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« Préserver la qualité et la diversité de notre alimentation, un défi » en débat à Lyon
Tribune 

« Préserver la qualité et la diversité de notre alimentation, un défi » en débat à Lyon

L’École urbaine de Lyon a lancé sa deuxième saison de rendez-vous intitulés les « Mercredis de l’Anthropocène », dont Rue89Lyon est partenaire. Nous publions les tribunes et productions éditoriales des invités de ces conférences qui interrogent notre époque à l’aune de leurs spécialités et champs d’expertise.

Retrouvez ci-après la tribune de Stéphane Crozat, ethnobotaniste et historien d’art des jardins. Il est l’invité de ce « Mercredi », aux Halles du Faubourg, à l’occasion d’une conférence intitulée « Pour une biodiversité cultivée ». A ses côtés interviendra Alain Alexanian, chef lyonnais qui milite de longue date pour le consommer local et bio.

Préserver la qualité et la diversité de notre alimentation, un défi dans un contexte de mondialisation

Pour s’assurer d’une alimentation régulière, abondante et diversifiée, l’humanité a, depuis des siècles, sélectionné dans la nature, puis amélioré et créé de nombreuses variétés cultivées et adaptées à chaque territoire.

Depuis 1945, début de l’industrialisation de l’agriculture et la standardisation des végétaux, de nombreuses variétés de légumes, de fruits et de fleurs ont été délaissées, selon la FAO. Cette érosion génétique a pour conséquence majeure l’insécurité alimentaire, qui menace tous les pays de l’OCDE.

15 espèces de plantes fournissent 90 % des ressources alimentaires 
Le riz, le blé et le maïs représentent 60% de la consommation mondiale.

Qualité nutritionnelles 
Une pomme des années 50 comportait 100 fois plus de vitamines que les variétés commerciales actuelles.

80% des légumes et céréales cultivés il y a cinquante ans ont disparu
Moins de 10 variétés fournissent aujourd’hui plus de la moitié du blé tendre produit en France.

Comment pourrons-nous adapter nos légumes actuels aux effets du changement climatique ? Comment lutter contre de nouvelles maladies décimant les récoltes de céréales ou de pommes de terre sans intrants chimiques ? Pourrons-nous produire des fruits et des fleurs lors de fortes sécheresses ?

Le CRBA propose de développer de nouvelles solutions à travers ses recherches et expérimentations pour faire face aux enjeux patrimoniaux, environnementaux, climatiques, alimentaires et de santé à venir.

Le CRBA est un laboratoire d’idées et d’expérimentations dont la mission principale consiste à proposer des réponses inédites aux problématiques contemporaines de la botanique appliquée. Il développe, par la transversalité́ des disciplines, des programmes de recherches scientifiques et techniques et leurs valorisations.
Il coordonne cinq conservatoires participatifs et vivants de la biodiversité domestique. Il propose une expertise et des conseils en conception et en restauration de jardins historiques ou contemporains. Le CRBA interroge le passé au service des projets environnementaux de demain.

A l’heure où la mondialisation agricole a atteint des limites insoutenables pour l’humanité et la planète, le CRBA engage une réflexion et mène des actions en faveur de la conservation, l’étude et la valorisation de variétés adaptées à leurs territoires, produites en circuits courts, par des acteurs locaux, formés aux savoir-faire par notre association.

Nous rassemblons et analysons des données documentaires et de terrain pour mutualiser les savoirs et les compétences, afin de diffuser des variétés dans nos réseaux de partenaires et les filières économiques locales. Il s’agit pour nous d’étudier, protéger et valoriser un patrimoine biologique et culturel par la connaissance, l’expérimentation et la mise à disposition plus large des ressources génétiques et de leurs savoir-faire culturaux associés.

Réintroduire, conserver, caractériser et produire les espèces et variétés adaptées à notre territoire permet la diversité des pratiques et l’utilisation des usages ancestraux, dans une dynamique d’innovation.

