est sur une terrasse artificielle, légèrement surélevée, avec des gravats. Je continue d’espérer que la topologie du terrain nous aide. La conviction de l’ignorant. »

Article actualisé le 30/05/2022 à 08h29
L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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