Le temps additionnel
"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" nous a dit Karl Marx. Je mets des événements de l'actualité de l'OL en perspective avec l'histoire du club et du football. Et éventuellement avec mauvaise foi.
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La peur du vide, Grenier

actualisé le 15/03/2016 à 00h11

Un but contre Montpellier en avril 2013 l’avait propulsé héros de l’Olympique Lyonnais. Presque trois ans et deux grosses blessures plus tard, Clément Grenier court aujourd’hui après le destin qui aurait pu être le sien. Sauf qu’à 25 ans, il n’est plus vraiment un jeune joueur, et les promesses deviennent peu à peu des regrets.

Clément Grenier, là où on préfère le voir : sur ses deux jambes au milieu d'un terrain © LM/Rue89Lyon

Clément Grenier, là où on préfère le voir : sur ses deux jambes au milieu d’un terrain © LM/Rue89Lyon

Qu’il a été dur de voir Clément Grenier face au LOSC le 28 février dernier. Presque trois ans après son explosion au plus haut niveau, le voilà expulsé sur la pelouse de Pierre Mauroy, au terme d’un match où il aura fait tout ce qu’il ne faut pas faire.

Mauvais choix, fautes techniques, placement douteux, nervosité excessive, contestation permanente, coup de coude au visage. Sur Florent Balmont, un type sympa, de surcroît.

Avant, on disait de lui « c’est le môme qui touche dix fois moins que Gourcuff et joue deux fois mieux ». Et puis, clin d’œil du destin, il a traversé lui aussi une rude période de blessures. Son corps s’en est remis, peut-être pas sa tête. Retour sur un parcours complexe.

Montpellier, la naissance d’un héros

19 avril 2013.

L’OL de Rémi Garde achève une belle saison sur les rotules. L’équipe de Gomis, Lisandro et Reveillère, porté par un grand Malbranque, a occupé la première place de la ligue 1 plusieurs journées avant la trêve.

En Europa League, les gones ont atteint les 16ème de finale avant de tomber face au Totenham de Gareth Bale au cours d’un match aller-retour très serré.

Arrivent le printemps et la dernière échéance capitale pour l’OL : assurer le podium pour espérer retrouver la ligue des champions, voir s’abroger la seconde place, au nez et à la barbe de l’OM.

Steed Malbranque a livré six mois de haute volée pour son retour à l'OL, avant de rentrer peu à peu dans le rang © LM/Rue89Lyon

Steed Malbranque a livré six mois de haute volée pour son retour à l’OL, avant de rentrer peu à peu dans le rang © LM/Rue89Lyon

Mais voilà, les cadres lyonnais sont exsangues. Malbranque est rentré dans le rang, et Lisandro, méconnaissable et à bout de souffle, a renoncé au brassard de capitaine début janvier. En manque de cadres, l’équipe bafoue son jeu.

Contre Montpellier, le scénario semble déjà écrit. Grenier, qui monte en puissance depuis quelques matchs, offre l’ouverture du score à Lisandro sur un centre ajusté. Le duo Cabella-Belhanda répond en se jouant de toute l’arrière-garde lyonnaise. Le 1-1 est acté jusqu’au bout des arrêts de jeu. Un dernier corner, anodin dans sa trajectoire, offre à Grenier son moment de grâce.

A 25 mètres, au rebond, du pied gauche, le petit jeune d’Annonay nettoie la lucarne héraultaise et assoit son statut de joueur cadre. La Mosson se fait silencieuse, le staff lyonnais exulte.

Jusqu’à la dernière journée, il sera l’homme providentiel qui maintiendra l’OL à flot et lui permettra de conserver sa 3ème place.

Nice, l’éphémère carré magique

10 août 2013.

Une nouvelle saison débute. Lisandro est parti, Gomis et Briand sont indésirables. Place à la jeunesse à l’OL, qui retrouve à Nice son ancien coach, Claude Puel, tenu par beaucoup comme l’un des responsables de la régression du club.

Clément Grenier est désormais vice-capitaine, et porte le brassard pour ce match en l’absence de Max Gonalons.

