Grenoble sous ma loupe
Chroniques politiques rédigées depuis Grenoble par Victor Guilbert. Un regard critique sur l'atelier municipal dit d'une "autre gauche", ce "laboratoire" d'expériences politiques initié en 2014 dans la capitale des Alpes.
Grenoble sous ma loupe  Politique 

La galaxie Eric Piolle : Erwan Lecoeur, l’atout « socio » des écolos 6/6

actualisé le 13/11/2017 à 10h31

SÉRIE (6/6) / En décrochant la mairie de Grenoble à la tête d’une coalition rouge-verte-citoyenne, l’écolo Eric Piolle avait créé la surprise en 2014. Plusieurs personnalités ont contribué à son engagement en politique et, bien sûr, à cette conquête du pouvoir. Qui sont-ils, quel(s) rôle(s) jouent-ils aujourd’hui ?

Dans la sélection de portraits de ce premier cercle, on trouve Erwan Lecoeur, sociologue-consultant lors de la campagne municipale, il était devenu directeur de la communication de la Ville de Grenoble. Un poste qu’il a quitté au début du mois de novembre.

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Observateur, commentateur et … acteur de l’écologie politique. Erwan Lecoeur (à droite) aux côtés de José Bové et de Pierre Rabhi. Crédit : NatureRights.com

Quand l’écologie politique marque des points de notoriété, Erwan Lecoeur n’est jamais loin.

En 2009, il distillait déjà ses conseils « en stratégie et en communication » à la formation naissante Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) avant la percée du parti aux élections européennes et régionales de 2010.

En 2013, il succède à Cyril Dion au poste de responsable stratégie de l’association de promotion de l’agroécologie, Colibris, créée en 2007, par l’agriculteur-essayiste Pierre Rabhi.

Et depuis 2014, ce sociologue et politologue de 47 ans était devenu directeur de la communication de la ville de Grenoble, après la victoire d’Eric Piolle, qu’il avait épaulé dans la conquête du pouvoir.

Souffleur de stratégie

Les deux hommes s’étaient rencontrés un an auparavant, à l’occasion d’une formation dispensée par le sociologue aux élus écologistes de la région Rhône-Alpes, dont faisait partie Eric Piolle. Le courant était passé. Ils avaient ensuite échangé à de nombreuses reprises. D’abord de manière informelle sur l’action régionale des écologistes, puis plus concrètement sur l’ambition d’Eric Piolle de briguer la mairie de Grenoble.

Comme au théâtre, alors que le programme s’élaborait sur scène entre les différentes formations politiques de la future coalition, Erwan Lecoeur soufflait à distance, depuis les coulisses, quelques orientations stratégiques au candidat Piolle et à son équipe.

  • L’apparition gradée et progressive d’Eric Piolle dans la campagne, initialement derrière le collectif du réseau citoyen, puis en élément rassembleur pour le reste de la campagne.
  • La mise en avant de son licenciement de l’entreprise informatique HP pour s’être opposé à un plan de délocalisation.
  • Le gommage de ses plus anciennes candidatures électorales pour finir de lisser son profil de néophyte en politique.

Autant de suggestions venues du sociologue pour « créer un récit qui correspondrait à l’électorat grenoblois » selon un membre actif de la campagne de l’époque, pour qui :

« Erwan Lecoeur a donné corps à la candidature d’Eric Piolle ».

Justement, depuis deux ans, il enseigne également la communication politique et institutionnelle à l’institut d’études politiques (IEP) de Grenoble.

Son mélange des genres agace

Erwan Lecoeur face à Marine Le Pen dans l'émission "Ce soir ou jamais" sur France 2, en novembre 2012.

Erwan Lecoeur face à Marine Le Pen dans l’émission « Ce soir ou jamais » sur France 2, en novembre 2012.

Intellectuel engagé, auteur de plusieurs ouvrages d’analyse politique, Erwan Lecoeur est à la fois observateur, commentateur et acteur de l’écologie politique. Quand la presse sollicite le politologue pour son expertise, il profite de la tribune pour placer les mérites de la stratégie d’Eric Piolle.

