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À la résidence Mermoz, des étudiants en lutte contre les cafards et punaises de lit
Société 

À la résidence Mermoz, des étudiants en lutte contre les cafards et punaises de lit

actualisé le 16/10/2019 à 13h33

Dans la résidence Mermoz du Crous (Lyon 8e), des étudiants dénoncent leurs conditions de logement. Face aux insectes nuisibles, aux sanitaires insuffisants et à tous les autres dysfonctionnements, ils ont créé un Comité de lutte. 

La chambre de Dounia, résidente du Crous-Jean Mermoz, fleure bon le propre. Rien ne dépasse, tout est impeccablement rangé :

« Je passe plus de temps à nettoyer qu’à réviser, j’ai trop peur des cafards. Je mets aussi des housses pour éviter les punaises de lit. »

« Je n’ai pas d’eau chaude depuis septembre »

Elle n’est pas la seule à être habitée par l’angoisse des nuisibles. La visite continue dans le premier étage du bâtiment B. Imane ouvre l’une des portes vertes qui s’alignent dans le couloir. Elle fait partie des huit étudiants qui disposent d’un studio, pour 333€ par mois. Des boursouflures d’humidité gonflent la peinture du plafond. Elle ouvre le placard. Une odeur de moisi envahit la pièce. Le tour du propriétaire s’achève par la douche :

« Je n’ai pas d’eau chaude depuis septembre. Je l’ai signalé tout de suite mais rien n’a été fait. J’ai aussi une de mes deux plaques de cuisson qui fait sauter l’électricité ».

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Malgré un traitement récent par une entreprise extérieure, sur le lino bleu, un cafard pointe le bout de son nez. Il court se réfugier sous le lit. Imane pousse un cri aigu :

« J’ai fait le ménage hier pourtant ! ».

Les résidents du comité de Lutte de la résidence Mermoz ironisent :

« Bienvenue dans le parc arboré. C’est ce qui est marqué sur le site du Crous en tout cas… »

Le jardin fait grise mine, à l’image du bâtiment à la façade usée qui le surplombe. C’est pourtant là que les étudiants résidents se sont réunis afin de réfléchir aux suites à donner à leur action. Appuyés par les Jeunes Communistes, ils ont déjà organisé une manifestation jeudi 3 octobre. Ils ont également fait tourner une pétition pour dénoncer leurs conditions de logement. Elle compte pour le moment une cinquantaine de signatures.

« Je ne mange jamais dans mon studio, j’ai peur que ça fasse venir les bêtes »

Dans la résidence Mermoz, douches, toilettes et cuisine sont communes. Sur cet étage, quatre toilettes pour soixante personnes, et quatre douches. Dans l’une des cabines, la lumière ne s’allume pas. A côté, dans la cabine voisine, la moisissure grignote les joints du carrelage, tandis que la plomberie ne tient plus qu’à quelques vis fixées de manière hasardeuse.

La liste est longue et ne cesse de se remplir au gré de notre exploration dans les couloirs : l’une des toilettes est bouchée, une alarme incendie est manquante, peut-être en goguette avec la grille du four disparue. Dans la cuisine, pas de poubelles, et là encore, quatre plaques pour soixante étudiants. Dans le boîtier plastique des néons, d’étranges insectes sont morts : leurs corps accumulés obscurcissent la lumière.

Chacun y va de son bricolage pour éloigner les nuisibles, ou rendre son logement un peu plus agréable à vivre. « Je ne mange jamais dans mon studio, j’ai peur que ça fasse venir les bêtes », « Je mets des bougies partout », « Parfois l’eau du robinet est jaune alors j’achète de l’eau en bouteille ». Certains se consolent : « Dans le bâtiment A c’est pire, il y a plus de punaises de lit ».  Si aucun des membres du comité de lutte n’a été envahi par cet insecte invasif, ils le craignent tous, à l’image d’Halima  :

« Je pense que des gens sont touchés dans notre bâtiment aussi, mais n’osent pas le dire car ils ont honte ».

Contrairement aux légendes, l’invasion par des punaises de lit n’a pourtant aucun lien avec l’hygiène.