Maxime Gonalons,a hérité du brassard de capitaine avec Grenier comme adjoint à la démission de Lisandro © LM/Rue89Lyon

Maxime Gonalons,a hérité du brassard de capitaine avec Grenier comme adjoint à la démission de Lisandro © LM/Rue89Lyon

Pour rebâtir son attaque, Rémi Garde décale Gourcuff sur un côté, associe Lacazette au jeune Yassine Benzia et fais tourner les trois autour de Clément Grenier. Le résultat est bluffant. Les lyonnais martyrisent un GYM naïf et perpétuellement en retard. Grenier fait marquer, marque et passe à deux doigts du doublé.

Gourcuff scelle la marque sur coup franc direct, 4-0 à la dernière minute. Entouré de joueurs techniques qui gravitent autour de lui, galvanisé par un statut de vice capitaine qui lui sied à ravir, Grenier est au sommet de son art.

Si l’embellie survivra à la disparition de cet éphémère quatuor d’attaque, ce match reste peut-être la plus impressionnante démonstration de la palette de Clément Grenier.

La Coupe du Monde 2014, douloureux retour sur terre

6 juin 2014.

L’équipe de France prépare la Coupe du Monde au Brésil. Récompensé d’une saison pleine de régularité avec l’OL sublimée par 3 coups francs directs, Grenier fait partie de la liste. Appelé à jouer remplaçant, il n’en reste pas moins un élément non discuté du groupe de Deschamps.

Début juin, trois joueurs tricolores doivent renoncer à disputer la compétition pour cause de blessure. Après Mandanda et juste avant Ribéry, Grenier est contraint de céder sa place à Morgan Schneiderlin.

Il s’agit en réalité d’une rechute. Le milieu de l’OL avait vu sa fin de saison perturbée par une blessure au adducteurs. La douleur s’est réveillée à l’entraînement avec l’équipe de France.

On sait alors qu’il a joué une partie de la saison blessé, que la prise en charge du staff de l’OL ne lui a pas semblé optimale, et qu’atteint d’un staphylocoque, il a craint un temps de perdre l’usage de ses jambes.

Pourtant, ce n’est que le début des galères.

Astra, la sortie de route

21 août 2014.

La saison régulière reprend après la Coupe du Monde au Brésil. Grenier se bat contre la montre pour revenir à temps. L’occasion lui est donnée à l’occasion des barrages de l’Europa League. L’OL croise le fer avec le modeste FC Astra Giurgiu (Roumanie).

Le match aller à Gerland débute bien mais tourne au vinaigre. Fatai (71′) répond à l’ouverture du score de Malbranque (25′). Le même Malbranque est alors remplacé par Grenier, à un quart d’heure du terme.

Acclamé par Gerland tant pour son courage que pour son retour précoce, le numéro 7 rhodanien fait tout à l’envers. Il sombre dans la panique collective après l’expulsion de Lindsay Rose et se rend coupable d’une faute grossière sur Amorim dans la surface lyonnaise. Penalty transformé, 2-1 (81′).

Lindsay Rose est le seul lyonnais à avoir sombré encore d'avantage que Grenier face à Astra © LM/Rue89Lyon

Lindsay Rose est le seul lyonnais à avoir sombré encore d’avantage que Grenier face à Astra © LM/Rue89Lyon

Juste avant le coup de sifflet final, Lacazette obtient un bon coup franc aux abords des cages roumaines. Spécialiste de l’exercice, Grenier tient alors le destin de son équipe, et Gerland s’époumone pour qu’il ne l’oublie pas.

Le natif d’Annonay prend son élan, frappe, frôle le montant droit, s’effondre. Touché par l’émotion sans doutes autant que par la rechute. Le stade entier retient son souffle quelques secondes. Grenier se relève et termine le match. La traversée du désert s’annonce plus rude que prévu. Il ne jouera plus avant le 15 avril 2015.

L’OL sera éliminé par Astra malgré une victoire au match retour (0-1).

Valence, le retour du roi ?

9 décembre 2015.

