Le temps additionnel
"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" nous a dit Karl Marx. Je mets des événements de l'actualité de l'OL en perspective avec l'histoire du club et du football. Et éventuellement avec mauvaise foi.
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Mercato 2017 de l’OL : entre changement d’ère et cache-misère

L’effectif 2017-2018 de l’Olympique Lyonnais semblait définitif en juillet, ce qui a permis aux Gones de débuter sereinement leur championnat (2 victoires en 2 matchs). Puis, parce qu’août n’est vraiment pas un mois comme les autres dans le football, le mercato a fait des siennes et concrétisé l’impression d’une intersaison mitigée.

Devant, le job a été fait

Départs : Lacazette, Valbuena, Ghezzal, Mateta (p.), Perrin (p.), Kalulu (p.) Del Castillo (p.)
Arrivées : Traoré, Mariano Diaz.

C’était la principale source d’angoisse du mercato entre Rhône et Saône : comment bien gérer le départ d’Alex Lacazette, et vivre sans ses stats capables de cacher toutes les insuffisances collectives (46 matchs, 37 buts, 6 passes décisives la saison dernière) ?
Après son transfert avorté à l’Atletico Madrid, l’OL a su rebondir en négociant avec Arsenal afin d’en tirer plus de 50 M€ début juillet. Souvenez-vous, avant l’époque Neymar/Mbappé, c’était considéré comme une belle vente.
Plutôt que de se jeter à porte-monnaie ouvert sur un top attaquant au même prix, le club rhodanien a fait le choix d’une triplette cosmopolite : le pari Memphis avait été lancé dès l’hiver, le bourreau Traoré a à peine eu le temps de défaire ses valises entre son retour de prêt de l’Ajax et son transfert depuis Chelsea, le champion d’Europe (si, si) Mariano Diaz a été séduit par le scénario « quitter le Real mais jouer plus de 10 matchs par an ».
Si le néerlandais peine encore à convaincre (sauf en communication, où seul Barack Obama semble en mesure de le surpasser), les deux autres ont plutôt réussi leur intégration : 3 buts en 4 matchs pour Mariano, un génocide de reins brisés pour Traoré.
Le public lyonnais espérait légitimement un autre attaquant plus confirmé, Giroud a été évoqué avec insistance. Ce souhait a été balayé par les préparations convaincantes de Gouiri, Maolida, Dzabana voire Geubbels (qui n’aura pas l’âge légal pour passer le permis avant l’été prochain, mais qu’importe) et le retour en grâce de Fékir.

Il est le nouveau capitaine, le nouveau meneur de jeu, le nouveau leader offensif, le nouveau meilleur buteur, le nouveau premier défenseur et une nouvelle preuve que l’on peut revenir encore plus fort d’une blessure grave.

Houssem Aouar, régulièrement réclamé par le public l’an dernier, devra travailler dur pour gratter du temps de jeu.

Sinon, Maxwel Cornet est toujours le joueur le plus contesté de l’effectif. Le premier remplaçant offensif du club, sa discrétion, ses efforts répétés et ses 22 buts en 2 saisons (mieux que Briand, Bastos, Tafer, Belfodil, Benzia, Bergougnoux,Pied, Yattara, Ghezzal, Ben Arfa, etc.) à 20 ans seulement n’ont apparemment convaincu personne qu’il n’est rien d’autre qu’un gentil mala(tout-)droit.
Après un feuilleton interminable, Ghezzal est (enfin) parti. Le salaire de Valbuena aussi. Bonne continuation, Petit Velo’v.

BILAN : Plutôt changement d’ère, avec des individualités redoutables mais un collectif encore très brouillon.

 

Au milieu, plus de questions que de réponses

Départs : Tolisso, Gonalons, Darder, Kémen (p.)
Arrivées : Diop, Ndombélé, Grenier (rp.)

Pour ce mercato 2017, on attendait Lacazette mais c’est Corentin Tolisso qui a signé le transfert le plus clinquant de l’OL cet été, en s’engageant avec le Bayern Munich, où il réalise un début de saison convainquant (2 matchs, 1 but). C’est aussi une perte énorme pour l’entrejeu rhodanien, qui aura besoin de rodage pour la compenser.
Moins attendu, le départ de Max Gonalons pour l’AS Rome est le symbole le plus fort du changement d’ère du club. Môme de Vénissieux devenu capitaine de L’OL version « transition centre de formation », il a connu de pénibles dernières saisons. La faute, aussi, à son statut d’intouchable dans un milieu de terrain où il est souvent apparu dépassé l’an dernier. Un séjour sur le banc ne lui aurait pas fait de mal, une pige en défense centrale, à la Toulalan en 2010, aurait arrangé tout le monde. Finalement, il est parti par la petite porte. Dommage.
Fier comme un paon, le président Jean-Michel Aulas a annoncé que Tolisso serait remplacé par « l’international Clément Grenier », de retour de prêt de… L’AS Rome. Pas de bol, ce dernier ne semble toujours pas sorti du tunnel sombre qu’il traverse depuis plus de 3 ans.

