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« Dégoûté » par les politiques, Maxime hésite entre François Asselineau et le vote blanc

« Désabusée ». Voici comment Maxime résume sa vision de la politique française. A 25 ans, il n’a jamais voté.

Mais ça pourrait changer depuis qu’il a découvert François Asselineau, le candidat surprise de l’UPR, le « petit parti qui monte » (sic).

Portraits d’électeurs 2017
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Rue89Lyon

 » Je ne supporte pas d’être assis sur une chaise, à écouter les grands gourous de l’Éducation nationale qui essaient de nous inculquer « leur » vision des choses. « 

Le ton est donné.

Après un Bac pro « BTP » dans un système scolaire qu’il juge « obsolète et décourageant », Maxime travaille aujourd’hui en intérim « à l’usine » afin de financer un voyage.

Maxime a grandi a Chalon-sur-Saône. Il est issu d’une famille qui vote généralement à gauche (PCF ou PS) mais où l’on parle peu de politique.

Lassé par « la poudre aux yeux » des médias traditionnels, il s’est tourné vers Internet pour « s’informer autrement ». Parmi ses sites favoris, on retrouve le « think tank » décroissant Mr Mondialisation, le site d’infos de droite Atlantico ou encore Les Moutons Rebelles, site de « réinformation alternative » à tendance complotiste.

Une rencontre sur Internet

Mi-2013, Maxime découvre l’Union Populaire Républicaine par le biais d’une conférence de François Asselineau publiée sur Youtube. Voir ci-dessous.

Bien que « dégoûté » par les hommes politiques actuels, Maxime est convaincu par le personnage.

Le chemin de l’ouvrier a rencontré la stratégie de visibilité de l’UPR qui passe principalement par le web, avec un site alimenté régulièrement et une communauté de militants hyperactifs sur les réseaux sociaux.

L’élection présidentielle de 2012 a laissé Maxime de marbre. Pourtant majeur, il aurait pu voter. Faute de candidat « qui le représente réellement », il ne s’est pas déplacé  :

 » Nous avions le choix entre deux libéraux non assumés, au sens politique du terme. On l’a vu avec Hollande, qui a très vite renié le programme pour lequel il a été élu. »

Le quinquennat du président sortant ne trouve pas plus grâce aux yeux du jeune homme, dont les idées penchent vers le souverainisme. Il s’avoue particulièrement déçu par l’épisode de la loi Travail, qu’il renomme volontiers « la loi ElConnerie ».

« Désabusé », Maxime ne veut pas tomber dans « le tous pourris » :

« Je suppose qu’il y a des gens intègres. Simplement, on ne les entend pas. »

Son ennemi préféré : Emmanuel Macron, qu’il estime être « surmédiatisé et à la solde du lobby mondialiste ».

Qui est François Asselineau ?

Diplômé de l’ENA en 1980 puis de HEC Paris, il a travaillé au sein de différents cabinets ministériels de droite. Il rejoint le Rassemblement pour la France de Charles Pasqua et Philippe de Villiers en 1999.

En 2004, il rejoint l’UMP avant de démissionner deux ans plus tard par opposition à sa ligne européenne. En 2007, il fonde l’UPR, dont la mesure phare est la sortie de l’Union Européenne, de l’euro et de l’OTAN.

Début mars, l’obtention des 500 signatures de François Asselineau lui apparaît comme l’amorce d’un changement. Rappelons qu’en 2012, l’homme politique avait comptabilisé seulement 17 parrainages.

Maxime trouve plusieurs qualités à l’invité surprise de cette présidentielle : pragmatisme, pertinence et lucidité. Notamment sur son train de vie  :

« Il ne gagne pas des milles et des cents », et il capable de « dire le prix d’une baguette ou d’un litre de soda ».

Il poursuit :

« Depuis qu’Asselineau a lancé son parti, il n’a jamais changé de trajectoire. C’est sans aucun doute ce qui manque aux autres candidats et qui lui donne, pour moi, tant de crédibilité. »

François Asselineau revendique en effet de ne pas avoir changé son programme depuis 2012. Sur le site de l’UPR, toujours les mêmes mesures pour « libérer la France ».