Après avoir rejoué quelques matchs au printemps 2015, Grenier enchaîne avec la préparation physique afin de disputer la prochaine saison en pleine possession de ses moyens physiques. Il affronte Arsenal au cours d’un match de préparation qui prend la tournure d’un fiasco (6-0).

Les Gones sont humiliés à tous les niveaux mais c’est Clément Grenier, victime d’une rupture totale du quadriceps de la jambe gauche, qui perd le plus.

2015-2016 commence, comme la saison précédente, par une course contre la montre pour retrouver un corps en parfait état. Le milieu de terrain dispute des bouts de matchs à partir de Novembre, dont les débâcles à Paris (5-1) et face à Montpellier (4-2).

La campagne de ligue des champions a également mal tourné pour l’OL, qui dispute le 9 décembre une sixième journée sans enjeux sinon sauver l’honneur, sur la pelouse de Mestalla face à Valence.

Les Espagnols, aussi indignes de leur statut que les lyonnais depuis le début de la compétition, jouent de malchance et de maladresse. Lyon en profite, porté par un Clément Grenier plein de promesses, flamboyant par instants.

Le milieu, pourtant replacé dans un couloir pour l’occasion, se montre juste et disponible. Il distribue les ballons, offre sa sérénité et son alternance jeu court/jeu long à un OL qui en manque cruellement.

La victoire (2-0) ne change rien au destin européen des hommes d’Hubert Fournier, mais présage d’un redressement possible de l’équipe par le jeu, dont Grenier se doit d’être l’un des principaux pourvoyeurs.

Lille, la nervosité coupable

21 février 2016.

Hubert Fournier a été limogé, remplacé par Bruno Génésio. L’OL a emménagé dans son nouveau stade. L’équipe redresse peu à peu la barre. Avec les résultats, la sérénité tend à revenir.

Près de deux ans après sa blessure initiale, Grenier n’est plus tout à fait un jeune joueur. Il n’a plus inscrit de coup franc direct depuis une éternité, et n’a pas livré de prestation de haute volée depuis Valence.

Comme un symbole, en l’absence de Max Gonalons, ce n’est plus Grenier mais Umtiti qui porte le brassard. Et encore, Lacazette semble aussi avoir doublé Grenier dans la hiérarchie.

Le joueur prodige dont les lyonnais attendent le retour n’est plus Grenier mais Nabil Fékir. Il en va de même en équipe de France, où l’option Clément Grenier n’est plus vraiment envisagée à l’approche de l’Euro 2016 en France.

Le milieu de terrain livre face à Lille un match indigne et est logiquement expulsé. Comme si la course contre la montre avait eu raison de lui. Pour ne rien arranger, Grenier sera suspendu pour la victoire référence de l’OL face au PSG (2-1) la semaine suivante.

Le natif d’Annonay est désormais barré par Darder voir Ferri et Tolisso (sans compter Fofana, qui lui n’est toujours pas revenu de blessure) dans la hiérarchie des 8 qui composent le 4-3-3 de Génésio.

Et maintenant, on fait quoi ?

C’est la cruauté du football, qui oublie aussi vite qu’il encense, et brûle sans arrêt les idoles qu’il se crée lui-même.

Clément Grenier ne sera jamais Juninho, ni Zidane, il ne sera peut-être jamais à la hauteur du potentiel qui lui a été prêté, ne sera peut-être jamais un cadre de l’équipe de France ou d’un grand club européen.

Il n’en reste pas moins que ceux qui étaient à Montpellier le 19 avril 2013 savent, eux, qu’il existe des joueurs qui font taire un stade et que Grenier en fait partie. Des joueurs qui font la décision quand tous leurs coéquipiers ont baissé les bras, et peuvent, entourés de joueurs quelconques, les diriger et les fédérer pour en faire un collectif efficace.

Nul ne sait si Grenier peut redevenir ce genre de joueur. Il devra pour cela surmonter la nervosité qui semble le paralyser chaque fois qu’il revient, qu’il joue ou qu’il frappe un coup-franc. A 25 ans et après presque deux saisons blanches, il n’a plus de temps à perdre.

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