Si Lucas Tousart enchaîne les grosses perfs et les matchs à 450 km de distance parcourue, tout le monde a bien pris conscience qu’il finirait par fatiguer, que ce soit aux côtés d’un Darder sous-exploité ou d’un Ferri précieux mais stagnant (sauf en interview en cours de match, où il est sans concurrence depuis le départ de Jallet).
Qu’à cela ne tienne, l’OL est allé chercher le jeune sénégalo-espagnol Pape Cheikh Diop au Celta Vigo. La valeur fluctuante de son transfert annoncé (entre 8 et 30 M€ un temps, finalement 10+4) est à l’image de son statut au yeux de l’écrasante majorité des supporters de Ligue 1 : inconnu au bataillon. Il faudra attendre pour juger de son niveau et, surtout, de sa polyvalence, puisque c’est l’argument phare du staff en sa faveur.

Coup de théâtre dans les dernières heures du mercato, Darder file en prêt à l’Espanyol de Barcelone. Un coup dur pour le public lyonnais, qui l’apprécie beaucoup. Pour le remplacer, L’OL parvient à arracher (en prêt avec option d’achat pouvant monter jusqu’à 11 M€ environ) Tanguy Ndombélé à Amiens, jeune cadre du club (30 matchs, 2 buts) en Ligue 2 la saison dernière.

A noter, Olivier Kémen, de retour d’un prêt convaincant au Gazélec Ajaccio est reparti en prêt, que l’on espère convaincant, au même Gazélec Ajaccio. Dans un prêt, c’est connu, le plus difficile est de confirmer la deuxième année.

BILAN : Plutôt cache-misère pour le moment. Diop et Ndombélé sont des paris. En l’état, le départ de Tolisso laisse un trou béant.

Derrière, le marché a fait sa loi

Départs : Gaspar, Jallet, Rybus, Nkoulou, Moufi, Mammana
Arrivées : Mendy, Tete, Marcelo, Marcal

Aux yeux des dirigeants rhodaniens, c’était le chantier prioritaire du mercato et la transition a indéniablement été préparée en amont. Deux latéraux, Jallet-jamais-décevant et Gaspar-jamais-aligné ont fait leurs valises ensemble pour la Côte d’Azur, respectivement à Nice et Monaco. Rybus est reparti aussi discrètement qu’il était arrivé, difficile de s’en faire une opinion définitive.
Pour éviter d’avoir à les recroiser, L’OL a recruté deux latéraux qui lui ont fait très mal la saison dernière : Kenny Tete à l’Ajax et Fernando Marcal à Guingamp (prêté par Benfica). À cela s’est ajouté le havrais Ferland Mendy, déjà pisté l’hiver dernier, pour afficher un carré parfait de latéraux.

Un solide expérimenté et un jeune prometteur de chaque côté, la méthode Ligue des Masters PES, en somme.

Dans l’axe, il semblerait que tout ne se soit pas passé comme prévu. L’arrivée de Marcelo, solide en Ligue Europa l’an dernier, et le repositionnement de Morel, là où Marcelo Bielsa aimait le faire jouer, ont donné naissance à la nouvelle charnière titulaire.
Ensuite, ça s’est gâté. Le départ surprise de Mammana pour le Zénith Saint-Petersbourg a été mal vécu par une part importante du public (ce qui a beaucoup agacé le président). Il faut dire que le jeune argentin était plein de promesses et méritait un temps d’adaptation que l’argent du football ne permet pas toujours de prendre.
Pensant apaiser l’incendie, Jean-Michel Aulas a conforté Nicolas Nkoulou comme « faisant partie du projet » (contrairement à Mapou Yanga Mbiwa, donc) avant de le prêter au Torino, propulsant ainsi Mapou dans le projet.

Mouctar Diakhaby, qui a fait de son mieux l’an dernier alors que rien ne le destinait à boucher des trous si béants, a été annoncé partant à plusieurs reprises mais sera le numéro 3 naturel de la charnière. C’est injuste, mais il est probable que chacune de ses contre-performances réveillera la colère de ceux qui n’auront pas fait le deuil de Mammana.
Jusque là, la défense semble à peu près tenir la route (3 matchs réussis et une cata contre Bordeaux) mais la sur-activité de Tousart, une ligne au dessus, voire de Fékir et Traoré, biaise l’observation. Comme quoi, peu importe les joueurs, rien ne vaut une cohérence de bloc en repli défensif.

BILAN : Plutôt changement d’ère, la paire de jeunes latéraux fait plaisir à voir.

