
Devant Beyond Clueless, on ne sait jamais ce qui provoque le plus de plaisir : est-ce cet objet cinématographique étrange, transposition sur grand écran des essais littéraires avec prologue, chapitres et épilogue, qui mixe près de deux cents films existants pour en pister les rimes et en explorer les traits communs ?
Ou est-ce le genre choisi, le teen movie, lui-même source délectable de débordements pop que Charlie Lyne prend, et c’est tout à son honneur, très au sérieux ?
S’affranchissant des notions de goût et de toute forme d’exercice critique, il met littéralement à plat son matériau, les prises de vues des films devenant pour lui des prises de notes que le montage et le commentaire off se chargent ensuite d’ordonner selon deux principes : une structure en cinq parties décrivant le «voyage» effectué par les personnages — la répartition en castes, la découverte de son altérité puis de sa sexualité, le rituel des fêtes, des bals de promotion et des remises de diplômes comme autant de cérémonies de passage, la révolte qui se commue en violence — elles-mêmes alternant entre analyses poussées sur des films emblématiques et séquences clippées résumant l’essence visuelle du propos développé.
Une bonne séance d’ados
On ne reprochera pas à Lyne le caractère parfois scolaire de sa démarche — c’est le minimum quand on s’intéresse aux college et aux campus movies ; on louera en revanche la pertinence des exemples choisis, notamment lorsqu’il s’agit d’aller dénicher des trucs assez obscurs — Beyond Clueless donne ainsi très envie de découvrir Bubble Boy, avec un Jake Gylenhaal très jeune et très mal peigné, ou Slap Her, She’s French, comédie autour du french bashing très à la mode durant la guerre en Irak.
Surtout, Lyne prouve que le cinéma, même le plus outrageusement commercial, peut dissimuler un réseau de discours, qu’ils soient politiques, sociologiques ou métaphysiques.
Beyond Clueless, pour le coup synchrone avec une certaine tradition critique française qui remonte aux Cahiers du cinéma des années 50 et qui trouve un écho dans la démarche actuelle d’un Tarantino, affirme que la profondeur se trouve souvent dans des objets superficiels, dont l’objectif — divertir — n’est pas antinomique avec une vision subjective et singulière du monde contemporain.
Beyond Clueless
De Charlie Lyne (Ang, 1h29) documentaire
Par Christophe Chabert sur petit-bulletin.fr.

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