Petit rappel de la situation. Nous sommes en mars 1998, à l’issue des élections régionales en Rhône-Alpes :
« Gauche et droite sont à égalité parfaite de sièges. Le FN avec 35 élus peut être faiseur de roi. Le 18 mars, le président du conseil régional sortant, candidat à sa propre succession, Charles Millon, (UDF), reçoit en tête à tête le leader de l’extrême droite, Bruno Gollnisch. »
Quelques conseillers régionaux centristes, pourtant colistiers de Charles Millon dénoncent cette alliance jugée « contre nature ». Ils et elles ne votent pas pour l’ancien ministre de la Défense.
Son élection sera annulée… pour un vice de procédure (après un recours de l’écologiste Etienne Tête). La centriste Anne-Marie Comparini est alors élue présidente du conseil régional le 9 janvier 1999, « dans une atmosphère délétère et de violence verbale », rappelle le Progrès, grâce à une alliance des élus UDF et de quelques RPR avec la majorité de ceux de gauche. Tout le monde souhaite faire barrage à Charles Millon.
On parle encore à Lyon d’élus « millonistes », cela a encore été le cas pour celui qui est passé à l’UDI, le maire d’arrondissement Denis Broliquier.
« Il n’y a pas de voix inacceptable, pas de voix qui pue »
Passionnante dans ce dossier, l’accumulation des voix de ceux qui ont été les acteurs de cet épisode. Où l’on lit Charles Millon affirmer encore qu’il n’y a « jamais eu d’accord avec le Front national » et déclarer :
« Il n’y a pas de voix inacceptable, pas de voix qui pue. »
Où l’on entend Anne-Marie Comparini, qui fut la leadeuse du groupe UDF en 1998 puis présidente de la Région Rhône-Alpes de 1999 à 2004, rappeler :
« Charles Millon nous avait tous bernés. »
Ou encore Thierry Cornillet, président du parti radical en 1998, donner l’explication imparable pour ce type de prise de pouvoir :
« C’est arrivé car Charles Millon ne se voyait pas autrement que président du conseil régional. »
Mais aussi Bruno Gollnsich, leader du groupe FN en 1998, lâcher :
« C’est à sa demande que j’ai vu Millon la veille de son élection. »
Un épisode politique qui ne peut pas se réitérer ?
Jean-Jack Queyranne, qui fut président PS de la dite Région entre 2004 et 2015, analyse avec le recul :
« Charles Millon voulait conserver le pouvoir pour se maintenir au niveau national et pour cela il est tombé dans le piège tendu par Bruno Gollnisch […] Cet acte de transgression républicaine a marqué durablement la vie politique. La déclaration très rapide de Jacques Chirac pour désavouer Charles Millon […] a été une des clefs de sa très large réélection de 2002. »

Le Progrès fait un bond 20 ans après pour expliquer que, « même si la droite est à nouveau au pouvoir dans la nouvelle Région, le parti d’extrême droite ne peut toutefois plus faire et défaire les majorités, la loi électorale ayant été sérieusement modifiée par le gouvernement Jospin en 1999 » :
« Ce fut l’une des principales conséquences directes des événements de 1998 (qui virent le FN soutenir l’élection d’une personnalité de droite également dans quatre autres Régions). Une prime majoritaire assure quasi automatiquement la victoire d’une majorité cohérente et homogène. Retrouver une situation comparable à 1998 est donc impossible, sauf à imaginer une fragmentation absolue et donc très fortement improbable de la majorité élue en 2015. »
>> Pour vous informer de ce qui se passe à la tête de la nouvelle grande région (Rhône-Alpes ayant fusionné avec l’Auvergne), suivez avec nous l’action de son président LR Laurent Wauquiez. <<

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