Dans les buts, le choix de la stabilité

Départs : aucun
Arrivées : aucune

Aucun mouvement à signaler du côté des gardiens pour ce mercato. Les ouailles de Jo Bats (aka « l’homme qui peut transformer un cintre en gardien international ») sont les mêmes que pour l’exercice précédent. On ne verra sans doutes pas plus Lucas Mocio et Mathieu Gorgelin semble s’accommoder de faire du Vercoutre sans les cartons rouges (mais avec les derbys réussis).
Concernant Antho Lopes, il y a un peu plus à dire. Le Givordin a traversé une année pleine de petites déceptions : l’excellent Euro 2016 de son compatriote Rui Patricio a encore reporté son accession au poste de premier portier portugais. Le brassard de capitaine, qui semblait lui tendre les bras, a été remis à Nabil Fékir et il s’est ému, cet été, de son image de provocateur, entretenue cette saison par des événements (Metz, Bastia) dont il a plutôt été la victime.
S’il perd parfois ses nerfs, Lopes reste précieux pour recadrer ses partenaires. Un peu plus de calme et de sérénité, c’est peut-être ce qui lui manque pour franchir encore un palier qui, s’il semble à sa portée, se refuse à lui depuis deux saisons.

BILAN : La ligne stable de l’effectif, sans surprise ni déception.

football formations
L’équipe type de la saison dernière
vs
L’équipe type du début de saison
football formations

 

Hors terrain, le bât blesse toujours

Départs : Bernard Lacombe ?
Arrivées : aucune

Bruno Génésio, plus contesté que jamais, a été maintenu contre vents et marées par son président, ce qui ressemble de plus en plus à un cadeau empoisonné. S’il était un adjoint reconnu et apprécié, son image continue de se dégrader aux yeux du public, qui ne le voit pas capable de faire radicalement progresser ses hommes. Dommage, Génésio est un homme précieux de l’organigramme OL mais, plus le temps passe, plus il semble difficile d’imaginer que l’histoire se termine bien pour lui.

Et ce n’est pas le court échange Aulas-Ranieri, capté par les caméras de Canal+ à l’issue d’un bien triste Nantes-OL (0-0) qui va apaiser les supporters rhodaniens, en demande d’un coach d’envergure européenne depuis longtemps.

Du côté de la direction sportive, le bouclier Juninho a été brandis tout au long de l’été pour parer les critiques sur l’immobilisme de la structure OL. Pourtant, le brésilien n’a toujours pas signé et on ne sait plus bien qui porte les prérogatives d’un Bernard Lacombe annoncé sur le retrait. L’homme fort de l’été lyonnais s’appelle Florian Maurice, omniprésent en conférences de presse et, à l’évidence, aussi occupé qu’un bénévole des Nuits de Fourvière. Les voyages autour du monde en plus.
La cellule de recrutement n’a pas été densifiée mais il faut reconnaître que les négociations, tant pour les départs que pour les arrivées, ont été bien menées (mention spéciale pour Traoré, logiquement annoncé entre 20 et 25 M€ et qui a signé pour 10).

Finalement, le frustration de l’été au plan de la direction sportive, c’est que la situation est figée en pleine transition alors que le club semble en mesure d’initier un projet ambitieux pour les années à venir.

BILAN : Plutôt cache-misère, la faute à une transition annoncée sans cesse mais qui ne s’est toujours pas produite.

 

Un mercato plein de promesses

Cet été, l’OL a indéniablement changé d’ère. Les départs de Lacazette, Tolisso, Gonalons (et Umtiti, la saison dernière) en sont le symbole. Les compos lyonnaises depuis le début de saison affichent, à peine, 2 ou 3 joueurs formés au club. Une véritable révolution. D’un autre côté, aucun apport extérieur n’est apparu dans l’organigramme, ce qui laisse une étrange impression d’équipe à haut potentiel qui ronronne dans le confort.

En Ligue 1, peu d’équipes ont des joueurs comme Fékir, Traoré ou Tousart. Peu de coach ont un carré de latéraux aussi solide à leur disposition. Dans sa bataille pour la troisième place, contre Nice, Marseille, Bordeaux, Lille ou même Saint-Etienne, Lyon fait figure de favori.

Pour lutter contre le PSG et Monaco, en revanche, les réserves sont nombreuses. Fond de jeu basé sur un projet de long terme, direction sportive modernisée, meilleure anticipation sur le marché des transfert et communication plus apaisée avec son propre public et ses concurrents sont autant de pistes que l’OL peut explorer pour devenir, à terme, ce qu’il prétend être.

Bruno Génésio, très contesté depuis plusieurs mois, est toujours le coach de l’OL © LM/Rue89Lyon

L’Ajax Amsterdam (à peine 70 M€ de budget, moins d’un tiers des 240 de Lyon) n’a pas donné une leçon à l’OL en coupe d’Europe cette saison en étant seulement une usine à jeunes joueurs prometteurs. C’est aussi un modèle de travail qui peut, comme d’autres clubs européens, servir d’inspiration pour l’avenir du club Rhodanien.

L’été 2017 a été plein de promesses. Mais il paraît qu’elles n’engagent que ceux qui y croient.

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