Contacté, Christian Chazal, directeur général du Crous Lyon, reconnaît certains dysfonctionnements :

« C’est un bâtiment ancien. On ne peut pas nier que le nombre de sanitaires est insuffisant, ils correspondent à des standards qui datent de sa construction. Nous allons investir 40 millions d’euros pour le détruire et reconstruire ensuite. Que le cadre ne soit pas attractif, nous l’entendons très bien. »

A l’heure actuelle, les étudiants n’ont pas reçu de réponse de la part de la direction interne de leur résidence. La prochaine étape est justement d’interpeller la direction générale du Crous.

« Je voulais juste un studio comme sur les photos »

En attendant, Halima a disposé des clous de girofle partout dans sa chambre à la propreté impeccable, pour éloigner les cafards. Elle a soigneusement enfermé ses aliments dans des bocaux en verre, qui s’alignent sur l’étagère. Elle propose un tour du propriétaire :

« Là, la prise tombe. Là, j’ai un trou avec des fils électriques, mais pas de prise. Ici, les carreaux du lavabo se descellent, j’essaie de ne pas y toucher. Et encore, vous n’avez pas vu l’entrée dans les lieux. Les murs et le sol étaient gris, j’ai dû tout frotter. »

Elles cherchent toutes un autre logement en parallèle, sans succès. Imane, dépitée, lâche :

« Moi je voulais juste un studio comme sur les photos. On voit que les meubles sont vieux, mais on ne voit pas les cafards ».

Difficile, dans la deuxième ville étudiante française, de trouver des prix aussi attractifs : 150€ pour l’une des 387 chambres simples. Les étudiants pensent aussi à ceux qui les suivront, et à une possible augmentation du prix des loyers, une fois le bâtiment neuf sorti de terre. Une crainte que confirme la réponse de Christian Chazal :

« Nous ne reconstruirons pas sur le mode du foyer, comme c’est le cas, nous envisageons des studettes avec des cuisines et sanitaires intégrés. Les loyers tourneraient donc autour de 350€ (contre 330 actuellement, ndlr). Cela reste peu cher pour une métropole comme Lyon. »

Après la reconstruction de la résidence Mermoz, des loyers plus chers

Plus de chambres simples donc. Un prix qui ne passe pas auprès des étudiants mobilisés, aucune offre équivalente au loyer actuel des chambres simples (150€) n’étant prévue. Antoine, membre des Jeunes Communistes de Lyon, assène :

« Des loyers plus chers, c’est encourager la reproduction sociale. C’est encore les étudiants qui ont peu de moyens qui vont en pâtir. »

En réponse, Christian Chazal lâche :

« Ces mêmes étudiants qui veulent des loyers peu chers n’acceptent pas les conditions de vie dans un bâti ancien. »

Quant aux problèmes de punaises de lit, il invoque les procédures mises en place :

« Il y a une désinsectisation réalisée par un spécialiste, qui intervient de l’extérieur. Il y a un suivi, des interventions régulières, mais aussi sur demande. Nous déménageons l’étudiant immédiatement s’il est touché, et ensuite il y a un traitement qui est réalisé. »

« Cela tient aussi à l’hygiène des étudiants »

Pour les cafards, il renvoie la balle aux étudiants :

« Cela tient aussi à l’hygiène des étudiants. Nos agents vident les poubelles des cuisines régulièrement, mais cela ne suffit pas. Les étudiants devraient s’en occuper plus souvent. C’est un risque supplémentaire qui attire ce genre de nuisibles. »

Avant de rappeler qu’à chaque signalement, un agent du Crous intervient aussitôt. Pourtant, Imane attend son eau chaude depuis un mois. Pourquoi une telle lenteur ?

« Probablement un problème de fonctionnement interne à la résidence. »

Ce mercredi 16 octobre, à 13h, le comité de lutte de la résidence Mermoz organisera un rassemblement devant la direction générale du Crous, 52 rue de la Madeleine (7è). Ils réclament l’éradication immédiate des insectes et de la moisissure, et le remboursement des loyers.

L'AUTEUR
Emma Deunf

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