Politique 

[Vidéo] L’obsession identitaire de Laurent Wauquiez va-t-elle améliorer les menus des cantines ?

actualisé le 20/01/2017 à 15h25 : Mise à jour avec la vidéo du vote du plan bio à la Région en novembre 2016.

Cela faisait quelques semaines qu’il n’avait pas fait de sortie « fracassante », reprise en boucle jusqu’à finir par une interview rodée chez Jean-Jacques Bourdin. Laurent Wauquiez a corrigé ça cette semaine en qualifiant de « merde » la nourriture servie dans les cantines des lycées. L’a-t-il dit ? Oui, on vous le montre en vidéo, avec tout le contexte.

C’est en tant que président de Région, collectivité qui a la charge des lycées, que Laurent Wauquiez recevait l’association des Toques Blanches Lyonnaises (collectif de cuisiniers, très assis sur la ville). Et il leur a dit tout net :

« On donne de la merde à manger à nos enfants. »

Ces quelques mots ont été rapportés dans la presse (sans l’appui de cette vidéo que nous publions ici). Le syndicat Unsa s’est alors étranglé, estimant que Laurent Wauquiez insultait le travail des agents servant chaque jour leurs plats aux lycéens.

Mais si l’on considère la totalité du propos de Laurent Wauquiez, on entend bien qu’il ne met pas en cause les personnels qui cuisinent ladite nourriture.

On n’est même pas loin de rejoindre le président d’Auvergne-Rhône-Alpes pour dire que, en effet, la question de ce qu’on donne à manger aux enfants et aux jeunes dans les établissements scolaires est fondamentale.

Trucs « étrangers » contre trucs de « chez nous »

Dans la vidéo, on entend Laurent Wauquiez qui poursuit :

« On leur donne des produits qui font 1500 kilomètres pour venir. […] La moindre viande que vous faîtes cuire dégorge et il n’y a plus rien à l’arrivée à travailler en termes de produit et de goût. »

Le problème, pour lui, c’est que ce qui vient de l »étranger » serait nécessairement moins bon que ce qui est produit « chez nous » :

« On défend les produits de nos terroirs, il faut commencer par les donner à manger à nos enfants. Donc on sort tous les produits étrangers de nos cuisines et on met des produits de chez nous. »

Voyez. Petite moue de dégoût en parlant de ce qui vient d’ailleurs et détermination dans la voix en évoquant la présumée bonne bouffe de par ici. On ne sait pas si la viande du Limousin, par exemple, c’est l’étranger.

Cette obsession du « ici », motivée par un rejet du « ailleurs », résonne finalement assez directement avec des objectifs plutôt louables : ceux de consommer en circuits courts, pour des raisons assez communément établies aujourd’hui, qui sont d’ordre environnemental et de rationalité (moins de transports, moins d’intermédiaires entre l’agriculteur et le cuisinier et le consommateur, etc).

Mais de ces avantages, pas de mention. Quelle que soit la motivation et contre mauvaise fortune bon coeur, il y aurait de quoi se réjouir de l’objectif de faire manger mieux les mouflets massés en collectivité.

Filière agricole en peine et formation des personnels inexistante

Le souci que Laurent Wauquiez risque de rencontrer, comme toutes les collectivités souhaitant passer en approvisionnement local voire local + bio, c’est le manque d’offre. La filière est peu structurée, les producteurs en capacité de fournir des établissements chaque jour sont peu nombreux, très sollicités.

Par ailleurs, le soutien porté à ces agriculteurs, ainsi que ce propos sur le local et la qualité des productions sont de longue date portés par des associations et des regroupements déjà formés ; ceux-là même à qui Laurent Wauquiez a décidé de couper les subventions en arrivant à la tête de la Région.

Son opposition socialiste, qui a été avant lui aux manettes de la collectivité, a également réagi à la qualification de « merde » donnée au haricots-steak des cantines, l’exhortant à mettre davantage de moyens sur la table, à embaucher plus d’agents pour réussir à augmenter la qualité des repas.

« Quand on se donne comme unique objectif de réaliser 75 millions d’euros d’économie par an, on ne peut pas se plaindre du travail des agents qui font de leur mieux avec ces contraintes », écrit Jean-François Debat, président du groupe socialiste, démocrate, écologiste et apparentés

Toujours dans cette vidéo, Laurent Wauquiez a d’ores et déjà répondu. Il y évoque la formation indispensable des cuisiniers des lycées (« on a des cuisiniers qui ne sont pas formés à ça et qui sont formés à acheter tout près, dans les grosses centrales d’achat ») ; mais aussi l’éducation au goût des élèves. Et, pas le moindre des détails, il évoque le coût pour la collectivité.

« Je suis prêt à mettre un peu plus sur la table », lâche-t-il.

Et à soutenir une filière propre et directe ? Chiche ?

Lors de l’assemblée plénière du 17 novembre 2016, la vice-présidente en charge de l’agriculture avait rappelé que le budget dédié chaque année au bio en Auvergne-Rhône-Alpes était de 16,7 millions d’euros. La conseillère régionale écologiste Corinne Morel-Darleux, pour le groupe « Le Rassemblement » notamment, avait estimé que le plan bio manquait d’un fonds de soutien à l’émergence notamment (voir la vidéo ci-après).

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