Adepte de géopolitique, Maxime apprécie également l’analyse du candidat sur les questions internationales.

« Il connaît sur le bout des doigts les chiffres, les dates, les dossiers. Que l’on parle d’histoire comme de la BCE, de la dette italienne en passant par la démographie Russe. »

Le « Frexit » à tout prix

Le parcours de François Asselineau n’a rien a envier aux ténors de la classe politique (voir encadré). Son discours s’organise autour d’un triple changement : la sortie de l’euro, de l’OTAN, et de l’Union Européenne.

Maxime, fervent défenseur de ce « Frexit » , pense, comme mentionné sur le site du parti, que « la construction européenne n’est pas la solution, mais le problème » :

« Il ne faut plus dépendre de cette arnaque et ce vol organisé, tenue par une caste qui pille le peuple et lui fait croire que c’est pour son bien. Ce serait, je pense, non un renfermement, mais une chance de nous reprendre en main. Nous avons perdu en rayonnement dans le monde depuis l’instauration de la monnaie unique et de la diplomatie nauséabonde portée par l’UE. »

Il reprend l’exemple de la Suisse, souvent évoqué par le candidat.

Aujourd’hui, Maxime estime que la France ne doit pas céder « à l’appel des investissements étrangers ». Convaincu que le pays doit retrouver « son indépendance », il regrette :

« Nous avons une industrie phare, qui s’appauvrit de jour en jour, autant dans la délocalisation que dans la vente des parts de l’Etat. »

Comme son mentor, il plaide pour inscrire la nationalisation des grands groupes dans la Constitution. Il cite : EDF, GDF, la SNCF, la Poste, France Télécom, même TF1.

Des thèses teintées de complotisme

« Tromperie universelle comme mode de gouvernement », le Dalaï Lama soupçonné d’être en lien avec la CIA, les significations des logos politiques : quiconque passe un peu de temps sur le site de l’UPR sait que François Asselineau n’est pas avare de thèses qu’on pourrait qualifier de complotistes. Qualificatif qu’il réfute d’ailleurs avec véhémence.

Ces analyses sont très souvent teintées d’antiaméricanisme.

Maxime prend la défense d’Asselineau :

« Il est forcément vu comme un complotiste, à partir du moment où il va à l’encontre de la bien-pensance actuelle. Je l’admet dans le sens où je sais qu’on essaie de le décrédibiliser en mettant des arguments bancals en avant. »

Très critique sur la couverture médiatique du candidat, le jeune homme partage l’idée que François Asselineau ait été « black-listé » par les médias. Selon lui, si le personnage a été « boudé pendant presque 10 ans, c’est qu’il dérangeait ».

Mais pour Maxime, l’heure n’est pas aux réjouissances même si le candidat de l’UPR commence à s’inviter sur les plateaux :

« Comme on le voit, tous les grands médias -appartenant à de grands groupes financiers- lui tapent sur les doigts. On joue le jeu de l’impartialité pour le CSA, on veut bien parler de lui, mais seulement en le décrédibilisant. Sauf que l’électorat n’est pas si idiot qu’il veut le laisser paraître. »

« Un vote blanc puissant »

En 2017, Maxime n’est pas encore certain de voter pour le président de l’UPR. Convaincu que le vote blanc peut être « puissant », si « tout le monde s’y met ». Il hésite donc à apporter sa pierre à l’édifice.

S’il admire François Asselineau, il se demande, malgré tout, s’il peut accorder « pleine confiance » au candidat de l’UPR.

Maxime prévoit quand même un bon score pour le parti, bien loin du 0,9% récolté aux élection régionales de 2015  :

« Je pense que les gens s’intéressent de plus en plus au personnage depuis qu’il a ses signatures. »

Il étaye cela par un chiffre, communiqué par le candidat le 22 mars : depuis sa médiatisation, le parti récupèrerait entre 200 et 300 adhérents par jour.

Paradoxe ultime, le jeune homme avoue penser de plus en plus « à s’engager » à l’UPR parce que François Asselineau « lui redonne foi dans le genre humain ».

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