La ferme Melchior, un laboratoire de la biodiversité européenne

L’histoire du domaine Melchior Philibert montre que le site – ancienne maison des champs – a toujours accueilli et expérimenté des plantes d’origine exotique pour l’époque. Souhaitant renouer avec cette tradition qui, sans aucun doute possible, est à l’origine de nombreuses créations variétales dans la région lyonnaise au XIXe siècle, nous envisageons la création de collections pour le futur.

Il s’agit d’acclimater et d’expérimenter des végétaux, à priori peu habitués au climat actuel de la métropole de Lyon, mais qui pourraient, avec le changement climatique, s’adapter ou même remplacer certaines cultures désormais inadaptées. D’une superficie de 9 hectares environ, le domaine est resté quasiment préservé́ dans son intégralité́ depuis la fin du XVIIe siècle, à la suite d’aménagements successifs, notamment par Melchior Philibert, marchand-banquier lyonnais.

Entre 1387 et 2018, plus de 22 propriétaires vont se succéder au « domaine de l’Haye », nom historique donné à ce territoire dès le XIVe siècle. Il est actuellement la propriété́ de la ville de Charly.

Le bâtiment principal du domaine Melchior à Charly. ©LB/Rue89Lyon

Le bâtiment principal du domaine Melchior à Charly. ©LB/Rue89Lyon

La ferme Melchior, enrichie par les collections des conservatoires du CRBA, son centre de ressources unique et la station d’expérimentation agronomique Vavilov, abritera les applications concrètes de tous nos travaux, dans un jardin historique rénové́ qui intègre les enjeux du futur.
Selon le CRBA, seule une pensée globale et transversale alliant les sciences, les techniques et les arts, sera en mesure de répondre aux multiples défis du réchauffement climatique.

Cette interdisciplinarité́, au cœur du projet du CRBA depuis sa création, prend aujourd’hui tout son sens et permettra d’envisager un futur où NATURE / CULTURES / SCIENCES / ARTS et développement économique, au sein d’une métropole grandissante, interagissent positivement.
La Ferme Melchior est un projet pour la démocratisation des cultures, un lieu de pensées et d’expérimentations pour tous.

Un espace de convergences scientifique et artistiques

A l’heure où le concept d’anthropocène émerge dans la société́, mettant en avant l’impact sans précédent des activités humaines sur l’environnement, nous proposons un espace de recherche collaboratif où acteurs scientifiques, et notamment en sciences humaines et sociales, artistes, techniciens, politiques et citoyens inventent un nouveau modèle à l’échelle locale.

Il ne s’agit pas d’un simple dialogue entre arts, sciences et techniques mais d’un véritable laboratoire de recherches appliquées permettant de répondre aux enjeux contemporains, dans un esprit de démocratisation des cultures, qu’elles soient scientifiques ou artistiques, et d’appropriation des sujets, par tous et pour tous.

Nous interrogeons les acteurs afin d’apporter des réponses multiples et pas uniquement catastrophistes au monde actuel. Ces liens et imbrications parfois insolites sous forme de résidences « d’acteurs du monde » seront ouvertes aux publics : expositions, performances, colloques, séminaires, publications, travail éditorial, mises en scène, chorégraphies, arts urbains, lectures, ateliers d’écriture, conférences etc.
« Station : Vavilov » sera le premier évènement ethno-artistique de la ferme Melchior en septembre 2020, à l’occasion de l’inauguration de la station d’expérimentation Vavilov à Charly, sur la Métropole de Lyon.

« Pour une biodiversité cultivée », le mercredi 9 octobre aux Halles de Faubourg (Lyon 7è) de 18h30 à 20h

Avec :
 Stéphane Crozat, ethnobotaniste et historien d’art des jardins, il est aussi directeur scientifique du Centre de Ressources de Botanique Appliquée (CRBA). Il est à l’origine d’une méthodologie unique et transversale appliquée à la connaissance, la protection et les valorisations de la biodiversité végétale domestique locale.
Alain Alexanian, chef lyonnais iconoclaste, agit depuis longtemps contre la malbouffe, et pour le manger bio et le consommer local, sans forcément mettre la main au porte-monnaie.

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