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Les valeurs religieuses sont-elles républicaines ? L’islam encore au centre des questions
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La Chose Publique est un festival des idées programmé à Lyon, qui invite experts, conférenciers, universitaires à débattre. Son édition 2018 se déroule du 15 au 24 novembre (toutes les infos ici). Il a été lancé en 2017 par la Villa Gillet et Res Publica. Ce blog fait vivre les échanges de l'événement : il est animé par la rédaction de Rue89Lyon et les étudiants en journalisme de Sciences Po Lyon.
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Les valeurs religieuses sont-elles républicaines ? L’islam encore au centre des questions

actualisé le 27/11/2018 à 08h48

Alors que le thème du débat était « les valeurs religieuses sont-elles républicaines », la sociologue Dominique Schnapper et le philosophe Pierre Manent ont principalement débattu de la compatibilité des valeurs de l’islam avec les valeurs républicaines. Un signe des temps.

Cette conférence du festival La Chose Publique illustre l’actualité des débats autour de la place de la religion dans une société où la laïcité est régulièrement portée en étendard. Si la question concernait les trois grandes religions monothéistes, l’islam a, à l’image de l’agenda médiatique, monopolisé le débat.

« Une ligne de démarcation entre le foulard et la burqa »

L’interdiction du voile intégral a été au centre des débats. L’actualité, là encore, y aidait.

Mardi 23 octobre 2018, un groupe d’experts de l’ONU désapprouve la loi française sur l’interdiction du voile islamique intégral. Si ce dernier n’a pas de pouvoir coercitif, la CEDH a pour sa part validé cette législation assurant que la France doit garantir :

« La sécurité publique, l’égalité entre l’homme et la femme et une certaine conception du vivre-ensemble dans la société ».

Pour le philosophe Pierre Manent, il faut mettre des limites à l’expression religieuse. Il fait passer « une ligne de démarcation entre le foulard et la burqa » :

« A partir du moment où les gens sont adultes, je ne vois pas de raisons d’interdire le foulard. En revanche, le voile intégral me parait devoir être absolument interdit « .

Déplorant une absence d’application effective de la loi, le philosophe réclame davantage de sévérité.

Pour la sociologue Dominique Schnapper, la religiosité de la société ne peut s’exprimer sous toutes les formes :

« Certaines expressions religieuses sont parfaitement admissibles dans une société qui est un Etat républicain. La burqa ne l’est pas puisqu’elle affirme une inégalité fondamentale des êtres humains et l’interdiction des relations avec les autres. La démocratie est fondée sur l’idée selon laquelle nous pouvons échanger car nous sommes tous égaux. »

Avant de faire tomber :

« La burqa est fondamentalement contraire à nos valeurs et à nos institutions ».

A la piscine

A gauche, Dominique Schnapper; à droite, Pierre Manent. Au centre, Florent Georgesco du Monde des livres (modérateur) ©Bertrand Gaudillière / Item

A gauche, Dominique Schnapper; à droite, Pierre Manent. Au centre, Florent Georgesco du Monde des livres (modérateur) ©Bertrand Gaudillière / Item

Bien que tous deux soient d’accord sur la question de la burqa, les deux intellectuels prônent une transcendance des valeurs républicaines sur la religion à des niveaux différents.

Si Pierre Manent n’est pas défavorable à la non mixité des piscines sur certains créneaux d’ouverture, Dominique Schnapper ne voit pas d’un bon œil cette expérience :

« Je ne suis pas d’accord sur les piscines. Je pense que le début de la séparation des sexes fait partie de toute une politique qui touche non pas à l’islam mais à des dérives de l’islam ».

Une laïcité à géométrie variable ?

Pierre Manent dénonce pour sa part une « neutralisation religieuse de la société » lors d’un entretien avec le journal La Croix :

« Un nombre important de nos concitoyens sont musulmans donc nécessairement les mœurs musulmanes seront présentes dans l’espace public » explique-t-il.

Pour le philosophe, la société n’a pas à être laïque contrairement à la République.

En revanche, pour Dominique Schnapper, la laïcité de la République est à géométrie variable. Elle affirme en effet :

« Je trouve absurde de ne pas mettre une crèche dans une mairie puisque l’histoire française a été faite par le catholicisme. D’ailleurs les crèches sont de moins en moins religieuses ».

Une opinion qui n’a pas manqué de faire tousser dans l’assemblée.

(Ré)écoutez l’intégralité des débats en podcast

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L'AUTEUR
Maëva Les Biens étudiante en Master 2 journalisme à Sciences Po Lyon

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