Ce « conflit d’intérêt intellectuel » agace certains militants socialistes locaux au point, déclare l’un d’eux :

« D’appeler les rédactions pour faire corriger aux médias qui oublieraient de mentionner sa proximité avec la municipalité grenobloise ».

Mais celui qui a soutenu une thèse sur le FN dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2002 a l’habitude d’être traqué sur ses propos. En ayant consacré une part essentielle de ses recherches à l’extrême-droite, il s’est mis à dos la fachosphère qui rivalise de billets de blogs et de montages vidéos pour pointer son manque de neutralité.

Utiliser « la didactique face au populisme »

Car même si l’extrême droite est peu présente et peu implantée politiquement dans la capitale des Alpes, lutter contre la percée des discours d’extrême-droite aurait été le moteur de sa prise de fonctions à la tête de la communication de la ville de Grenoble. Selon un ancien collaborateur de la mairie :

« Il est animé par la volonté de repousser le FN de la scène politique en démontrant aux classes populaires la force de l’action publique et l’existence d’alternatives politiques émancipatrices ».

Pour cela, il a disposé d’un outil précieux qui lui a donné accès à tous les foyers de Grenoble tous les deux mois, pendant trois ans : le journal municipal.

Il a en intégralement remanié la formule. Les nouvelles de Grenoble sont devenues Gre.Mag. Une maquette plus colorée, des tribunes d’élus fardées sous forme d’interviews et des articles doublés sur son site internet pour une plus large viralité : l’effort a surtout porté sur la pédagogie de l’outil de communication.

Pour se faire, le magazine territorial s’est offert les services d’un infographiste, d’un vidéaste et d’un illustrateur, en réduisant l’effectif des photographes. Une métamorphose récompensée par le prix de la presse territoriale, en juin dernier.

Nouvelle maquette du magazine municipal de Grenoble "Gre.Mag".

Nouvelle maquette du magazine municipal de Grenoble « Gre.Mag ».

En marge de la présentation du nouveau journal au Club de la Presse de Grenoble en février 2015, Erwan Lecoeur ne dissimulait pas sa fierté, ni son ambition :

« Pour éviter à un journal municipal de finir directement dans la corbeille, il faut être soit racoleur comme le fait Ménard à Béziers, soit pédagogue. Nous avons pris le parti de ne pas enfermer le journal dans l’intellectualisme. Mon objectif était de créer le journal « Ça m’intéresse » de la ville de Grenoble ».

Relations houleuses avec le cabinet

Néo-grenoblois installé dans la ville seulement depuis sa prise de fonction en 2014, un collaborateur soulève « une fragilité dans sa connaissance de la ville en profondeur ». Erwan Lecoeur, lui, préfère y voir un « regard neuf sur la ville ».

Mais même depuis Grenoble, Erwan Lecoeur reste très introduit dans le réseau intellectuel de l’écologie politique et de la décroissance pour avoir conseillé notamment Pierre Rabhi ou Patrick Viveret, par le passé. Avec leur contribution, il souhaiterait faire de Grenoble la réalisation urbaine de l’utopie écolo.

Au risque de dépasser ses prérogatives et de se mettre à dos le cabinet d’Eric Piolle.

Comme ce fût le cas, lorsqu’il laissa fuiter l’annonce de la suppression des panneaux publicitaires pendant une conférence à Toulouse ou en prenant l’initiative de recevoir à la mairie les rédacteurs du Postillon, le journal alternatif poil-à-gratter de Grenoble, qui lui réserva un article caustique.

Cette tension avec une partie des collaborateurs d’Eric Piolle l’aurait-il conduit à ne pas prolonger son contrat à la direction de la communication de la ville de Grenoble ? Sans le nier, Erwan Lecoeur expliquait récemment :

« J’ai le sentiment d’avoir accompli la mission qui m’avait été confiée de changer la nature, la forme et le contenu de l’expression publique de la ville. Je souhaite désormais me consacrer à de nouveaux projets ».

Il a quitté officiellement sa fonction de directeur de la communication de la ville de Grenoble, depuis le 1er novembre et il a repris ses activités de conseil en communication politique.

 

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L'AUTEUR
Victor Guilbert
Victor Guilbert
Auteur du blog "Grenoble sous ma loupe" et journaliste à Grenoble, je planche notamment sur la politique locale au pied des Alpes.
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