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« Ni patrie, ni patron, ni Le Pen, ni Macron » : rassemblement puis manif sauvage à Lyon

actualisé le 08/05/2017 à 18h32

« Ni Le Pen, ni Macron », tel était le mot d’ordre d’un rassemblement qui a réuni environ 500 personnes place des Terreaux. S’en est suivie une rapide manif sauvage dispersée avec lacrymo et charges de CRS.

La mobilisation a été lancée à l’appel du collectif On vaut mieux que ça, dans plusieurs villes de France. À Rennes, ville d’où est parti l’appel, à l’initiative d’étudiants, environ 1 000 personnes se sont rassemblées.

« Une élection anti-démocratique »

« Aha! Anti! Anticapitaliste! » et autres « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos » sont scandés par les personnes réunies sur la place des Terreaux. La foule, malgré la pluie, grossit au fil du temps, pour atteindre environ 500 personnes (300 selon la police).

Des jeunes, surtout, venus en nombre protester contre ce « choix » de second tour qui pour eux n’en est pas un.

« Ni Le Pen, ni Macron ». Rassemblement à l’Hôtel de Ville, 27 avril 2017. ©AF/Rue89Lyon

Lisbeth, 21 ans, étudiante en droit et militante LGBT, est une sympathisante républicaine. Elle a voté Alain Juppé aux primaires.

« Mais Fillon… C’est un tradi, je ne l’aime pas. J’ai voté blanc au premier tour. Hors de question de voter Macron. Son élection est absolument anti-démocratique. »

Plus loin, Aurore porte son drapeau orné d’une faucille et d’un marteau. Elle est membre depuis un an des Jeunesses communistes de Lyon. Elle ne votera ni Le Pen, ni Macron, ni personne. Elle ne votera pas.

« Je n’ai pas voté au premier tour. Si les choses doivent changer, ce ne sera pas par les urnes, mais sur le terrain. Pour moi, faire barrage au Front national, c’est convaincre ceux qui vont voter pour lui qu’il ne faut pas le faire. »

Aurore, jeune communiste. ©AF/Rue89Lyon

On croise également plusieurs mineurs, qui n’ont pas l’âge de voter, mais sont présents pour marquer leur désaccord avec cette proposition électorale. Samy estime qu’il faut « reprendre le pouvoir par la rue », et que « voter pour une facho ou un ultralibéral, ce n’est guère enthousiasmant ».

La crainte que le FN ne devienne un « parti comme les autres »

Les plus âgés venus participer à la manifestation comprennent ce sentiment d’abandon ressenti par les jeunes, mais s’effraient de leur résignation et de leur refus de se rendre à l’isoloir. Dominique, 52 ans, enseignant, accompagné de sa fille Blanche, a voté Hamon au premier tour mais donnera sa voix à Macron pour contrer le Front national :

« Les jeunes n’ont pas aussi peur du Front national que nous. C’est une catastrophe, par rapport à 2002, il n’y a pas beaucoup de mobilisation. Le Front national semble être devenu un parti comme les autres, pour moi, franchement, c’est l’horreur. »

« Ni Le Pen ni Macron », cela semble être le choix d’une large part « d’insoumis », les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, arrivé quatrième lors du premier tour de l’élection.

Aujourd’hui, entre la « haine des étrangers » et la « haine des pauvres », nombreux électeurs de gauche ne veulent pas choisir, et Jean-Luc Mélenchon n’a pas décidé de les guider.

Nombre d’entre eux ont partagé leur décision de s’abstenir lors du second tour, avec le hashtag #sansmoile7mai :

Ici, place de l’Hôtel de Ville, Alex, 24 ans, Abdennour, 46 ans, et Josette, 75 ans, discutent de la conduite à tenir. Ils sont tous trois des militants de la France insoumise.

Abdennour et Alex s’abstiendront au second tour. Il ne veulent plus « participer à la mascarade », « être instrumentalisés ». Josette, quant à elle, hésite encore :

« Ça bouge tout le temps, dans ma tête. Je ne sais pas, c’est comme choisir entre la peste et le choléra. Je n’aime ni l’un ni l’autre, mais quand même, je n’aimerais pas que le Front national passe. Et puis, on prépare les législatives. Il faut rester optimiste! »

Abdennour, Josette, Alex, militants de la France insoumise venus participer à la mobilisation. ©AF/Rue89Lyon

Une manif rapidement dispersée par la police

Vers 19h, une manif sauvage s’élance vers les Pentes de la Croix-Rousse. On brandit des pancartes, on chante, on crie. « À bas le Front national ! », « F comme fasciste, N comme nazi! ». « Ni Patrie, ni patron, ni Marine, ni Macron! ».

Les slogans sont repris par petits groupes, en plusieurs vagues dans les rues. L’ambiance est plutôt bon enfant.

Une demi-heure plus tard, quai Saint-Vincent, la situation s’envenime. Les manifestants en tête du cortège veulent rejoindre le Vieux Lyon que les groupuscules d’extrême droite considèrent comme leur fief. La police bloque le quai et la passerelle Saint-Vincent permettant de traverser la Saône.

Les slogans changent. « Tout le monde déteste la police », crient des manifestants, certains aux visages masqués. Des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre. La police riposte avec des gaz lacrymogènes.

Tirs de grenades lacrymogènes quai Saint-Vincent ©AF/Rue89Lyon

C’est la course. Au fil des rues jusqu’aux Terreaux, les forces de l’ordre scindent ce qui reste de la manif en petits groupes, à coups de lacrymo et de charges sporadiques.

Les derniers groupes sont dispersés aux Cordeliers puis, de l’autre côté du Rhône, vers la préfecture.

On compte au moins quatre interpellations, essentiellement pour des jets de projectiles sur les forces de l’ordre et des « dégradations de biens publics ».

D’autres mobilisations sont à prévoir, surtout le premier mai. Le traditionnel défilé partira à 10h30 de la place Jean Macé en direction de Bellecour. Le mot d’ordre : « pas une voix pour le FN »

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L'AUTEUR
Alice Forges
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