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Élections municipales : mieux la presse locale se porte, plus il y a de candidats
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Élections municipales : mieux la presse locale se porte, plus il y a de candidats

actualisé le 30/04/2019 à 17h02

La presse de proximité, un acteur clef de la démocratie locale ? Une étude, publiée début avril par Jay T. Jennings et Meghan E. Rubado, chercheurs américains, suggère un lien entre la santé économique de la presse locale et l’offre politique aux élections municipales.

Analysée par le site anglophone Niemanlab, cette étude américaine a attiré notre attention.

Depuis de nombreuses années, la littérature scientifique s’intéresse au lien entre démocratie et presse de proximité. Participation électorale, santé financière des villes, éducation politique,  baisse de la corruption, qualité des élus… Selon des recherches antérieures, les titres de journaux locaux auraient un impact direct sur la démocratie.

Aux États-Unis, deux chercheurs : Jay T. Jennings et Meghan E. Rubado vont encore plus loin dans l’analyse du rôle de la presse au sein des échéances locales.

Publiée, en avril, par la revue Urban Affairs Review, l’étude intitulée « Political Consequences of the Endangered Local Watchdog: Newspaper Decline and Mayoral Elections in the United States » révèle que la santé économique des journaux locaux influe sur l’offre politique lors des élections municipales.

Les deux scientifiques expliquent la thèse de leur publication :

« Cet article fait valoir que la perte d’expertise professionnelle sur l’actualité locale a des conséquences néfastes sur la démocratie locale. Les données montrent un lien entre les niveaux de dotation et la participation électorale : plus les dons sont faibles, moins il y a de participation.

Nous pouvons également conclure que les villes couvertes par des journaux connaissant une baisse relativement marquée de l’effectif journalistique ont, en moyenne, considérablement réduit la concurrence politique dans les circonscriptions électorales. »

Moins il y a de journalistes, plus l’issue du vote est incertaine

En effet, dans leurs travaux, Jay T. Jennings et Meghan E. Rubado montrent qu’un journal quotidien tiré à 10 000 exemplaires n’aura pas le même impact sur la démocratie locale, selon qu’il a un effectif de journalistes important ou pas. Selon leur conclusion, la ville aura, en moyenne, un candidat à la mairie supplémentaire si elle est traitée par une rédaction d’une vingtaine de journaliste plutôt que par une équipe de trois professionnels.

Cet exemple fictif est repris dans l’article de Niemanlab. Selon son auteur, Joshua Benton, il apparaît alors qu’avec cinq journalistes, la chance de victoire d’un candidat est d’environ 50%. Avec 15 rédacteurs, elle tombe à 33%. C’est près de 24% pour une rédaction de 20 employés.
Ainsi, plus le nombre de journalistes est grand, moins la marge de victoire est élevée, et plus l’issue du vote est incertaine.

Qui de l’oeuf ou de la poule ?

Pour en arriver à de telles conclusions, Jay T. Jennings et Meghan E. Rubadose se sont appuyés sur l’analyse de données publiques. Notamment la composition de 11 rédactions et les résultats de 246 élections municipales sur 46 villes en Californie.

Afin d’éviter les polémiques sur la question de la causalité, les deux chercheurs se sont tout d’abord penchés sur la contraction des effectifs et des dotations pour les journaux durant une période donnée, puis sur les mesures de participation  et d’engagement politique pour l’année suivante.

Ainsi, il y a de fortes chances pour que ce soit quand les journaux perdent du poids que l’engagement politique local diminue, et non l’inverse.