Tribune 

Travailler et dormir dans sa voiture : le quotidien de Joséphine à Lyon


A l’occasion de la sortie du zoom régional du 22ème rapport sur le mal logement de la Fondation Abbé Pierre, Rue89Lyon publie un des témoignages contenus dans le rapport.

Joséphine (prénom d’emprunt) est à la rue suite à une séparation, survenue en avril 2016. Elle a une fille à charge, âgée de 11 ans. Elle vivait auparavant en foyer avec son mari, duquel elle a divorcé. Après avoir été hébergée chez des amis, elle dort depuis le mois de novembre dans sa voiture. Sa fille est hébergée chez sa sœur.

Joséphine travaille pour deux sociétés de nettoyage. Malgré ses deux CDI, elle n’a pas pu se loger dans le privé car cela nécessite un ou plusieurs garants physiques qu’elle n’a pas, son entourage étant lui aussi précaire. Joséphine n’a pas non plus les moyens de la mise de fonds au départ sans s’endetter (dépôt de garantie, frais d’agence…).

Après son divorce, elle a perdu l’ancienneté de sa demande de logement social, et a dû procéder à une nouvelle demande. Dans l’attente Joséphine a effectué également une demande d’hébergement en septembre 2016 auprès de la Maison de la Veille Sociale à Lyon et a été reconnue prioritaire (après un recours DALO), mais n’a toujours pas reçu de proposition pour elle et sa fille.

« Si je ne travaille pas, je suis comme les SDF »

Joséphine passe la nuit dans sa voiture, sur un parking. Elle ne l’a pas aménagé pour ne pas que l’on sache qu’elle y vit. « Personne ne doit savoir. » Alors, elle dort sur un des sièges, et laisse le chauffage allumé. Elle ne gare jamais sa voiture au même endroit car elle craint qu’on ne la lui brûle. « Je ne dors quasiment pas ».

À 4 heures du matin, Joséphine commence son travail. Le matin elle nettoie les bureaux.
Elle se déplace entre ses différents chantiers. « Je travaille toujours dans le stress ». Depuis qu’elle n’a plus de logement son état de santé physique et psychologique s’est dégradé, elle est tombée plusieurs fois au travail, a mal au dos et a une tendinite. Mais elle ne veut surtout pas s’arrêter, de peur de perdre son travail.

14 h : En début d’après-midi, Joséphine effectue les démarches pour sortir de cette situation. Elle a rendez-vous avec son assistante sociale ou bien se rend à la permanence d’une association qui l’aide dans sa demande d’hébergement. Tous les jours Joséphine appelle le SIAO (Services intégrés de l’accueil et de l’orientation) :

« J’attends, j’attends, on me répond que ça peut prendre jusqu’à 8 mois. Ils me disent de ne pas m’inquiéter, que je suis prioritaire et qu’on me cherche une solution adaptée. Mais moi le soir je m’inquiète, je me dis je vais dormir où ? ».

« Ils t’envoient un papier et puis c’est « vis avec ce papier». Dès que je reçois un papier je le montre à ma fille, je lui dis « tu vois, il faut attendre ». Joséphine n’a pas appelé le 115 car ne veut pas aller dans un foyer, elle a trop peur pour sa fille qu’elle devra laisser seule, sans surveillance.

16h : Joséphine va récupérer sa fille à l’école. Elle l’emmène au centre social du quartier pour qu’elle fasse ses devoirs.

« Comme je ne peux pas rester avec elle, j’ai saturé son planning, tous les jours elle a une activité (karaté, cours d’informatique…), un rendez-vous, pour éviter qu’elle traîne avec n’importe qui. »

Puis elle la ramène chez sa sœur, après lui avoir acheté à manger.

18h – 20h : Joséphine retourne travailler, pour le compte d’une autre entreprise. Le soir, elle s’occupe des immeubles dont elle a la charge. Elle sort les poubelles et nettoie les halls d’entrée. Elle reste le plus longtemps possible au travail pour repousser le moment où elle rejoindra sa voiture. Quand elle a terminé elle s’achète un sandwich ou va manger dans un café.

« Maman n’aime pas les vacances »

Une fois par semaine, Joséphine se paie le hammam pour prendre une douche.

La fin de semaine, elle emmène sa fille en balade pour éviter qu’elle ne reste à la maison. Étant donné que sa sœur est également dans une situation économique précaire, Joséphine ne vient pas se doucher ou dormir chez elle, et elle lui verse un dédommagement pour l’hébergement de sa fille. Pendant les vacances scolaires Joséphine paie des vacances à sa fille qui lui dit :

« Maman n’aime pas les vacances, elle doit rester travailler pour payer la voiture. »

Le gymnase Chanfray héberge des SDF depuis le 3 janvier. Il affiche complet avec 130 personnes accueillies. ©LB/Rue89Lyon

Le gymnase Chanfray (Lyon 2ème) a abrité des SDF en janvier dernier dans le cadre du dispositif grand froid. ©LB/Rue89Lyon

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