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La petite musique de « Wauquiez des champs » contre « Macron des villes »
Politique 

La petite musique de « Wauquiez des champs » contre « Macron des villes »

actualisé le 09/03/2018 à 08h34

Quand il ne murmure pas aux oreilles d’étudiants, il donne selon ses propres termes dans le bullshit (foutaise) dans les médias. Dans son discours public Laurent Wauquiez prend très souvent appui sur des sujets régionaux pour construire son duel, actuel et surtout à venir, avec Emmanuel Macron.

À lui l’image du gars sûr, les deux sabots dans la terre, au président de la République celle du Parisien hors-sol.

Patron de la super région Auvergne-Rhône-Alpes par sa taille, Laurent Wauquiez peut tenter d’incarner un territoire si ce n’est rural, au moins provincial. Parka rouge sur le dos négligemment ouverte sur un pull laissant à peine entrevoir en troisième couche le col d’une chemise. Un gars à la cool qui évite la distance qu’instaure parfois un costard cravate.

Auvergne-Rhône-Alpes compte de grandes zones urbaines et des métropoles. C’est aussi un vaste territoire rural et montagnard. Laurent Wauquiez veut être le boy next door, qu’on peut aller voir pour lui parler de ses soucis parce qu’il est capable de les comprendre. Au plus près des difficultés, au plus près des problèmes des vrais gens.

Laurent Wauquiez à l’Ecole centrale de Lyon, juillet 2016. Crédits : SS/Rue89Lyon.

Un sujet régional = une occasion de critiquer Macron

Cette posture, Laurent Wauquiez la travaille et la cultive comme le feraient avec leurs terres les agriculteurs qu’il affirme vouloir soutenir. Le salon de l’agriculture qui se tient en ce moment à Paris, est l’occasion pour lui de planter un peu plus ce décor de fond pour le duel qu’il espère face à Emmanuel Macron.

Il aime et comprend ce qui n’est pas forcément beau, ce qui pue et ceux qui ne pitchent pas leurs mock-up et business model dans des incubateurs de start-up. Le Président de la République, lui, n’aimerait en revanche que les villes, propres et bitumées, les winners et les trains qui arrivent à l’heure.

Alors, chaque dossier régional devient une occasion pour Laurent Wauquiez de jouer cette petite musique. Le projet de LGV Lyon-Turin sur lequel l’État n’est pas chaud ? Une injustice parisienne déconnectée des réalités.

Pire, l’État n’est pas loin d’être responsable d’homicide involontaire.

 

Le salon de l’agriculture, revenons-y. Laurent Wauquiez en a arpenté la paille mardi 27 et mercredi 28 février avec sa double casquette : celle parisienne de président de Les Républicains et celle locale de président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Là, c’était presque trop facile pour lui de parler les deux pieds dans la terre.

 

À Wauquiez la France réelle, à Macron la France légale

Laurent Wauquiez prend possession de toute la surface de son espace politique. Il peut sembler étroit, coincé entre le Front National et le gros aspirateur qu’est La République en Marche. Il n’hésite alors pas à assumer un discours qu’on prêterait aux frontistes en répétant cette dichotomie territoires/capitale, France du réel/France institutionnelle.

Ce dernier aspect est pour certains une référence claire et assumée aux théories nationalistes. Le journal Le Monde note ainsi :

« Dans la bouche de l’ancien major à l’agrégation d’histoire, l’écho à Charles Maurras, théoricien du « nationalisme intégral », qui distingue le « pays légal » du « pays réel », n’est sans doute pas involontaire. Interrogé à ce sujet, Brice Hortefeux, proche de M. Wauquiez (et vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ndlr), n’a en tout cas pas démenti la référence au leader de l’Action française. »

Cette image, Laurent Wauquiez la construit également en travaillant son image d’homme qui assume ses propres. Ces derniers propos polémiques tenus devant des étudiants de l’EM Lyon et enregistrés à son insu en sont un nouvel épisode.

Assurant devant les étudiants qu’il ne racontait que des foutaises dans les médias, il est venu devant ces mêmes médias assumer ses propos. En nous demandant de le croire.

Cet épisode est encore pour lui l’occasion, avec malice, d’enfoncer le clou. La France du réel, des champs, des fermes et des vaches il n’y a que ça de vrai. D’ailleurs, ces dernières sont plus dignes de confiance que de jeunes étudiants équipés de smartphones.

 

En revanche, dommage pour lui, les vaches ne votent pas.

L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon

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