Entretien avec le réalisateur.
Petit Bulletin : Pourquoi ce titre, Covenant (littéralement, « engagement ») ?
Ridley Scott : C’est comme une promesse, c’est un accord, une alliance. Le vaisseau Covenant part avec deux mille bonnes âmes pour coloniser une autre planète, où l’humanité pourrait vivre. Il y a un sous-texte clairement religieux : Billy Crudup dit qu’il n’a pas été choisi comme chef, parce qu’il avait en lui une foi trop forte.
Un équipage n’est jamais composé au hasard ; les gens sont bien identifiés avant le départ : il y a de longs entretiens qui sont réalisés sur le plan psychologique, religieux… Les membres d’une mission astronautique, par exemple, vivent ensemble avant de partir pour savoir s’ils sont capables de se supporter sans s’entre-tuer au bout de deux jours.
En revenant à Alien, quels étaient pour vous l’enjeu principal et les pièges à éviter ?
Il y avait des questions auxquelles la tétralogie n’avait pas répondu : quel était ce vaisseau, qui était ce pilote, était-ce un squelette ou bien un uniforme, et le plus important de tout, d’où venaient ces œufs, qui au contact des humains produisent des êtres horrifiques… À l’époque, j’étais très occupé par d’autres projets et puis je suis revenu à la Fox en disant qu’on pouvait ressusciter Alien et répondre à ces questions restées en suspens.
Quant au piège, c’était de me répéter. Un de mes amis dit : « L’art c’est comme un requin, il doit se déplacer tout le temps, sinon il meurt. » Quand je travaillais sur Blade Runner, chaque jour apportait une solution et soulevait une nouvelle question. Il fallait en permanence se remettre en question.

Quel genre d’esprit faut-il être pour avoir envie d’effrayer les gens ?
Moi ! (sourire) Mais en fait, quand j’ai fait le premier Alien, j’avais le sens des responsabilités, parce que la scène de la cuisine avec John Hurt était un peu en-dessous de ce que j’espérais. Elle n’était pas très bonne. Mais le film a eu beaucoup de succès, parce que les gens sont pervers. Le soir de la projection-test, comme je m’ennuyais, je suis sorti boire un verre.
Quand je suis revenu voir le public, c’était au moment de la scène de l’œuf, et j’ai entendu quelqu’un crier : « Eh ! Ne regarde pas l’œuf ! » — évidemment l’idiot le regarde et ça lui saute à la figure. Les cris dans le public ! J’ai vu un homme retenir sa femme par terre tellement elle avait peur. Ça n’allait plus du tout ! (sourire satisfait)
L’avenir vous excite-t-il ou vous fait-il peur ?
Je suis curieux, parce que le futur apparaît terrible et merveilleux. Il semble que l’on prédise qu’en 2050, l’espérance de vie pourrait être infinie. Je ne suis pas sûr que ce soit de l’espérance…
Critique de « Covenant »
Après une patiente incubation, Ridley Scott accouche de son troisième opus dans la saga Alien, participant de son édification et de sa cohérence. Cette nouvelle pièce majeure semble de surcroît amorcer la convergence avec son autre univers totémique, Blade Runner. Covenant suit une trame identique à Alien et Prometheus : attiré par un message, l’équipage d’un vaisseau se rend sur une planète, y débarque, se fait contaminer par un alien et doit éliminer le xénomorphe les ayant quasiment exterminés.
À l’instar de moult confrères, Scott paraît refaire le même film à l’envi ; mais ce n’est qu’un faux-semblant. Si d’aucuns révisent inlassablement leurs productions passées en les triturant par le numérique, Scott remet à chaque épisode l’ouvrage sur le métier pour en approfondir les zones obscures.
Dans la première tétralogie, l’héroïne incarnée par Sigourney Weaver était une simple humaine ; aujourd’hui, c’est Michael Fassbender qui campe le personnage récurrent. Pivot dramatique, Janus de Covenant, il est surtout un androïde dans une série portant le nom d’un monstre anthropophage. Autrement dit, l’humanité tend à disparaître d’Alien. Scott revendique une noirceur plus prononcée, un pessimisme accru. Le fait est que le futur n’a jamais été aussi incertain, et l’intelligence collective jamais n’a paru autant artificielle
Au cinéma à partir du 10 mai
Par Vincent Raymond sur petit-bulletin.fr

et les médias aux mains de milliardaires qui font monter l’extrême droite, il n’a jamais été aussi difficile de bien s’informer. Dans la cohue ambiante, une autre source d’information est nécessaire.
À Rue89Lyon, nous refusons la communication politique. Nous refusons les communiqués des partis repris sans contradiction. Nous refusons d’alimenter les débats stériles. À travers nos articles d’analyse, nos débunks… Nous soutenons qu’une autre voix est possible dans le paysage médiatique lyonnais.
Mais notre modèle économique est fragile, car nos lecteurs et lectrices sont les seuls garants de notre indépendance !
Vous pouvez faire vivre un autre journalisme à Lyon : aidez-nous à réunir 15 000 euros avant le 4 mars pour continuer à vous informer en 2027. Pour cela, deux choses sont possibles : l’abonnement ou le don.
À quoi servira votre soutien ?
> 15 000 euros : nous continuerons à vous informer en 2027.
> 20 000 euros : nous pérenniserons notre newsletter politique Mairie à tout prix.
>30 000 euros : nous embauchons un quatrième journaliste avec un même objectif : informer, enquêter, révéler, et défricher des terrains où les autres médias ne vont pas.
Tous les moyens sont bons ! N’hésitez pas à partager notre campagne ou à donner à Rue89Lyon.




Chargement des commentaires…